Publicité
Chirac ?en conscience?
Jacques Chirac a donc décidé de ?dire aux Français? ce qu?il leur avait déjà expliqué à plusieurs reprises pendant ses deux mandats présidentiels lorsqu?il était confronté aux questions sur les ?affaires?, à savoir que les partis politiques ont eu recours pendant des années à des "arrangements" pour se financer. L?ancien président de la République y ajoute une sorte d?hommage aux juges qui ?ont secoué le système en mettant au jour des pratiques occultes auxquelles nul ne s'était vraiment intéressé avant eux?.
Publié dans les colonnes du Monde le jour-même où il était entendu en qualité de témoin assisté par le juge Alain Philibeaux, dans le cadre de l?enquête sur les emplois de complaisance du Rassemblement pour la République (RPR), ce texte présente la ligne de défense à laquelle M. Chirac entend se tenir : tout cela est de l?histoire ancienne, à laquelle les lois sur le financement des partis politiques, votées entre 1988 et 1995, ont heureusement mis fin, lui-même ayant personnellement veillé, en sa qualité de président du RPR, à ce que soient ?abandonnés les usages anciens?.
Elle reprend celle de l?ancien premier ministre, Alain Juppé, devant la cour d?appel de Versailles, en octobre 2004, qui, après avoir affirmé que ?tout le monde savait que les partis politiques avaient fonctionné avec des expédients?, avait assuré avoir donné des instructions pour que cessent ?ces pratiques discutables?.
M. Chirac a eu le temps de peaufiner sa défense, l?immunité pénale du chef de l?Etat votée sous sa présidence l?ayant mis à l?abri de toute poursuite jusqu?à la fin de son mandat. Il a également eu le privilège de suivre l?issue judiciaire des affaires liées au financement occulte du RPR qui ont occupé les tribunaux ces quatre dernières années : procès Juppé, procès des marchés publics d?Ile-de-France, procès des HLM de Paris.
Mais ces ?pratiques héritées d?un passé parfois lointain?, qui assuraient le financement de la machine RPR dont il était le chef et, en tant que candidat, le principal bénéficiaire, ont entraîné les condamnations ? récentes, celles-ci ? de personnalités agissant sous son autorité : M. Juppé, écarté de la vie politique pendant un an pour cause d?inéligibilité ; les anciens trésoriers Robert Galley et Jacques Boyon ; l?ex-intendante Louise-Yvonne Casetta ; l?ancien directeur du cabinet de M. Chirac à la mairie de Paris, Michel Roussin.
Ces derniers n?ont pas eu la chance de faire l?objet, comme l?ancien champion olympique Guy Drut ? condamné dans le procès des marchés publics d?Ile-de-France pour avoir bénéficié d?un emploi fictif alors qu?il était député ?, d?une amnistie individuelle de la part de l?ancien président de la République. Après avoir beaucoup épargné leur ancien patron devant leurs juges, ils ne sont sans doute pas les derniers à attendre que M. Chirac, comme il s?y est engagé, témoigne et réponde ?en conscience? devant les siens.
(Editorial du 21 juillet)
© Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate
Publicité
Publicité
Les plus récents