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Clivage idéologique : jeu de dupes !
Le budget 2006-2007 est-il à droite, à gauche, au centre-gauche ? Qui, de Rama Sithanen ou de Paul Bérenger, est « l’homme du secteur privé » ? Qui des deux est le plus « FMI » ou « ultralibéral » ? Le grand public, dans cette profusion de clichés lancés depuis ces dernières semaines, ne se retrouve plus. Et c’est tout à fait normal.
La gauche socialiste et la droite libérale du monde, mis à part les extrêmes, partagent des points de vue économiques proches sinon similaires. Les valeurs réformistes, que nos politiciens prônent quand ils sont au pouvoir surtout, s’avèrent en fait nécessaires pour résister aux flots de la mondialisation. Au pied du mur, les politiciens parlent alors de « pragmatisme politique » pour appliquer les réformes, tandis que leurs opposants crient « à la dérive vers la droite ».
Hier encore, l’Alliance sociale s’élevait contre Paul Bérenger pour son régime de « droite » – des fois même qualifié, de mauvaise foi, au plus fort de la dernière campagne législative, d’« extrême droite » – et aujourd’hui, le MMM reprend, à son avantage, cette posture démagogique. En moins d’une année, les rôles se sont inversés, mais les problèmes structurels qui affectent notre économie sont demeurés les mêmes.
Les lois de la géométrie de notre hémicycle font qu’il y aura toujours une gauche et une droite quoi qu’il en soit. C’est le jeu politicien et nous devons faire avec. C’est sur cette toile de fond faussement idéologique que s’est tenu, samedi sur les ondes de Radio Plus, le match entre Rama Sithanen et Paul Bérenger. On s’attendait à un duel épique entre deux écoles de pensée bien tranchées, eu égard à leur discours respectif. Tel n’a pas été le cas samedi.
Dans la forme, le ton entre Sithanen et Bérenger était courtois, voire conciliant, ce qui est une bonne chose en contraste avec les échanges passionnés des débats parlementaires qui aboutissent trop souvent à des « walk-out ». Dans le fond, les deux politiciens se sont rejoints sur l’essentiel : le pays fait face à de sérieux problèmes économiques aggravés par la conjoncture internationale. Rama Sithanen et Paul Bérenger ont même concédé à un certain moment que « personne parmi nous na pa responsable ». Mais malgré cette analyse convergente, il était clair qu’ils ne pouvaient pas – ou ne voulaient pas — s’entendre sur les mesures pour sortir du marasme et de repartir sur de nouvelles bases.
Plus tard ce même jour, lors de sa conférence de presse, Paul Bérenger a de nouveau ressorti son expression fétiche : « le budget de Sithanen est ultralibéral. » Il est évident que le leader du MMM a décidé de se ranger résolument à gauche, du côté du petit peuple, opprimé, dit-il, à qui on enlève les subsides, pour qui l’emploi serait de plus en plus précaire, et contre le secteur privé et le gros capital. Paul Bérenger est aujourd’hui du même côté que les syndicats qu’il avait refusé de rencontrer, lors des consultations pré-budgétaires, alors qu’il était ministre des Finances.
Quant à Rama Sithanen, issu d’une alliance politique qui se clame être de gauche également, le contexte l’oblige à ne plus être démagogique, comme il l’était douze mois auparavant. L’« économiste », fier de l’être qu’il est, a manifestement oublié ce qu’il disait à propos des IRS et autres « hubs » lancés sous l’ère Bérenger. Il n’est plus d’avis qu’on est en train de brader le patrimoine mauricien aux étrangers, au contraire il s’en va à leur rencontre pour les séduire et les inciter à investir chez nous.
Mais malgré tout son néoréalisme, Sithanen a été contraint de revoir sa copie car sa politique de relance était en nette contradiction avec le programme sur lequel son bloc politique a été élu. Le changement aura été trop drastique, lui a-t-on fait comprendre à l’intérieur de son parti. Le fait que le secteur privé (qui redoutait son projet de démocratisation de l’économie) applaudit ses mesures a été mal perçu par une bonne partie de l’électorat de l’Alliance sociale.
Mais il est temps qu’on concède qu’aucune position n’est en elle-même de gauche ou de droite. Peut être de gauche, comme l’Alliance sociale, et défendre une position classée à droite : fermeture de la DWC, abolition des subsides sur le riz et la farine. De même qu’on peut aisément contester ces mesures au nom de la défense des « ti-dimounes ». Encore un exemple de positionnement ambigu pour brouiller les esprits : Paul Bérenger répète que le secteur privé est content mais tient absolument à préciser qu’il n’a rien contre ce même secteur privé…
Il est temps qu’on dise aux politiciens de cesser d’évoquer, pour des raisons électoralistes, une prétendue dichotomie gauche-droite. Opposer majorité et opposition est devenu vide de sens, les antagonismes ne sont que de façade et conjoncturels.
De par le monde, on s’accorde à reconnaître que ce clivage est dépassé, inadapté, désuet. Les lignes de démarcations idéologiques deviennent de plus en plus floues, quand elles ne sont pas carrément inexistantes . En faire des slogans n’est qu’un jeu de dupes !
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