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?Combien tu m?aimes ??

7 avril 2006, 00:00

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Comme dans le cas de Gina Lollobrigida, autrefois, ils sont quelques-uns à affirmer que Monica Bellucci sera toujours Monica Bellucci quel que soit le personnage qu?elle nous joue. On est bien tenté de leur donner raison, en pensant à toutes les précédentes apparitions de l?actrice. Et, d?ajouter qu?elle n?a jamais autant été Monica Bellucci que dans Combien Tu M?Aimes ?, le tout dernier Bertrand Blier. Ce n?est pas pour dénigrer ses talents évidents de grande actrice. Mais, disons que certaines grandes actrices ont des qualités qui vont bien au-delà du simple talent. Dans le cas de Mme Bellucci, on peut parler d?une incroyable, d?une époustouflante plastique. Ajoutez le regard, la voix et un magnifique accent italien, et l?effet est à tomber par terre.

Tout porte à croire que l?intention de Bertrand Blier, qui a écrit son scénario pour Monica Bellucci, était effectivement de mettre en valeur le physique de l?actrice. Le film entier est construit autour de son regard, ses intonations rauques et ses courbes généreuses. L?écran s?illumine à chaque fois qu?elle enlève son manteau. Ses apparitions sont saluées par de grands airs d?opéra (Bellini, Puccini, Verdi, Rossini) et ce film comporte très peu de plans où on ne la voit pas. Blier en fait son sujet comme un artiste de la Renaissance aurait peint une madone italienne. On comprend que François (Bernard Campan, en modeste et triste employé de bureau parisien) en devienne gaga lorsqu?il la voit dans une vitrine à Pigalle et qu?il lui propose beaucoup d?argent pour qu?elle vienne vivre avec lui.

Combien Tu M?Aimes ? est une comédie sentimentale faussement vulgaire. Ceux qui ont vu les derniers films de Bertrand Blier se réjouiront de ce film presque sans colère qui parle juste d?un homme et d?une femme, d?amour et de tristesse. Après une série d?échecs, le Bertrand Blier d?avant, celui de Buffet Froid, Tenue de Soirée, Trop Belle Pour Toi, entres autres, est de retour et il est en grande forme. Le cinéaste a repris son langage d?avant, fait de drôlerie dans la noirceur, d?irréel dans le réalisme, de situations incongrues et d?énergie, aussi.

À soixante-six ans, l?âge où tant d?autres ont levé le pied ou se sont rangés, lui nous offre un cinéma fait d?insolence et de provocation. Il fait de nouveau du cinéma pour le plaisir et s?offre même un happy end pour la toute première fois de sa carrière. Autre signe s?il s?en fallait, que nous avons bien affaire à un Blier en pleine verve : la présence dans ce film (comme dans les trois précités) de son acteur des grands jours, Gérard Depardieu (Charly), dans un rôle de malfrat. À la fois massif et tout en légèreté, l?acteur nous joue Depardieu comme Monica nous joue Bellucci. Chez n?importe quel autre réalisateur, cela aurait provoqué un rejet immédiat ; ici, cela a des allures d?un retour à la maison.

C?est évidemment un cinéma où les dialogues jouent un rôle important. Ils viennent souligner la touche nécessaire d?humanité qu?apporte Bernard Campan (au jeu tout en sobriété) face à Monica Bellucci et Gérard Depardieu qui, eux, sont irréels. L?espace d?un monologue, comme celui de Jean-Pierre Darroussin (André) sur la femme qu?il aime ou de Farida Rahouadj (la voisine) sur l?orgasme féminin, ils viennent aussi marquer des instants d?émerveillement ; voilà pour le plus évident. En les écoutant attentivement, on remarquera aussi qu?en plus d?être incisifs, ils ont un rythme qui est toujours en phase avec les extraits musicaux qui portent ce film. Décidemment, Bertrand Blier n?a pas fini de nous étonner.

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