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Commerce : les espoirs déçus ?
Le tsunami qui a frappé l?océan Indien était dans tous les esprits. C?est donc assez naturellement que la Conférence de l?Organisation des Nations unies (Onu) sur les Small Island Developing States (Sids) a accordé une attention particulière aux enjeux climatiques et environnementaux. Les deux textes issus de la conférence, la Déclaration politique et la Stratégie pour la poursuite de la mise en ?uvre du Programme d?action pour le développement des Sids, contiennent de nombreuses références à ces menaces.
L?une des décisions importantes prises lors du sommet concerne d?ailleurs la mise en place d?un système d?alerte globale pour la surveillance et la prévention de catastrophes naturelles, tels les tsunamis, cyclones ou ouragans. Les bailleurs de fonds ainsi que les organisations internationales ont déjà prévu de contribuer en moyens financiers et techniques pour la mise en place d?un tel système d?ici fin 2006.
Prévenir les catastrophes aide certainement les Sids à poursuivre les objectifs de développement durable. Mais en même temps il faut leur donner les moyens de consolider leurs appareils de production, tout en disposant de la capacité à commercer efficacement avec l?étranger. Les deux textes issus de la Conférence de Maurice contiennent une dizaine de paragraphes sur la nécessité de promouvoir les investissements étrangers, les transferts de technologie, la consolidation des capacités de production et aussi l?accès aux marchés.
Des traitements spéciaux et différenciés
Mais les déclarations de l?Onu resteront des déclarations d?intention si les choses n?avancent pas à l?Organisation mondiale du commerce (OMC). C?est l?organe suprême du commerce mondial qui aura le dernier mot sur les questions d?ordre commercial qui préoccupent les Sids. Mais avant même d?aller plus loin, il faut savoir si les petits États insulaires en développement vont bénéficier d?un statut particulier ou pas. Dans la déclaration ministérielle de l?OMC de Doha en 2001, une allusion lointaine est faite aux Sids. Celle-ci parle de « petites économies». Sans préciser ce que comprend cette catégorie.
« C?est une définition relativement obscure. Les Sids ont leurs spécificités et si l?on veut faire avancer leurs intérêts, il va falloir que l?OMC adopte une définition. Ensuite on envisagera de leur conférer des traitements spéciaux et différenciés (TSD) », explique Pierre Encontre, économiste à la Conférence des Nations unies sur le commerce et le developpement (C.N.U.C.E.D).
La définition tarde à se matérialiser. Mais l?octroi de TSD pour les Sids est plus qu?hypothétique. Louis Michel, le commissaire européen au développement, rejette cette possibilité en expliquant que des TSD existent déjà pour les pays les moins avancés, dont font partie certains Sids. Jean Louis Schiltz, le ministre de la Coopération du Luxembourg, qui occupe la présidence de l?Union européenne en ce moment va dans le même sens. « Cette possibilité est exclue. » Les États-Unis, l?autre grand partenaire commercial de la plupart des Sids, ne seraient pas très favorables à la création d?une nouvelle catégorie de pays pouvant bénéficier d?un régime commercial dérogatoire.
Sans un effort redoublé des Sids et de leurs alliés à l?OMC, les résolutions prises à Maurice risquent donc de prendre du temps avant de se concrétiser. La première stratégie que les diplomates privilégient consiste à accélérer le processus d?entrée de tous les Sids à l?OMC. Leur nombre conférera aux Sids la faculté de se faire entendre des autres membres de l?OMC.
Ne pas relâcher les efforts de négociation
« Il faut mettre en place des alliances stratégiques. Les Sids, les pays les moins avancés et enclavés peuvent se rejoindre au niveau du Groupe 77 pour faire avancer leurs causes communes. Comme souvent, on ne va pas arriver à des résultats et des avancées conséquentes du jour au lendemain, mais il ne faut absolument pas relâcher les efforts de négociations », prône Assad Bhuglah, le directeur de la Trade Policy au ministère du Commerce international.
À l?entendre, les espoirs ne seront pas déçus, si les Sids et leurs alliés maintiennent une pression permanente en faisant connaître leurs préoccupations au sujet du commerce international. Des organisations internationales aident même les Sids à mieux formuler leurs demandes tout en cernant mieux leurs besoins économiques. Ainsi, un Trade Expert Group se réunira au siège du Commonwealth à Londres, à la fin du mois, pour proposer une définition actualisée des Sids et cerner leurs besoins. La C.N.U.C.E.D aide le groupe des petits pays de la même manière.
« Les textes de Maurice sont des documents de référence. Si nous continuons dans la même direction à l?OMC, nous ne pouvons que faire progresser notre cause », assure Assad Bhuglah. Les bonnes intentions ne manquent pas. Reste à les faire passer par la case OMC sans trop les abîmer au passage.
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