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Chronologie des événements

25 juillet 2004, 20:00

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01h45 hier matin. Grand-Baie se prépare à se coucher après une soirée animée. Les derniers clients sirotent leur verre au Maitai Bar, au complexe de Grand-Baie Store (GBS). Le propriétaire s?apprête à fermer après une soirée plutôt réussie. Mais le destin va frapper. Une très violente explosion sème la panique et la terreur.

L?intensité de l?explosion est ressentie à plusieurs centaines de mètres à la ronde. Le croisement de la route côtière et de la rue La Salette est littéralement enfoui sous les débris. L?impact est si violent que des débris percent les murs d?appartements du Sunset Boulevard situés vis-à-vis de GBS.

Des morceaux de béton sont projetés jusqu?à 60 mètres plus loin. Les vitres des bâtiments avoisinants sont soufflées. A l?extrême-droite du complexe, un trou béant. Des débris de verres et de plats jonchent le sol. Des morceaux de parasols pendent sur les cocotiers.

Emmy Ng Yeung, 24 ans, et son fiancé, Jean-François Lew Teen, 25 ans, se retrouvent ensevelis sous les décombres et meurent des suites de multiples fractures. (Voir page 4). Leur grande malchance est, qu?étant des habitués, ils avaient leur table réservée à l?extrême droite de la terrasse au Maitai Bar. Là où l?explosion a été la plus violente. Une quinzaine de personnes, dont deux employés du resto-bar, sont blessées. Cinq d?entre elles ont été hospitalisés.

Selon les premières indications, le drame se serait produit au premier étage, aux abords du restaurant La Langouste Grisée, au-dessus de l?endroit où se trouvaient les victimes. L?acteur français Alain Delon y avait passé la soirée en famille quelques heures avant le drame.

La police et les pompiers arrivent plus ou moins rapidement sur les lieux du sinistre mais ne peuvent que constater les dégâts. Les ambulances récupèrent les blessés. La crainte de voir éclater un incendie est vite dissipée. Les premiers témoins ne constatent aucun foyer d?incendie. Les pompiers le confirment.

02h00. La foule de plus en plus grande y va de son commentaire. Certains avancent des thèses les unes plus farfelues que les autres. Après un moment de flottement, la police place des cordons de sécurité sur les ordres de l?assistant-commissaire de police (ACP) Ramen. Des renforts viendront de Pointe-aux-Canonniers et Goodlands. La Special Supporting Unit (SSU) et la Criminal Investigation Division (Northern Division) sont aussi présentes. L?hôpital Sir Seewoosagur Ramgoolam est mis en alerte rouge.

02h30. Le député de la circonscription, Ashit Gungah arrive et exprime sa stupéfaction. Il contacte le ministre du Tourisme, Anil Gayan, qui le rejoint. A 3h30, ce dernier fait une déclaration à la presse. ?C?est impressionnant. Je déplore la perte de vies humaines et je sympathise avec les familles des victimes.? Alors que les rumeurs d?un acte criminel enflent, il relativise. ?Il ne faut surtout pas tirer hâtivement des conclusions. Attendons la fin de l?enquête policière.? Abondant dans le même sens, Ashit Gungah espère ?que ce n?est pas un acte malveillant ?.

La police craint à un moment qu?il n?y ait des personnes coincées à l?intérieur. Mais, vu qu?aucune disparition n?a été signalée, cette piste est vite abandonnée. La Major Crime Investigating Team (MCIT), les Scene of Crime officers (SOCO) et la Forensic Scientific Laboratory (FSL) entrent en scène.

05h50. La Special Mobile Force (SMF) commence à sécuriser le périmètre. Les limiers recueillent les indices autour du bâtiment. Vers 9 heures, la SMF, sous la direction du surintendant Krishna Jugroo du Engineer Squadron commencent à déblayer la route.

L?assistant commissaire de police (ACP), Rajesh Ramen, Northern Divisional Commander supervise l?opération. Dooshyant Reesaul, commandant de la SMF et l?ACP Pregarssen Vuddamalay, responsable de la Special Supporting Unit (SSU), sont aussi présents. L?hélicoptère de la police survole Grand-Baie. Les adjoints au commissaire, Dhuniswar Ramparsad et Mario Nobin, coordonnent les opérations. Narain Peerun, directeur du service des renseignements (NSS), est là depuis très tôt. Des policiers de son unité sont déployés. La présence de deux responsables de la sécurité de l?ambassade américaine sur les lieux ne passe pas inaperçue.

Au même moment, des éléments du SOCO et du FSL fouillent les débris accompagnés d?experts de la Bomb Disposal Unit. Ces officiers de la SMF et de la force régulière, sont une trentaine à avoir été triés sur le volet pour une formation à Maurice et aux Etats-Unis en déminage et anti-hijacking.

Des chiens renifleurs sont en attente. Les officiers passent au peigne fin les paramètres affectés. Ils font un premier constat visuel du site qui est accessible. Ils ramassent des débri ainsi qu?un gros cylindre de gaz intact récupéré sur le site pour être analysés. Au premier étage, sont entreposées des bonbonnes de gaz. Est-ce l?une d?elles qui est à l?origine de la déflagration ?

