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A coeur ouvert
- Vous venez d?une longue carrière dans la presse écrite que vous avez quittée il y a plus d?un an maintenant. Êtes-vous heureux de cette infidélité, de ce choix ?
Je ne peux pas dire que je suis content d?avoir quitté la presse écrite. Quitter 5-Plus n?était pas facile. Le divorce, comme tous les divorces fut douloureux. Cependant je dois dire que, dans le fond, je pratique toujours le journalisme quel que soit le médium où je suis. Un journaliste reste un journaliste : presse, télé ou radio. Il n?y a qu?une règle, la recherche, la confirmation et la diffusion de l?information.
- On doit conclure que vous faites du ?5-Plus? à Radio One ?
Absolument pas. Ceux qui pensent cela se trompent.
- Vous n?êtes pas un peu tenté par le sensationnel ?
Pas du tout. La tyrannie du news de radio, c?est l?imposition des - 2 minutes. Huit pour l?information locale, quatre pour les nouvelles de l?étranger. Il ne reste plus de temps pour le sensationnel. Je crois que vous vous trompez de radio.
- Le sensationnalisme relève du traitement de l?information et non du temps accordé à cette information?
Comment faire du sensationnel avec des conférences de presse ou avec les travaux de l?Assemblée nationale? Au contraire je trouve que nous avons, à Radio One, un souci de sobriété que je n?avais certainement pas à Cinq Plus? Pour le sensationnel, je crois vraiment et je vous le redis : vous vous trompez de radio.
- Sans langue de bois, que pensez-vous de la performance de vos concurrents ?
Lesquels ?
- La MBC, Radio Plus, Top FM? Vous vous connaissez d?autres concurrents ?
Nous n?avons qu?un seul concurrent : c?est la MBC. Aucun autre. Ni Jacques Aristide et Radio Plus, et encore moins TOP FM. Au niveau de l?information, je le maintiens, notre concurrent c?est la MBC. Les autres radios font ce qu?elles font et je les respecte. Mais j?identifie mon concurrent et je dis : c?est la MBC.
- Quand vous dites que la MBC est votre seul concurrent, vous voulez dire que vos deux radios font de l?information pro-gouvernementale ?
Ce n?est certainement pas? ce que je voulais dire ! La MBC, compte tenu du monopole, de l?hégémonie qu?elle a exercée pendant trente-cinq ans, a ses habitudes et ses auditeurs. Nous sommes différents.
- Que répondez-vous à un auditeur qui vous demande : quelle différence y a-t-il entre Radio One et la MBC ?
Le traitement de l?information. La MBC fonctionne dans une camisole de force qui est le MBC Act. Cela doit être dit à sa décharge. Jacques Maunick, avec son club de la presse, arrivait à déborder le cadre. Mais tout cela est quand même contraignant pour Jacques Maunick. Nous sommes différents. Mais notre traitement même de l?information est différent. Depuis quelque temps, j?ai pris la responsabilité de la rédaction de Radio One. Depuis, nous essayons de traiter l?information en décalé. À partir de l?information, nous faisons un papier explicatif, une mise en perspective et c?est en cela que nous sommes différents?
- Tout cela reste quand même très classique et très convenu?
C?est comme ça? On ne peut pas faire autrement; il y a un format que l?on doit respecter.
- Vous voulez dire que tout le monde est appelé à faire la même radio ?
Si je prends un magazine de presse, je trouve quoi ? Une information du jour, un éditorial, un reportage. On peut dire que c?est classique, mais c?est comme ça. Mais ceux qui écoutent la MBC et Radio One savent faire la différence et ce malgré l?insistance de vos questions !
- Dans la tonalité, l?angle d?approche, les choses peuvent être différentes? Pourquoi ce souci de toujours rester dans le politiquement correct ?
Nous faisons ce qu?on appelle des ?emballés?. Exemple : l?ICAC est sur la selette. Nous prenons la dernière déclaration de Bérenger, de Ramgoolam, de Boolell, de Veda Balamoody. Nous calons tout ça et avec un texte de lancement de liaison, vous avez une sorte de concentré des opinions diverses sur l?ICAC. Nous sommes les seuls à le faire. Concernant le politiquement correct, pourquoi pas ? Ce n?est pas une tare.
- Vous ne pensez pas que ceux qui attendaient l?avènement des radios privées, s?attendaient à trois radios différentes et se retrouvent avec trois radios qui font pratiquement les mêmes choses ?
Il se peut que les gens s?attendaient à trop. Ce n?est pas moi qui irais faire Radio Freedom ! Radio One ce n?est pas ça. Il ne faut pas isoler l?information de la grille globale d?une radio. Si vous écoutez Radio One le matin, vous avez : l?information, un éditorial, du sport, l?invité du matin, Enquêtes en direct, des jeux, Polémique, le Douze treize, encore de l?information avec un invité, des programmes que nos concurrents ne peuvent pas faire.
- Aurez-vous des raisons de craindre encore plus la MBC le jour où le ?MBC Act?, cette camisole dont vous parliez, sera enlevée ?
Non. Je crois que ce sera encore une meilleure émulation. Tout comme Jacques Maunick souhaitait l?avènement des radios privées pour une émulation. Je crois que les modifications du MBC Act, sur lesquelles travaillle actuellement l?ancien chef juge Victor Glover sera un plus pour l?information. Je le dis sans état d?âme d?autant plus que j?ai toujours combattu cette loi instituée par le MMM et le PSM en - 982. Je me sens donc parfaitement à l?aise.
