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Comme une lettre?

2 octobre 2005, 20:00

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Voilà un colis bien ficelé. Il porte le sceau de la volonté politique. Son sursis de 100 jours n?est pas encore écoulé, que le gouvernement sorti des urnes le 3 juillet a changé le destin de cette loque qu?était devenu le bâtiment de la poste centrale.

Faites le compte. Le 21 juillet, les nouveaux dirigeants, réunis en séance spéciale du Conseil des ministres, décident de déloger le centre Nelson Mandela pour la culture africaine de la Poste centrale. Moins de deux mois plus tard, soit le 16 septembre dernier, les mêmes protagonistes annoncent le retour au bercail de la poste, au front de mer.

On dit que les facteurs sonnent deux fois. C?est fait. Il s?agit désormais d?éviter le retour à l?envoyeur. Transférer le musée de la poste au QG des opérations est bel et bon. Mais si c?est pour faire une copie conforme de ce qui existe déjà, alors la volonté d?évolution en pâtira.

Parlons justement de la scénographie ? pour faire simple, disons, de la disposition ? des musées de l?Etat. Des salles où le parquet ciré est souvent trop fatigué pour porter les vitrines figées. Les reflets du verre poli à l?alcool bleu gênent la contemplation des pièces exposées. Giandev Moteea, CEO de Mauritius Post s?en rend bien compte : « La manie des collectionneurs est de passer les timbres à la loupe pour essayer de détecter les erreurs d?impression. »

Alors pourquoi ne pas envisager un musée du timbre où il ferait bon manier pinces et verres grossissants. Une visite active mettant en éveil tous les sens et non plus une marche passive derrière un guide récitant un discours. Alors seulement, se pencher au-dessus d?un timbre voudra dire relever la tête, pleine des images d?une histoire commune - celles de la poste, du rail et de la presse - mises en valeur à leur juste mesure.

Où est le sens de la mise en scène du savoir, au niveau public ? Est-ce que des présentations vivantes, vivaces et interactives comme celles du Blue Penny Museum sont condamnées à être du domaine privé ?

Alors que la poste - en tout cas son CEO ? revendique haut et fort sa place dans le ?domaine commercial?, et ne rate pas une occasionner de mentionner la disponibilité des bornes informatiques dans les bureaux de poste, cet outil de la communication n?a pas encore fait son entrée au musée. La modernité n?est jamais trop neuve pour valoriser le patrimoine. Et inculquer le sens de la préservation.

La poste peut s?affranchir de ses carcans. Et repenser la communication concernant son musée. Jouer par exemple la carte de l?insolite, avec ses timbres parfumés ou incrustés d?or. En tout cas, elle ne doit pas permettre que son logo aérodynamique soit condamné à n?être qu?un avion de papier incapable de voler au-dessus des frontières d?un morne présentoir.

Intéresser les jeunes à la philatélie. Vaste programme. Comment attirer l?attention sur le timbre-poste alors que le nombre de personnes s?écrivant encore des lettres va en décroissant. A l?ère du sms et du wap, inventions qui bougent 1000 fois plus vite qu?un facteur pédalant sur une montée en plein mois de décembre, la lettre semble bien fastidieuse. Il ne tient qu?à la poste de lui rendre son cachet. L?angoisse de trouver le mot juste, l?anticipation de la réponse. Beaucoup diront sans doute que ce n?est pas le rôle de la poste, mais pourquoi ne pas imaginer un festival de la correspondance. Sans jouer les Madame de Sévigné, reconnaissons que nous avons tous envie de laisser une trace.

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