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Claude Michel, un scientiste hors pair

24 octobre 2004, 20:00

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Il s’en est allé avec une discrétion qu’un Pierre Renaud n’aurait pas désavouée. Il s’est tenu bien droit. Il n’a fait aucun bruit. Il meurt proprement. Il meurt comme meurent les arbres. Il meurt comme meurt un enfant. Il sait mieux que nous que le goyavier royal refleurira à la saison prochaine. Il entend, peut-être, la rue qui recommence sa journée. Et cela ne tient même pas lieu de faire-part. Il comble, peut-être, un vide, une absence qui a beaucoup marqué les derniers mois de sa vie sur terre, parmi nous. Il donne, peut-être, à son épouse une présence encore plus grande que celle qu’il lui a offerte ici-bas pendant un demi-siècle.

Dans une vie totalement consacrée aux sciences et aux siens, Claude Michel sait qu’il y a encore de la place à des domaines encore inexplorés comme ceux des sentiments et de la conscience. Intrinsèquement humble et effacé, par toutes les fibres de son être, il n’accordait aucun but à l’univers ni à sa vie terrestre. Les rares buts qu’il assignait à sa vie ici-bas étaient aussi modestes que lui : pourvoir aux besoins de sa famille et rendre heureux les gens autour de lui. C’est du moins ce qu’il confiait, en aparté, à Alain Gordon-Gentil, en février dernier.

Il s’avoue non-croyant. Et nous le respectons en cela. Il disait craindre davantage un monde régi par la religion qu’un monde régi par la science. Il est vrai que les épouvantails scientistes relèvent beaucoup plus des romans et des films d’horreur d’une science fiction sortie tout droit d’imaginations particulièrement fertiles, reposant sur un pour cent de sciences mal digérée et de 99% d’inventions les unes plus loufoques que les autres. Tandis que nos talibans, nos ayatollahs, nos intégristes, nos fanatiques religieux, nos guerres de religion, nos intolérances culturelles, nos mesquineries, nos jalousies, nos simonies sont bien concrets et réels et autrement plus dangereux et néfastes. La preuve ? Ils ont suffi à dégoûter, sa vie durant, un esprit aussi éclairé et aussi pondéré que celui de Claude Michel.

Il nous en voudra, peut-être, mais ne pourra nous empêcher de le vouloir toujours présent parmi nous, présence encore plus réelle qu’avant son départ si discret, départ peut-être désormais compensé et comblé par un savoir absolu qui lui faisait sans doute défaut sur terre. Nous croyons et espérons que viendra le jour où toutes nos interrogations seront comblées au-delà de toutes nos attentes. Et peut-on rêver d’esprit plus curieux que celui de Claude Michel, lui qui avouait avoir conservé la sainte curiosité d’un enfant face au monde qui l’entoure, répondant à cela à un charpentier de Nazareth qui dit à qui veut l’entendre que si nous ne redevenons pas comme de tout petits enfants, il n’y aura pas de place pour nous à l’avènement de son royaume. Claude Michel ne peut nous reprocher de le vouloir aujourd’hui comblé dans toutes ses attentes, formulées ou inconscientes, lui qui nous enseigne à juste titre que tout homme qui n’est pas curieux, se crétinise. Nous souhaitons Claude Michel comblé et heureux au-delà de toute attente car plus nous sommes sincèrement et intrinsèquement curieux, plus nous développons notre capacité d’absorber une part plus grande d’une Vérité transcendante contenant tous les mystères de la vie et de la science. Il faut le concevoir conversant, aujourd’hui, avec, entre autres, Albert Einstein et Teilhard de Chardin car demain, un autre Claude Michel, mettant ses pas dans les siens pourra interpréter à notre intention et bénéfice, l’essence même de ces entretiens.

Plus d’un millier de chroniques

Claude Michel ne se contente pas d’être un esprit curieux et ouvert jusqu’à l’ultime seconde de sa vie sur terre – une heure avant sa mort, il conversait avec Jean-Claude Autrey, un de ses plus éminents émules, venu lui porter la médaille commémorative des 175 ans de la Société Royale des Arts et des Sciences, capable, à 83 ans, d’éclairer la lanterne d’un spécialiste singapourien des crustacés décapodes brachyoures (les crabes) et de disserter sur la possibilité de situer la conscience au niveau des quanta – sa fidélité à sa vocation de rendre les gens heureux autour de lui, fait de lui un des meilleurs professeurs de science que nous ayons eus Nous devons utiliser à son égard, le mot désagréable de “vulgarisation” tant sa proximité avec celui de “vulgarité” est déplaisante mais il dit bien sa passion édifiante et exemplaire pour les sciences et le défi de la fin de sa vie terrestre : à savoir donner le goût, la passion au plus grand nombre pour les connaissances scientifiques, un domaine particulièrement vaste puisqu’il contient et transcende tout notre univers.

Après avoir enseigné au Collège Royal, après avoir été le collaborateur de Jean Vinson, après avoir dirigé l’Institut de Maurice où, en tant que botaniste, il avait la compétence et l’intelligence voulues pour faire en sorte que le Musée de Port-Louis demeure une vitrine attirante et vivante de nos connaissances scientifiques, après avoir enseigné aux enseignants à l’Institut de Formation Pédagogique (MIE), Claude Michel voulait s’adresser à un public encore plus large et peut-être moins savant : celui des lecteurs de journaux. Il rédige à cet effet plus d’un millier de chroniques hebdomadaires pour l’express, d’abord des mercredis matins (Magazine) puis des lundis matins, rendez-vous hebdomadaire que ne ratent jamais les aspirants scientistes, les esprits curieux et ceux avides de ses traits d’esprit et de ses amusantes juxtapositions spirituelles.

Claude Michel nous quitte comme il a toujours vécu, sans faire de bruit, sans chercher à s’imposer, se contentant de répondre présent toutes les fois où nous avons eu besoin de ses services et de ses lumières.

Il demeure, bien sûr, un exemple pour chacun d’entre nous tant pour son inépuisable curiosité scientifique que pour ses innombrables qualités humaines. Il appartient désormais à ses nombreux amis et admirateurs de pérenniser sa présence parmi nous et de la rendre utile à ceux qui n’ont pas eu la chance de l’avoir aussi bien connu que nous. Les moyens pour assurer cette pérennisation ne manquent pas, allant de la publication en volumes de ses écrits encore inédits ou ayant paru sous la forme d’articles de journaux et de la réédition de ses œuvres aujourd’hui non disponibles en librairie jusqu’à l’organisation régulière de colloques, peut-être mêmes internationaux, permettant aux meilleurs d’entre nous de dire et de redire pourquoi nous avons une si haute estime pour ce scientiste exemplaire à tous points de vue. L’idéal serait de créer, au plus vite, une association des Elèves et des Admirateurs de Claude Michel pour examiner ensemble les meilleurs moyens de rendre encore plus réelle sa présence bienfaisante parmi nous.

“Claude Michel nous quitte comme il a toujours vécu, sans faire de bruit, sans chercher à s’imposer, se contentant de répondre présent toutes les fois où nous avons eu besoin de ses services et de ses lumières.”

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