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Clerc rien d?obscur
Julien Clerc au naturel. C?est une jambe ankylosée qui l?oblige à se lever. Petit footing qui l?amène vers un marchand de plage. Au Morne, sur le sable fin devant Le Paradis, où il loge. C?était samedi, 24 heures avant son unique concert chez nous, hier au Centre de conférences à Pailles.
Loin des micros, des caméras, de nos questions, Julien Clerc marche. Serre la main au monsieur, ?qui le connaît bien?. Signe un autographe. Dit oui quand le marchand de plage lui demande s?il peut venir au concert. Lui envoie quelqu?un de son entourage, pour prendre son nom. Le marchand tripote nerveusement les colliers de fausses perles qu?il porte autour du cou, pour les vendre. Sourit. Il n?en revient pas, du geste de ?sa dimounn simp?.
Simplement aussi, sans en faire trop. Comme si cela allait de soi, il filme les journalistes. ?C?est pour mon blog?, dit-il. Un de ces sourires qui appellent immédiatement le vôtre en retour, les chaussures un peu râpées, le chanteur à la chemise à fleur ? ni tendance, ni baba cool ? et voilà ?juste? Julien.
Clerc qui n?a pas l?air d?avoir de côté obscur. Bien sûr, comme tout le monde il a ses déchirures. Ces séparations qui durent. Comme celle du couple qu?ont formé ses parents. ?La séparation vue par l?enfant? a presque 60 ans ? Julien Clerc est né le 4 octobre 1947 ? en a fait le thème de son dernier album sorti en 2005.
Double enfance. Celle d?hier, quand il a appris à aimer ce qu?écoutait sa mère : Brel, Brassens, Barbara, Ferré? Celle du souvenir du grand-père antillais. Peau noire. Porte ouverte sur les musiques ?noires? : jazz, bossa nova.
Celle d?aujourd?hui avec son sourire facile. Sa collaboration avec Maxime Leforestier qui a lui aussi vécu la séparation de ses parents. Car ?les gens qui sont passés par là ont en commun quelque chose que les autres ignorent?.
Le vrai défi : durer, se renouveler
Cette faculté de prendre son temps pour répondre. En évitant l?écueil des vaines déclarations. Le succès, il l?a connu tout de suite. Le vibrato si particulier de sa voix séduisant le public dès 1969, avec Hair.
Et puis est arrivé le vrai défi. Celui de durer, de se renouveler. Chanteur d?amour, chanteur aimant les femmes, chanteur qui chante les femmes. Julien clerc s?est tourné du côté des plumes féminines. Rien à voir avec la discrimination ?positive?, parce que qu?après tout, ?pas n?importe quel auteur femme peut écrire pour un homme?. Quand on lui demande des noms, il cite par exemple Véronique Sanson, qui ?fait de belles chansons mais pour femme il me semble?.
Lui, s?est entouré de Françoise Hardy, Carla Bruni qui n?écrivent pas ?spécifiquement féminin?. Ce qui n?est pas incompatible avec Si j?étais elle, la première chanson écrite pour lui par l?ex top model. ?Quand j?ai lu ce texte, j?ai senti quelque chose d?indéfinissable.?
Musicien fidèle, Julien Clerc l?est autant aux auteurs qu?à sa langue d?expression. ?On fait la musique de sa langue. Je suis dépendant de la manière d?écrire le français. Un nouvel auteur apportera une nouvelle façon d?écrire de la poésie, ce qui va m?inspirer des musiques nouvelles.?
N?allez surtout pas lui demander pourquoi il accepte ou rejette tel ou tel texte. Prérogative de l?artiste : ?Je prends, je prends pas sans donner d?explications.? Ses albums parlent de lui. Ils portent souvent son nom : Julien Clerc (1971), Julien ( 1973 et 1996), Clerc Julien ( 1980), ?Mais si je devais écrire des textes, je l?aurais fait depuis longtemps, je n?ai pas ce talent-là.?
Sa préférence ? Julien Clerc ?n?a pas d?état d?âme?. Il n?est pas de ces artistes qui disent qu?ils en ont marre de chanter tel ou tel titre de leur répertoire. Lui, fait un ?assez noble métier?, celui de donner du plaisir aux gens, de les accompagner dans leur vie.
Sauf qu?il ne perd jamais de vue que le futur, c?est continuer. ?Ce serait insupportable de vivre sur mon passé.
à l?applaudimètre, quand j?entends qu?une nouvelle a le même accueil qu?une ancienne, je me dis que je suis encore un artiste vivant.?
INDUSTRIE Le spectacle en péril ?
Vous voulez une ?cruelle vérité? ? ?C?est que les classes moyennes n?ont plus les moyens d?aller aux concerts?. Le constat est de Rama Poonoosamy, directeur de l?agence Immedia et organisateur à deux jours d?intervalles, du concert de Jagjit Singh et de Julien Clerc.
Lui, habitué aux configurations de 3 200 places au Centre de conférences à Pailles en propose 2 800, dont un millier de places pour les sponsors. ?Là, il y a quelque chose qui se passe?, affirme-t-il. Avant de s?interroger : ?si c?est ainsi pour les classes moyennes, comment est-ce que cela se passe au niveau des classes ouvrières.
à la veille du concert ? il restait encore des billets dans toutes les catégories. Contrairement aux idées reçues qui veulent que ce type de concert se vende très vite. Faut-il chercher des réponses seulement du côté des prix des billets ? Entre Rs 600 à Rs 2000 pour Jagjit Singh et entre Rs 400 à Rs 1200 pour Julien Clerc.?
L?organisateur lui invoque les charges qui pèsent sur lui : 25 % de taxe sur chaque billet, dont 15 % de TVA et 10 % d? ?Entertainment Tax? payables au conseil de district de Rivière-Noire, dans le cas d?un concert tenu au Centre de conférences de Pailles. Ajoutez à cela la location de la salle qui ?a augmenté de 15 % depuis le début de l?année?. L?industrie du spectacle est-elle en péril ?
Affaire à suivre.
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