- On a souvent entendu parler de radio ?responsable?. La limite entre responsable et complaisante peut-elle toujours être discernée ?
C?est totalement différent. Je comprends que la question s?adresse particulièrement à moi dans la mesure où j?ai été pendant un an la ?brebis galeuse? de Radio One, l?irresponsable de par les émissions que j?anime, c?est-à-dire Enquêtes en direct, Polémique, Sur le grill. Je m?efforce d?éviter les dérapages comme au début de mon arrivée à Radio One sur Enquêtes en direct. Il y avait un ton, un rythme à trouver. Sans fausse honte, j?avoue que j?ai eu des excès, des outrances au départ. Etre responsable, ce n?est pas être complaisant. Vous allez vous faire lyncher en me traitant de complaisant. Personne ne vous croira.
- Dans l?émission ?Sur le grill?, on vous a souvent entendu dire ?nous? en parlant à des invités qui étaient des dirigeants du MMM. Peut-on dire qu?il s?agit de ?lapsus révélateurs? ?
C?est bon de préciser que c?est un lapsus. Le direct, c?est tous les jours un triple saut périlleux, sans filet. Je l?ai appris. Et je fais très attention maintenant. Je prends des distances, et je mets quiconque au défi de dire le contraire. Cela étant, les interviews de Sur le grill ne sont pas complaisantes. Ça m?est arrivé d?être fatigué et de ne pas avoir le même esprit combatif à l?antenne. Vous voyez, moi je ne cache rien.
- Votre concurrent à - 6 h 30, c?est Radio Plus avec le journal de Jacques Aristide et son invité. Que pensez-vous de cette émission ?
J?ai eu l?occasion d?écouter quelquefois ce journal. Mais je trouve que c?est un jeu de massacre. Il flatte souvent ce qu?il y a de vulgaire, dépendant de l?invité. Je n?aime pas trop cette formule. Je ne me vois pas inviter quelqu?un pour qu?il se fasse massacrer. Mais je n?ai rien à reprocher au journal de Jacques Aristide lui-même.
- On n?invite pas non plus pour caresser dans le sens du poil?
Absolument pas. J?estime être assez bon journaliste pour poser moi-même des questions à mes invités. Sans avoir recours à des auditeurs. C?est peut-être prétentieux, mais c?est comme ca.
- Ce que fait Radio Plus en demandant aux auditeurs d?intervenir, c?est ce que vous faites sur ?Polémique? tous les samedis matins?
Il n?y a aucune dérive dans Polémique. Le profil de l?auditeur de Radio One est celui d?un auditeur responsable. Il faut une qualité dans la confrontation.
- Le désir de Radio One est-il d?être consensuel à tout prix ?
Pas du tout. Si les gens se retrouvent dans notre radio, j?en suis heureux. Vous parliez du créneau de - 6 h 30. Je suis parfaitement à l?aise : tous les sondages disent que nous sommes en tête à cette heure. Que les gens zappent après, tant mieux pour Radio Plus!
- On dit souvent des hommes de médias que la surexposition peut les ?brûler?. Nourissez-vous cette crainte ?
Tout à fait d?accord. Je me désengage tout doucement de l?antenne pour certaines émissions. Mais c?est vrai que j?ai touché à tout. C?était pour mieux comprendre la totalité du fonctionnement d?une radio. Jacques Rivet est un très grand directeur de journal pour moi parce que, justement, il a commencé sa carrière dans les ateliers du journal. Il connaît tous les rouages : il a été photographe, il écrit très bien et connaît parfaitement ce qu?est un journal. C?est ce que j?ai essayé de faire. De tout apprendre. La rédaction a en moi une roue de secours.
- Votre personnage ne laisse pas indifférent. Il y a ceux qui aiment vos émissions et vos détracteurs. Ceux-là estiment que vous faites preuve d?une fausse pertinence, d?une pertinence de surface dans ?Enquêtes en direct? : que leur répondez-vous ?
Ils ont peut-être raison ! Je suis prêt à tout entendre. Cette émission m?a appris la modestie. Mais ce que je peux vous dire, c?est que mes indignations ne sont pas feintes, ni fabriquées. Marie-Michèle Etienne peut en témoigner.
- Il y a quelques mois, le gouvernement a estimé que les radios privées ?en faisaient trop? et on a senti qu?il attaquait plutôt Radio Plus?
Ce n?est pas parce que nous sommes trop corrects. Je pense que, dans ce créneau, nous faisons plus de mal au pouvoir en place que toutes les autres radios.
- Vous pensez que cette perception est partagée ?
Une perception peut être mauvaise quelquefois. C?est à nous de faire ce qu?il faut pour qu?elle soit juste. Mais je dois dire que cette perception est peut-être amplifiée par nos détracteurs.
- Si nous nous voyons dans un an, qu?aimeriez-vous que les auditeurs disent de Radio One ?
Que j?aurais accompli une partie de la mission qui m?a été confiée et que Radio One reste une référence en matière de radio de proximité, crédible, responsable.
- Vous allez vous éloigner de l?antenne. Cela présuppose-t-il l?arrivée de nouvelles voix ?
Oui. Il y a des journalistes qui ont été tenus sous le boisseau et qui ne rêvent que de faire montre de leurs talents. Il y aura aussi de nouvelles voix venant de l?extérieur. Notre obsession, c?est la formation. Nous avons des stagiaires que nous formons. Mais nous n?aurons pas de nouvelle grille d?antenne. Elle sera agrémentée, enrichie de nouvelles choses.
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