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Comment aborder son adolescent

26 mars 2006, 00:00

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<B>Caroline Leung, psychologue

■ Le dialogue est impossible. Il est pendu au téléphone, il s?enferme dans sa chambre. </B>

Si l?ado a de tels comportements envers ses parents et non envers ses amis, cela signifie qu?il ne supporte plus d?être « trop proche » des parents. Il va s?employer à se distinguer de ces derniers en envoyant un message à interpréter comme : « Lâchez-moi ou foutez-moi la paix ! » Le rôle des parents est alors de l?accompagner dans sa quête de l?indépendance sans pour autant le lâcher dans la nature.

Le confort moderne permet à la majorité des ados d?avoir leur chambre, ce qui a une signification psychologique très particulière pour eux. C?est leur espace personnel, l?ado en fait une partie de lui-même. C?est pourquoi l?intrusion intempestive d?un parent dans leur chambre est perçue comme une violation de leur intimité. S?enfermer est alors une manière de matérialiser une frontière avec le reste de la famille, de renforcer ses limites et d?affirmer son territoire.Le fait de passer des heures interminables au téléphone avec des amis, d?écouter de la musique à tue-tête, montre que l?ado a des centres d?intérêt différents de ses parents. En rejetant tout ce qui les intéresse, il leur signifie là encore qu?il ne veut plus partager les mêmes choses que ses « vieux ». Toute la difficulté consiste à s?adapter progressivement à son évolution, à lâcher du lest tout en continuant à l?encadrer.

Il faudrait aussi éviter de transformer les moments d?échange en interrogatoire : « Qu?est-ce que tu fais ? Qu?est-ce que tu as ? » L?échange doit être un dialogue, un temps où chacun donne son point de vue et non pas un temps où les parents lui assènent le leur, en boucle. Enfin, la famille modèle qui ne se dispute jamais n?existe pas. Les conflits sont normaux et nécessaires, le tout est qu?ils deviennent constructifs en débouchant sur des compromis.

■ <B>Sexualité précoce, risque de grossesse, avortement, pornographie, prostitution... </B>

Ce qui a changé au cours du temps, c?est la précocité des premiers échanges amoureux et la manière assez libre dont les ados en parlent entre eux. Leurs flirts marquent la découverte d?une identité sexuée avec un corps capable de ressentir du désir et du plaisir. Pour les parents, les dangers qu?encoure leur ado ? grossesse, sexualité précoce, pornographie etc. ? leur font évidemment peur .

Bien que l?information soit aujourd?hui meilleure qu?autrefois, les parents peuvent avoir avec les ados des discussions sur les risques de la sexualité. Mais certaines conditions doivent être respectées : il faut éviter de réduire la relation amoureuse aux pratiques sexuelles et il vaut mieux réserver les discussions techniques aux choses vues ou entendues en dehors de la famille.

Les événements observés dans le voisinage, les émissions de télé ou articles de journaux fournissent des sujets de débat offrant l?avantage de respecter l?intimité familiale tout en permettant le dialogue.

Pouvoir parler de la sexualité en famille permet de rassurer l?ado tout en ne diabolisant pas ce sujet tabou. Cela lui permet de donner du sens à un aspect de son identité, à des questionnements qui lui font étrangement peur. D?un côté, le sexe avec toutes les excitations corporelles ressenties et de l?autre, l?amour, domaine des sentiments et des émotions. L?ado a besoin de repères et de réponses.

L?idéal serait de faire confiance à son ado en se montrant raisonnablement ouvert, en maintenant un cadre qui doit évoluer avec son âge. Faire confiance ne veut pas dire laisser faire n?importe quoi. Tant que l?ado est mineur, pas question de le laisser dormir dehors sans savoir exactement où, chez qui et si les autres parents sont d?accord. Bien que la tentation soit là, les parents devraient laisser leur ado vivre ses histoires d?amour sans trop s?en mêler. Ce n?est pas à eux d?être forcément ses confidents intimes.

<B>Vijay Ramanjooloo, psychologue

■ Il transgresse les règles sans cesse, rentre au-delà de l?heure autorisée, refuse de sortir en famille, fume, se drogue. </B>

Sautes d?humeur, agressivité, attitudes de défi, mauvaises fréquentations?

