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Chronique d?une mort lente annoncée ?

11 mai 2008, 00:00

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Quel est le rôle d?une télévision publique ? Promouvoir la créativité, informer et éduquer les gens, les divertir, propager la culture, tout en offrant des émissions de qualité? Mais voilà, les productions indépendantes comme Bonnto Klip, Ki Ti Koui, ou encore Emtel my Choice seraient en danger. Après la décision prise par la MBC télé de prélever 60 % sur leurs recettes publicitaires. L?échéance pour cette nouvelle mesure a été arrêtée au 1er juillet.

Mais la MBC a-t-elle vraiment besoin de ces 60 % de recettes publicitaires, qui sont perçus comme des « cacahuètes » à côté des revenus publicitaires et des redevances audiovisuelles que lui versent les milliers de foyers mauriciens ? C?est une question que l?on pourrait se poser. Certes, elle a besoin de la pub pour vivre comme le font en grande partie les radios privées et gratuites. Mais ne serait-ce pas ici une façon déguisée de demander aux productions indépendantes de prendre la porte de sortie ? Une première zone d?ombre, pourrait étayer cette thèse, car il semblerait que tous les réalisateurs de productions indépendantes n?ont pas été mis au courant de cette nouvelle mesure de la MBC.

Si Richard Hein, d?Independent Productions, dit qu?on lui en a touché un mot en décembre dernier ? la raison pour laquelle Bonnto Klip n?est pas passée au mois de janvier puisque la mesure devait s?appliquer dès janvier ? Odile Halbwachs, de TrèsPied Productions, avoue avoir été mise au parfum par un autre producteur. « J?ai appris la nouvelle par un autre producteur au mois de février. Très Pied Productions a rencontré la direction de la MBC et on nous a fait part de cette mesure. On a fortement réagi, car la MBC n?achète pas nos programmes, il faut que tout le monde comprenne cela. Il y a un échange entre la MBC et Très Pied Productions. Nous fournissons l?émission contre un peu d?espace publicitaire que la MBC nous donne et cela nous permet de faire vivre la production et de combler les dépenses encourues pour la production des émissions », explique Odile Halbwachs.

Elles ne roulent pas sur l?or

Mais elle ajoute que cela va devenir difficile de produire des émissions s?il faut verser 60 % de la totalité des revenus publicitaires à la MBC. « Actuellement, la pub que nous pouvons passer durant l?émission n?équivaut pas à la valeur réelle de l?émission? »

En effet, les productions indépendantes ne roulent pas sur l?or. La plupart arrivent très mal à s?en sortir sans sponsors ou publicités. Certaines ont même dû arrêter leurs émissions en cours de route, faute de sponsors et de pubs. Comme La route aux énigmes de Media Spin Ltd. « On avait prévu 52 émissions avec la MBC, mais finalement, au bout de 20, on a dû stopper parce que Mauritius Telecom, notre principal sponsor, nous a lâchés en route. Alors que nous avons dépensé Rs 1,6 million dans le matériel pour l?émission? Je trouve un peu petit que la direction de la MBC pense à se faire de l?argent sur le dos des productions indépendantes », explique Jean-Michel Estrade.

Par ailleurs, la formule d?accorder de l?espace publicitaire contre une émission n?est pas toujours une réussite pour les productions indépendantes. Comme cela a été le cas pour Jean-Michel Estrade qui avoue n?avoir jamais pu « remplir la quantité de pub qu?il fallait » pour son émission de 52 minutes.

Pour Voisin Voisine, cette série qui a connu un certain succès, les producteurs ont annoncé qu?ils s?arrêteraient à la saison 5 à cause des difficultés financières encourues. « En voulant ouvrir leurs antennes pour permettre à plus de productions indépendantes et locales d?être diffusées à la télé, la MBC a fait une bonne chose. Mais au fil du temps, le procédé n?est plus rentable. Car il manque des sponsors pour acheter les espaces publicitaires. Ces productions roulent à perte et elles sont obligées de s?arrêter. Pour poursuivre, il faudrait peut-être que la MBC recommence à acheter les productions indépendantes et locales », suggérait Denis Essoo, assistant réalisateur de Voisin Voisine.

« C?est dommage qu?une émission à portée culturelle devrait être taxée », déclare, de son côté, Richard Hein, l?un des producteurs de Bonnto Kilp. Et Odile Halbwachs d?ajouter : « Si la MBC compte nous évincer du paysage audiovisuel, il n?y a pas de meilleur moyen. Si elle compte tout produire en interne, il faut qu?elle nous le dise, mais je n?ai pas tous les éléments en main. Je dois consulter le directeur de marketing à son retour pour éclaircir des éléments qui sont flous pour moi. »

Si les productions indépendantes s?arrêtent, la MBC ne devrait-elle pas payer pour produire ou pour en acquérir d?autres ? En tout cas, Richard Hein et Odile Halbwachs attendent le retour du directeur de marketing à la MBC, pour y voir plus clair.

REACTION DE BIJAYE MADHOO, DIRECTEUR GENERAL DE LA MBC

« Depuis décembre dernier, on a communiqué cette nouvelle mesure pour les productions indépendantes. Il faut savoir qu?à la MBC, il y a plusieurs types d?émissions : productions indépendantes, co-productions, des émissions sponsorisées?

Et la MBC a pendant longtemps soutenu ces émissions indépendantes qu?elle a lancées, aidées et placées même dans ses prime time et pendant tout ce temps, on n?a rien réclamé. Mais il arrive un moment où la MBC doit percevoir des revenus? »

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