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Comment le terrorisme a pu frapper les Nations unies à la tête
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Comment le terrorisme a pu frapper les Nations unies à la tête
A partir des récits des témoins du drame et des éléments fournis, mercredi 20 août, par Thomas Fuentes, responsable de l?enquête à Bagdad pour le FBI, le scénario de l?attentat peut être reconstitué. La «réussite» d?une telle opération terroriste, malgré la présence de 150 000 soldats coalisés en Irak, suscite néanmoins quelques interrogations.
A 16 h 30, mardi, à l?est de la capitale, un homme au volant d?un camion jaune s?engage avenue Canal. Il passe devant l?entrée principale de l?hôtel du même nom, où siègent les Nations unies depuis une dizaine d?années. Trois cents fonctionnaires des différentes agences onusiennes y ont leurs bureaux. Le camion tourne alors à droite dans une petite rue en terre battue. La seule à longer l?hôtel. Le véhicule ralentit aussitôt. A gauche, l?hôpital pour les mutilés de la guerre Iran-Irak (1980-1988). A droite, un mur de protection de près de cinq mètres de hauteur vient à peine d?être achevé, à une quinzaine de mètres de distance de la façade de l?hôtel. Le camion se rapproche du mur puis l?éventre soudain en explosant.
Deux des trois étages du bâtiment sont soufflés par la déflagration à l?angle avant droit de l?hôtel. Là, précisément, où se trouvait le bureau de Sergio Vieira de Mello, le représentant des Nations unies. Les bras et les jambes du kamikaze, ainsi que des débris du véhicule ont été retrouvés mardi, à quelque 200 mètres de l?hôtel. A l?emplacement de l?explosion, un cratère de près de dix mètres de diamètre témoigne de l?ampleur du désastre.
D?après les premiers éléments de l?enquête, tout porte à croire que l?attaque avait été minutieusement planifiée, suivant un mode opératoire similaire à celui de l?attentat contre l?ambassade de Jordanie à Bagdad, le 7 août, qui avait causé 17 morts. Selon le FBI, le camion était chargé d?une bombe de fabrication soviétique de 250 kg. Le véhicule contenait, par ailleurs, 500 kg d?obus de mortier et grenades à main. Mais aussi élaborée soit-elle, cette attaque ne pouvait-elle pas être évitée ou ses conséquences limitées ? En d?autres termes, la sécurité autour de l?hôtel Canal était-elle suffisante ?
Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a fait remarquer mercredi que «la puissance occupante est responsable de la loi, de l?ordre, et de la sécurité dans le pays». «Des erreurs ont été commises de part et d?autre», a-t-il dit plus tard, sans plus de précision.
Paul Bremer, l?administrateur américain de l?Irak, n?a pas tardé à réagir : «L?Onu avait sa propre sécurité sur son site à Bagdad», a-t-il expliqué sur CNN, soulignant que la plupart des missions étrangères en Irak ont leurs propres services de sécurité.
Un porte-parole militaire, le lieutenant Peter Rekers, a précisé à ce propos que «les Nations unies avaient loué les services d?une compagnie privée qui assurait la sécurité autour du complexe». L?entrée principale de l?hôtel Canal était ainsi sous la responsabilité de ces agents de sécurité, simplement assistés d?un Humvee et de trois militaires américains, empêchant tout véhicule civil de stationner plus de quelques secondes.
En revanche, selon des témoignages concordants repris à son compte par Thomas Fuentes, la rue longeant la droite de l?hôtel n?était absolument pas protégée. Quelques heures après l?attaque, un haut responsable local de l?Onu affirmait que l?objectif n?avait pas été choisi au hasard : «C?était l?endroit le plus vulnérable. Impossible d?entrer par la porte principale, mais il y avait cette route latérale... Pourquoi n?avons-nous pas fermé cette maudite route ? Plusieurs fois en passant devant, l?idée m?a traversé l?esprit qu?elle était dangereuse.»
Une porte-parole des Nations unies en Irak, Véronique Taveau, s?est refusée à toute polémique sur «plus ou moins de forces de sécurité». Selon elle, ces attaques sont inévitables : «Une voiture piégée est une voiture piégée. Vous ne pouvez pas contrôler toutes les voitures qui passent.» La représentation onusienne en Irak entendait se distinguer des installations militaires surprotégées de «l?occupant» américain, et ne pas s?isoler de la population. Selon le Pentagone, elle refusait toute protection américaine particulière. Et cela malgré les récents avertissements de Washington, qui envisageait, depuis le 7 août, une vague d?attentats contre les «soft targets», ces représentations étrangères dont la sécurité n?est pas toujours la préoccupation première.
«Je ne sais pas si la représentation à Bagdad refusait la protection américaine. Si c?est exact, elle commettait une erreur et il ne fallait pas lui laisser le choix», a répondu Kofi Annan. «Nous sommes ici pour aider le peuple irakien et nous ne voulons pas vivre derrière des rouleaux de barbelés», déclarait encore, au lendemain de l?attentat, Salim Lome, un porte-parole de l?Onu à Bagdad.
Sergio Vieira de Mello lui-même n?ignorait pas le prix de cette liberté: «Nous sommes une cible vulnérable pour tous ceux qui voudraient frapper notre organisation», reconnaissait-il, le 22 juillet. Lors de sa dernière apparition devant le Conseil de sécurité.
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