Si ces réactions peuvent être déstabilisantes pour l?entourage, elles ne sont pas moins caractéristiques et sont tout à fait normales chez l?adolescent. Privé des repères de l?enfance dont il doit faire le deuil, il s?interroge sur son identité et la place qu?il occupe, notamment dans sa famille.

C?est le moment où il doit renoncer aux liens « ?dipiens » qui l?attachaient à sa famille car il a dans son jeu une nouvelle carte : l?amour sexualisé, qui modifie à la fois son rapport avec lui-même et sa famille. C?est alors qu?on assiste à un refus de sortir en famille, une quête d?expériences nouvelles, une tendance à l?excès dans les opinions, les sentiments. Il refuse la dépendance mais a aussi un besoin de se confronter aux limites, de les transgresser, quitte à dépasser les bornes. Son goût du risque peut être compris comme un rituel ordalique et un moyen de se mettre à l?épreuve et ainsi se sentir exister.

Il faut rappeler les règles à respecter.

Si une certaine tolérance évitant le dirigisme est nécessaire face à ce comportement, les parents ne doivent cependant pas hésiter, à rappeler, aussi souvent que nécessaire, les règles à respecter. « Ne rentre pas tard ou il faut me mettre au courant quand ça va être le cas », « Mets ton casque ou tu ne prends pas ta moto ! »? Car même mal accueilli sur le moment, ce type de remarques rassure l?adolescent sur l?attachement de ses parents à son égard. Alors qu?à l?inverse, le laisser faire ? « Fais comme tu veux, ça te regarde » ? est souvent interprété par le jeune comme de l?indifférence ou du rejet. Le danger, c?est que certains ados ressentent alors l?obligation morale de chercher toujours plus loin leurs limites et celles de leur entourage.

Si les parents sont souvent décontenancés par le comportement adolescent, plus que jamais, il est important qu?ils jouent pleinement leur rôle et notamment qu?ils offrent au jeune les repères dont il a besoin pour se structurer. Éviter les désaccords et les conflits n?est pas une bonne chose : mieux vaut de franches explications où chacun peut s?exprimer plutôt que des silences et des non-dits qui entretiennent les tensions, avec le risque de voir ces dernières resurgir la où on ne les attend pas ou dans des domaines qui les rendent dangereuses, voire déviantes.

La recherche d?une fausse complicité, d?une relation de copinage qui gomme les différences d?âge et de statut est tout aussi néfaste qu?un autoritarisme intransigeant. La qualité du dialogue, l?authenticité et la confiance sont donc des ingrédients indispensables à la réussite de la relation avec l?ado, en sachant que cette dernière doit être l?objet de réajustements continuels.

Trouver la bonne distance, se montrer vigilant sans être encombrant, présent sans être envahissant, n?est cependant pas toujours facile. Quand la difficulté est trop grande, les parents ne doivent pas hésiter à avoir recours à un professionnel, psychologue, médecin ou psychiatre, qui les aidera à réinstaurer le dialogue.

<B>Jaya Balgobin, Psychotherapeute

■ Il a des excès de colère. Il tourne le dos quand on lui parle, il claque la porte, utilise un langage vulgaire, boude. </B>

En tentant d?établir son identité et son autonomie, l?adolescent doit renégocier sa relation avec lui-même et avec son monde externe, tout en faisant face à une multitude d?émotions. Parallèlement, ses parents qui passent, eux-mêmes, par la « midlife crisis » se rendent à l?évidence d?une perte de contrôle sur certains aspects de leur vie ? ils rechercheront alors ce contrôle sur leurs enfants ! Donc, parents et enfants auront souvent recours à la colère au cours de leur cheminement.

Si l?on perçoit cette émotion comme une chose qu?il faut supprimer, cela rendra la vie familiale misérable et entraînera bon nombre de pathologies chez l?adolescent. Il faut avant tout accepter que la colère est une émotion normale qui exprime la révolte, l?impuissance, le chagrin, la peur, l?insécurité, la confusion et la répugnance.

Bon nombre d?entre nous avons appris à étouffer nos émotions, surtout la colère, pour être aimé, accepté, valorisé. Toutes les émotions ont leur raison d?être et elles nous envoient un message. Le problème se trouve, en fait, chez celui qui ne ressent rien ! Dans une société où la colère rime avec violence, il faut apprendre à nos jeunes à exprimer cette émotion d?une façon saine et acceptable, où parents et ados se sentent respectés.

