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Colombie : les crimes des paramilitaires dévoilés
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Colombie : les crimes des paramilitaires dévoilés
Les cadavres racontent l?horreur. « Il faut savoir garder du recul pour pouvoir continuer à travailler », explique Saide Meneses sans perdre son sourire. Procureur, elle dirige une des trois équipes chargées d?exhumer les corps des victimes du conflit colombien. Son collègue Juan Carlos Lopez rentre du département du Putumayo, où 105 restes humains, « des ossements, des crânes, parfois une chemise à carreaux intacte », viennent encore d?être trouvés sous terre.
En passant aux aveux pour obtenir les réductions de peine prévues par la loi « justice et paix », les miliciens paramilitaires démobilisés ont permis aux autorités de mettre au jour des dizaines de charniers.
Les cadavres racontent l?histoire
Près d?un millier d?ossements ont été exhumés. Combien de victimes y a-t-il au total ? « Peut-être 20 000 », répond Luis Gonzalez, responsable de l'« uni-té justice et paix » au bureau du procureur, en se gardant d?une évaluation trop précise.
Les cadavres racontent l?histoire. Sur la côte caraïbe, près de Medellin, sur les vastes plaines de l?ouest de la Colombie ou dans le sud, à la frontière avec l?Équateur, elle s?est répétée.
Sous prétexte d?en finir avec les guérilleros d?extrême gauche, les milices d?extrême droite se sont livrées aux pires atrocités.
Paysans, syndicalistes, instituteurs et journalistes ont été éliminés, soupçonnés d?accointance avec la guérilla. La lutte pour le contrôle du pouvoir local ou des cultures de coca a attisé la haine. À en croire les équipes d?exhumation, les années noires vont de 1997 à 2002. Mais, dans l?Est, certaines fosses communes datent de 2005.
À la différence des paramilitaires, qui ont accepté de rendre les armes, les guérilleros sont encore dans le maquis.
« Pour l?instant, nous ne disposons que des aveux des déserteurs, dit M. Gonzalez. Ils ont permis de retrouver quelques fosses communes. Mais nous ne retrouverons toutes les victimes que quand les guérilleros accepteront à leur tour de confesser leurs crimes. »
L?affrontement a été sauvage
L?affrontement a été sauvage de part et d?autre, mais les paramilitaires ont fait preuve d?une barbarie inégalée. Les cadavres mutilés disent la torture à grande échelle et la volonté de terroriser. Un gamin de 16 ans a avoué avoir découpé 400 cadavres.
« Nous savons qu?il existe des fosses avec deux cents ou trois cents corps, mais les chefs paramilitaires ont éliminé les sous-fifres qui les ont creusées et remplies. Personne n?a encore pu nous dire où elles sont », explique Javier Celedon, responsable d?une équipe d?exhumation.
Le téléphone sonne. La voix de Saide Meneses se fait grave : « Les résultats ADN sont arrivés. Les quatre ont été identifiés. Vous pouvez enfin préparer l?enterrement. Bon courage. » Il y a sept mois, le corps d?une femme et ceux de ses trois enfants, âgés de 24, 22 et 21 ans ont été retrouvés dans le jardin d?une belle propriété « où les paramilitaires faisaient la fête », à deux heures de route de Bogota. « Sept mois, c?est très long pour dire aux familles que le corps de leur être cher a été identifié », soupire la magistrate.
Pour faire face à la gigantesque tâche de l?identification des victimes, le personnel qualifié est insuffisant, les moyens techniques restreints, le budget trop juste pour payer les déplacements, et les laboratoires croulent sous le travail.
« Nos services sont complètement débordés », admet M. Gonzalez. C?est le résultat « inespéré, douloureux et positif pour la Colombie » de la démobilisation négociée des paramilitaires.
@ 2 007 Le Monde ? Marie Delcas ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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