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Chintamun Ramboccus
Après vingt-deux ans de règne sans partage, la figure emblématique du sport local accuse sa première défaite électorale. Il a perdu son siège au sein de la fédération de football, lundi. Qu?en est-il de son fauteuil de président du CNOM ? Réactions.
C?est la surprise du chef ! Chintamun Ramboccus, personnage imposant du sport mauricien, est sorti par la petite porte, lundi, à l?issue des élections générales de la Mauritius Football Association (MFA). C?est la première défaite électorale du président du Comité national olympique mauricien (CNOM) depuis plus de deux décennies. Une défaite amère, vu sa réaction véhémente vis-à-vis de la presse peu après le scrutin.
On l?aime ou on ne l?aime pas. Il ne laisse personne indifférent. En fin stratège, à la manière des politiques, Chintamun Ramboccus avait pourtant réussi, pendant vingt-deux ans, à repousser les obus du camp ennemi pour préserver jalousement son siège au sein de la MFA et, par ricochet, son fauteuil de président du CNOM. Mais, lundi dernier, il était totalement désarmé face à une équipe qui appelait au changement.
La défaite de l?équipe Vinod Persunoo ? le président sortant ? a entraîné la chute du dinosaure. Elle a, dans la même foulée, mis fin au règne de Chintamun Ramboccus.
La question que l?on se pose désormais dans le monde sportif mauricien depuis sa défaite aux élections de la MFA : doit-il partir du CNOM ?
Si légalement il n?y est pas obligé, par contre, d?un point de vue éthique, le débat est lancé. Vivian Gungaram, son adversaire de toujours dans la course à la présidence du CNOM, est catégorique : « Il a fait ce qu?il a pu. Selon la loi, il peut continuer à siéger au sein du CNOM mais question éthique, je pense qu?il devrait partir. En tant que président du CNOM, il doit donner l?exemple et surtout envoyer un signal fort aux fédérations sportives. »
Opinion que partage un autre membre du CNOM qui a cependant tenu à préserver l?anonymat : « Personne ne peut aspirer à être un éternel vainqueur dans une démocratie. Ce moment devait arriver un jour ou l?autre. Comme il ne voulait pas se retirer de son propre gré, il devait tôt ou tard partir par une défaite. »
Quant à la question s?il doit rester au CNOM ou pas, il répond : « Légalement, il a le droit de rester. Mais si la MFA décide de ne plus le déléguer comme son représentant, alors, il devra partir. Sur le plan éthique, je pense qu?il devrait tout de même partir. »
Même son de cloche, du côté du président du Mauritius Turf Club (MTC) et de la Fédération mauricienne de tennis, Jean-Michel Giraud. « J?ai côtoyé Chintamun Ramboccus en tant que membre du CNOM et aussi quand il était commissaire du MTC. Je pense qu?il est temps qu?il passe la main à un plus jeune. Quoi qu?il devrait rester encore un peu dans un giron, comme un sage auprès de qui les jeunes pourront se référer. On a toujours besoin de l?avis des anciens », estime-t-il.
Pour l?ancien ministre des Sports, Michael Glover, qui a également travaillé avec le président du CNOM, du temps qu?il était ministre, Chintamun Ramboccus n?aurait pas dû se présenter à l?élection de la MFA. « Après sa déconvenue aux dernières élections du CNOM, il aurait dû s?arrêter là et ne pas subir une humiliation. Dans la vie, il faut savoir se retirer », remarque-t-il.
Le Chief executive du Trust Fund For Excellence in Sports lui reproche surtout « son manque de transparence dans les finances du CNOM » qui, dit-il, « m?a toujours interpellé?ainsi que de nombreux sportifs ».
Chintamun Ramboccus, qui est loin d?être un homme de communication a, en effet, toujours fait l?objet de critiques pour son manque de transparence dans la gestion financière du CNOM.
« Rendre à César ce qui est à César »
Mais comme le dit l?ancien ministre des Sports, Ravi Yerrigadoo, qui a eu l?occasion de travailler avec lui dans le cadre des 6es Jeux des îles de l?océan Indien, « il faut savoir rendre à César ce qui appartient à César ».
Ce personnage complexe ? il est de nature discrète mais il devient impulsif lorsqu?il se sent menacé ou contredit ? a contribué à sa manière au développement du sport à Maurice.
«J?ai eu l?occasion de travailler avec lui. Je ne l?ai jamais vu comme le représentant du football. Pour moi, Chintamun Ramboccus est quelqu?un qui dégage un rayonnement important dans la région. Il suffisait de le voir à l?oeuvre lors des réunions du Conseil international des Jeux », vante Ravi Yerrigadoo.
Pour ce dernier, Chintamun Ramboccus a toujours été un digne représentant des fédérations. « Il s?est toujours battu pour l?intérêt des sportifs et celui des fédérations. Il s?est même battu pour les disciplines qui ne lui tenaient pas à coeur. Mais bien sûr, il a toujours défendu les dossiers des disciplines qui étaient proches de lui en premier. Ce qui est tout à fait humain », poursuit-il.
En parlant de la contribution de Ramboccus, Ravi Yerrigadoo se réfère au projet de faire de Maurice un training camp dans le cadre de la Coupe du monde de football 2010. « L?idée vient de Chintamun Ramboccus et de Ram Ruhee. Ces derniers étaient venus me voir peu après que l?organisation des Mondiaux de 2010 fut confiée à l?Afrique du Sud », précise-t-il.
Pour Ram Ruhee, à travers qui, Chintamun Ramboccus avait fait son entrée au sein des Hindu Cadets pour ensuite se frayer un chemin au sein de la Mauritius Sports Association, la MFA par la suite et enfin le CNOM au début des années 80, « son nom sera toujours associé au mouvement sportif ».
« C?est quelqu?un qui a une riche et longue carrière sportive. Il a toujours été à l?avant-garde pour promouvoir l?olympisme et les valeurs de l?olympisme. Il a toujours été à la pointe des combats pour préserver l?indépendance du CNOM et du mouvement sportif. Il a la main dans toutes les grandes activités et les grands événements », précise le représentant du Comité international olympique et secrétaire général du CNOM.
Il est bon de souligner que c?est sous la présidence de Chintamun Ramboccus ? il venait de succéder à Jean Delaître à la tête du CNOM ? que Maurice avait participé pour la première fois aux Jeux Olympiques de 1984 à Los Angeles. Depuis, notre petite île n?a manqué aucune édition.
Si le courant ne passait pas toujours entre certains dirigeants de fédération et lui, il se faisait toujours un devoir d?écouter les doléances des athlètes. « Il s?est toujours mis en quatre quand on avait besoin de lui et de l?instance qu?il représente. Sa contribution dans le domaine du sport est très grande. Nous étions très rarement sur la même longueur d?onde quand on travaillait à la même table. Mais cela ne nous a pas empêchés d?être de bons amis et on l?est toujours», conclut, pour sa part, Pierre Noël, ancien membre du CNOM.
Si l?avenir de Chintamun Ramboccus au sein du CNOM est compromis avec la défaite de son équipe aux élections de la MFA, il ne faut pas non plus sous estimer cet homme qui a certainement plus d?un tour dans son sac. Qui sait, on pourrait le revoir plus vite qu?on ne le pense.
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