C?est auprès de ses parents que l?enfant cherche des modèles identitaires. Par exemple, si un père est vulgaire, humilie et critique tout le monde, ses enfants, eux, en retour, se serviront du même outil face à leurs conflits. Parents et ados peuvent, ensemble, établir des règles, par exemple, ne pas taper, avoir recours au « time out » quand les deux parties bouillonnent et trouver un moment pour analyser la source de cette colère. Le message qu?on renvoie alors est que l?enfant et ses émotions sont importants.

Il se pose des questions philosophiques comme : « Pourquoi m?avez-vous mis au monde ? » ou se dit encore « Je suis moche ». Il parle de mal-être, fait des tentatives de suicide.

■ La transformation de la voix, les seins, la poussée de poils, l?apparition de l?acné, des émotions intenses, la curiosité sexuelle, les nouvelles responsabilités à la maison et puis les études? C?est durant cette période que l?ado vivra très probablement son premier jeu de séduction, sa première rupture, ses premières tentations. Entre la perte de ce sentiment de sécurité qu?il aura connu pendant l?enfance et la quête d?un moyen de s?affirmer et de retrouver son autonomie, c?est normal que l?adolescent se pose beaucoup de questions existentielles.

Le premier pas reste la communication, le dialogue et l?éducation préparatoire à la maison ? les sujets comme les transformations corporelles, la sexualité, la drogue, la masturbation, les fluctuations au niveau de l?humeur et l?incohérence chez l?adolescent ne doivent pas être tabous. L?ignorance fera plus de mal à ce jeune car il va apprendre auprès d?autres sources moins fiables ! Critiquer et constamment souligner ce que votre enfant fait de mal ne l?aidera pas non plus. Au contraire, il faut l?encourager pour qu?il puisse construire la confiance et l?estime qu?il a de lui-même.

Néanmoins, comme on dit « experience is a tough teacher ? it gives you the exams first and the lessons after ». Ce qui signifie que l?adolescent, malgré la préparation, vivra d?inévitables moments tumultueux. Il existe un fossé entre ce mal-être que l?on peut caractériser comme normal et un ado dépressif à tendance suicidaire. Souvent, la dépression, une des maladies les plus fréquentes chez l?ado, est misdiagnosed et confondue avec la période de crise. Parents et enseignants doivent rester à l?écoute et noter les changements au niveau du comportement ? désintérêt dans les études, manque d?appétit, insomnie ou même hypersomnie, irritabilité et menaces de suicide. Il ne faut pas prendre cela à la légère et il faut consulter !

<B>Cher parents</B>

« Alors comme ça, vous faites un dossier sur comment les parents peuvent gérer leurs adolescents? Mais vous avez des enfants, vous et les psychologues que vous interviewez ? » De quoi avoir un a priori négatif avant même de commencer le dossier ! N?empêche, on comprend cette mère. Comme elle, il y en a beaucoup qui sont sur la défensive quand vous abordez ce genre de sujet.

Ils sont comme leurs ados en fait, ils se sentent souvent incompris. Ils craignent qu?on leur mette sur le dos le mal de leurs enfants, qu?on s?érige en connaisseurs alors qu?eux, qui sont sur le terrain, ont tout essayé. Ils ont peur que la vulgarisation, la médiatisation donnent trop de pouvoir aux ados, disent à ces derniers qu?ils ont des droits et gomment les responsabilités.

Que ces parents se rassurent ? et que les ados ne prennent pas la mouche ! On ne condamne personne ici, on veut simplement laisser une porte ouverte car tout n?est jamais perdu. Il faut parfois avoir le courage de se remettre en question. Il faut chercher de l?aide, essayer de comprendrece qui se passe à la base, consulter des bouquins, des professionnels ou dialoguer avec d?autres parents. Le long fleuve tranquille dans les relations humaines? ça n?existe pas.

Post scriptum : Nous aurions voulu vous donner des solutions toutes faites, mais il n?existe pas en réalité de guide des parents. Nos experts ont choisi d?expliquer le comment du pourquoi, ils ne voulaient pas faire l?économie de réflexions, donner l?illusion qu?il existe des recettes magiques. Ils nous donnent quelques repères en filigrane. À considérer.

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