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Colin Mayer, le battant
Les hommes ne pleurent pas. Aussi, Colin Mayer n?a pas pleuré. Mais il n?a échappé à personne qu?il avait la gorge nouée à l?arrivée du contre-la-montre individuel des Jeux des îles. « Trop dur, vraiment trop dur », répétait-il, dépité, à qui voulait l?entendre. « Tant de sacrifices pour arriver à ça, pour finir sixième : le travail, la famille et tout le reste. J?ai passé des journées entières à préparer ce rendez-vous. Je suis vraiment déçu. »
Sixième du contre-la-montre individuel, « la course de sa carrière », à 1?06? du Seychellois Hudson Mathieu, le capitaine de l?équipe de Maurice était initialement venu pour l?or.
À défaut de victoire, il se serait sans doute contenté d?un podium, histoire d?oublier la déconvenue de 1998, quand il avait échoué à quatre centièmes de la médaille de bronze, la faute à Hudson Mathieu, qui n?avait que 17 ans à l?époque.
Mais Colin Mayer n?a visiblement pas de chance dans les grands rendez-vous. Cette fois, c?est une roue arrière qui a fait des siennes. Crevaison dans la descente. Quarante-huit secondes de perdues. Beaucoup plus dans la tête.
« Je ne comprends pas ce qui s?est passé. J?avais pris un bon départ. Je me sentais bien. J?avançais comme une fusée. Mes jambes étaient bonnes », expliquait le sociétaire du Curepipe Starlight à l?arrivée. « Et puis, à hauteur du rond-point d?Esko, ma roue arrière a crevé. Le dépannage a tardé. On n?arrivait pas à ouvrir les portes de la fourgonnette. Quand on a enfin remplacé la roue, c?est le pignon qui ne passait plus et les freins qui coinçaient. »
Il est quand même reparti, mais c?était déjà perdu. « Je n?avais plus envie. Dans la tête, ça n?avançait plus. Je savais que je ne reviendrais pas sur les meneurs. Je ne sais plus quoi dire. J?étais parti pour un excellent chrono. À mi-chemin dans la descente, j?avais pris plus de trente secondes d?avance sur Yannick Lincoln. C?est dire que j?étais compétitif. »
À 42 ans, le chef de file du cyclisme mauricien sait qu?il ne pourra jamais prendre sa revanche. « C?était ma dernière course. Je l?ai loupée. Tant pis. J?avais promis à mon épouse que j?arrêterai le cyclisme après les Jeux. J?ai tenu ma promesse. Il y a un moment où il faut savoir s?arrêter, tourner la page. »
Colin Mayer s?est donc arrêté sur un échec, lui le gagnant, lui le battant. Mais cela n?enlèvera en rien les mérites de ce coureur d?exception, qui a défié les règles élémentaires de la longévité.
Lauréat de sept courses cette saison et médaillé d?or du contre-la-montre par équipes des Jeux des îles aux côtés de Yannick Lincoln, Sébastien Hacques et Mike Chong Chin, l?inégalable Colin peut au moins se satisfaire d?avoir transmis son fichu virus à son petit héritier, le bien-nommé James Colin Mayer. Attendons voir si bon sang ne saurait mentir.
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