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Comment votre argent est gaspillé

7 mai 2006, 00:00

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Chaque année, le montant des gaspillages sur les projets de développement initiés par le gouvernement ont de quoi donner le tournis. Négligence, manque de planification, absence de suivi et pratiques douteuses sont autant de raisons qui expliquent pourquoi des milliards de roupies passent par la fenêtre chaque année.

Mais les fonds publics se gaspillent aussi en dizaines ou centaines de milliers de roupies et les montants des budgets de fonctionnement des ministères et organismes parapublics sont difficiles à contrôler. D?ailleurs, le rapport de l?Audit ne s?attarde pas beaucoup sur eux. Pourtant, ces petits gaspillages peuvent être évités. Pour cela, il faudrait qu?une bonne partie d?entre nous, particulièrement les fonctionnaires, guérisse du jem?en-foutisme aigu dont nous souffrons.

<B>Les privilègeset les droits</B>

Le réflexe, quand arrive le moment de faire des économies sur les budgets de fonctionnement, est de s?attaquer aux salaires. En effet, pour le budget 2005-2006, par exemple, sur Rs 100 que dépense le gouverne-ment en frais de fonctionnement, Rs 42,5 passent dans le traitement des fonctionnaires.

Que faire alors ? Réduire les effectifs et rabaisser les salaires ? « Difficile », prévient un haut fonctionnaire qui rappelle que 30 000 des 45 000 fonctionnaires du pays sont employés dans la santé, la police ou l?éducation. Des secteurs essentiels qui fonctionnent avec des effectifs à peine suffisants. « On peut penser à la rationalisation des services. Quand on emploie 15 plantons pour un service de 70 personnes, quelque chose ne tourne pas rond. Ces employés seraient plus utiles là où les services d?attendants sont vraiment nécessaires. »

Rama Sithanen, le ministre des Finances, a récemment énoncé sa formule maîtresse pour les dépenses courantes. « Le budget des ministères et des départements n?augmentera pas plus que le taux d?inflation. » Cette décision n?est pas sans conséquence sur le traitement et les recrutements des fonctionnaires. Ce seront ainsi des dizaines de postes qui ne seront pas pourvus. « J?ai parmi mon staff trois éléments qui, par ancienneté ou par compétence, méritent une promotion. Si je crée ces trois postes cela représente près de Rs 20 000 de budget additionnel par mois. Si je maintiens le statu quo, l?État ne dépensera pas plus », explique le chef de ser-vice d?une importante administration gouvernementale.

Comparées aux salaires, les autres dépenses des ministères sont plutôt modestes. Mais ce n?est pas une raison de ne pas s?y intéresser. Depuis quelques semaines, l?intérêt s?est focalisé sur les privilèges et droits qui sont accordés aux ministres et hauts cadres.

Sans ambages, un haut cadre de l?hôtel du gouvernement lance : « J?ai droit à une berline allemande haut de gamme. Mais je ne serais pas plus mal véhiculé si on me payait une bonne japonaise. Je souscris parfaitement au fait que ce sont ceux d?en haut qui doivent donner l?exemple. »

<B>Créer un nouvelétat d?esprit</B>

Et l?exemple pourrait venir des per diem. Pour le moment, l?État ne fait que reprendre des barèmes de frais de déplacement qu?ont adopté des organisations comme les Nations unies. Mais des fonctionnaires commencent eux-mêmes à trouver qu?un système d?avance avec remboursement des frais additionnels encourus à l?étranger serait plus efficace et moins généreux.

Les organisations internationales, qui utilisent des grilles figées pour les défraiements, commencent même à revoir leur propre système. « En plus des per diem, les entertainment allowances que nous recevons quand nous sommes en mission vont dans nos économies. C?est une absurdité de dire qu?ils servent à payer des choses utiles », avoue un haut fonctionnaire. Un ancien secrétaire permanent en est convaincu, ce sont les ministres et les hauts fonctionnaires qui devront donner l?exemple en se faisant les ambassadeurs de la lutte contre le gaspillage.

C?est ce qui permettra de créer un nouvel état d?esprit dans la fonction publique. Et qui amènera les fonctionnaires à adopter un comportement favorisant la gestion plus saine des ressources du ministère, entraînant au passage d?autres économies modestes, mais néanmoins utiles. Les postes de laisser-aller sont connus. La facture de téléphone, l?électricité et la climatisation, la papeterie, le transport ou encore le mauvais usage du mobilier et des équipements de bureau sont autant de causes de gaspillage dans les ministères.

<B>Ces petits écartsqui coûtent</B>

« Certains bureaux restent éclairés en permanence. Les responsables ne voient même pas la nécessité d?éteindre la lumière s?ils n?y sont pas », se désole un Principal Assistant Secretary (PAS). Ailleurs, ce sont des salles de réunions qui restent climatisées des journées entières, sans pour autant qu?une seule réunion ne s?y tienne. Il semblerait que beaucoup de fonctionnaires ne savent pas que les néons et autres climatiseurs de leurs bureaux ont des interrupteurs qui commandent leur arrêt !

Les fonctionnaires ont également horreur du mot « réparation ». Pour preuve, au bout des couloirs des ministères, dans des cagibis sombres, s?entassent chaises éclopées et tables bancales. Attendant, une fois le bon nombre atteint, d?être revendues pour une bouchée de pain à des personnes qui les retaperont pour les rendre parfaitement utilisables. Une possibilité dont les fonctionnaires semblent ignorer l?existence jusqu?ici. « Des réparations à moindres coûts éviteraient de dépenser des sommes énormes pour l?achat d?autres meubles de bureau neufs », explique un PAS.

Les petits gaspillages ont décidément la vie dure. Ainsi sur un poste de dépenses apparemment anodin, des dizaines de milliers de roupies dilapidées sont enregistrées chaque année. Qui penserait que le manque de discipline dans l?utilisation de la papeterie et des fournitures de bureau pourrait coûter autant ? Des lots de stylos rapidement consommés, des rames de papier qui servent aussi bien à faire des photocopies de documents officiels que de ceux des programmes des courses? Tous ces petits écarts coûtent quotidiennement de l?argent public.

Sans discipline toutefois, on n?arrivera à rien. Tous les fonctionnaires que nous avons interrogés nous l?ont confirmé. Il reste maintenant à propager cette bonne parole à tous et espérer ne pas prêcher dans le désert?

<B>Dossier réalisé par Rabin BHUJUN et Elwyn CHUTEL</B>

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