Des éléments additionnels de la SMF et de la SSU se placent autour de la zone sinistrée. La priorité est de sécuriser le bâtiment en ruines. Alors que des pelleteuses de la SMF déblayent les débris, des employés du ministère de l?Environnement et du conseil du Nord ramassent les blocs de béton. Le n° 2 de la SMF, Anand Appadoo, et le surintendant Siv Oodunt, participent à l?opération. Des propriétaires de magasins balayent l?intérieur de leurs commerces affectés par l?explosion.

L?enquête a été confiée à la MCIT, dirigée par le surintendant Clifford Parsad. L?équipe est épaulée par les hommes de l?ASP Bala Kamatchi de la CID Nord.

Un Incident Command Post est opérationnel au Centre de sport nautique en face de ce qui reste du GBS. Les enquêteurs enregistrent les dépositions des propriétaires des commerces affectés et des témoins. Peu après 10 heures, le responsable de la VIPSU, Parmesiven Valaydon, adjoint au commissaire de police, arrive. Le commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh anime une séance de travail. Suresh Seegoobin, secrétaire aux Affaires intérieures est aussi présent.

12h10. Le Premier ministre, Paul Bérenger, arrive peu après Pradeep Jeeha, ministre des Télé-communications et député de la circonscription. Accompagné du commissaire de police, le Premier ministre visite la zone sinistrée. Au même moment, le député du PMSD, Maurice Allet débarque. Pendant la visite, le commissaire de police reçoit un appel du vice-Premier ministre Pravind Jugnauth, qui s?enquiert de l?événement .

L?officier Jugroo de l?Engineer Squadron sert de guide. Le PM s?arrête à différents endroits pour constater les dégâts. Il est conduit à l?intérieur de la cuisine du restaurant, où se situerait le foyer de l?explosion.

Un point de presse est organisé. Le PM présente ses sympathies aux proches des victimes et des blessés ainsi qu?aux habitants de Grand-Baie. Dans un premier temps, dit-il, l?hypothèse d?un accident est privilégiée. La thèse que l?explosion a été provoquée par une bonbonne de gaz n?est pas écartée.

Paul Bérenger félicite les hommes de la SMF et de toutes les unités policières qui sont sur le terrain. Il leur recommande: ?Fode pas ki zot pran oken risk.? Il rassure la population qu?une enquête est en cours pour faire toute la lumière sur cette affaire. Il ajoute que ?lapolis pas ekart oken pist?.

Le Chef de délegation de la Commission européenne, Juan Carlos Rey, et son épouse sont à Grand-Baie peu après 13 heures. Il se dit choqué par cet événement.

14h30. Anil Baichoo, ministre des Infrastructures publiques et du Transport intérieur, arrive sur les lieux. Le haut-commissaire de l?Inde, Pripuransing Haer, déclare à l?express : ?It?s terrible.? Deux députés de l?opposition, Arvin Boolell et Madun Dulloo, étaient également sur les lieux.

A la suite de l?explosion, une partie de la route côtière entre le restaurant La Jonque et le Village Hall, a été fermée à la circulation. Selon le chef inspecteur Ben Buntipilly, responsable de la Road Safety Unit, vu le risque d?effondrement, cette route restera fermée jusqu?à nouvel ordre. L?opération de déblayage pour permettre au FSL d?accéder à l?intérieur du bâtiment en ruines débute ce matin.

SPÉCULATIONS

L?origine de l?explosion indéterminée

  • Trois hypothèses sont évoquées avec persistance sur l?origine de l?explosion. La première et la plus évidente serait celle de l?explosion d?une bonbonne de gaz; la deuxième ferait état d?un possible règlement de comptes entre locataires et la troisième ferait référence à un acte terroriste. Si certains officiers penchent pour la thèse de l?explosion d?une bonbonne de gaz, d?autres veulent écarter cette possibilité, vu l?intensité de la déflagration qui a soufflé tout le bâtiment.D?autres officiers sont sceptiques quant à l?hypothèse d?un règlement de comptes. ?Est-ce qu?on aurait fait sauter tout un bâtiment si on a une dent contre un commerçant ?? La thèse de l?acte terroriste est diversement commentée. Compte tenu des circonstances et que l?acte éventuel n?a pas été revendiqué, certains enquêteurs expriment des doutes profonds. Des hauts gradés et des enquêteurs ne veulent pas s?aventurer à une conclusion hâtive sur l?origine du sinistre. Il est plus raisonnable, estime un officier de police, de permettre à la police scientifique d?accéder au foyer de l?explosion et de collecter des indices. Ils seront accompagnés de policiers compétents formés en déminage. On pourra alors confirmer si l?explosion est de nature accidentelle ou criminelle. Par ailleurs, le ministre du Tourisme, Anil Gayan, a, lors d?une réunion, à Mahébourg hier, déclaré ?qu?il faut rester vigilant contre toute attaque terroriste?. Mais il rassure la population que le gouvernement ne dispose d?aucune preuve qui pourrait attester de l?existence de cellules terroristes à Maurice. Il insiste que le gouvernement maintient une vigilance depuis septembre 2001.

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