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CHIKUNGUNYA:TOUT CE QU?IL FAUT SAVOIR
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CHIKUNGUNYA:TOUT CE QU?IL FAUT SAVOIR
Il faut se rendre à l?évidence. La maladie du chikungunya tue. Contrai-rement à ce que rapporte jusqu?ici, la littérature médicale. Les experts à la Réunion, où sévit une épidémie, en apprennent bien plus que ce qui est dit dans les livres.
Et cette semaine, il semble que Maurice a eu son premier mort lié au virus. En proie à de fortes fièvres couplées à des douleurs articulaires aiguës et à des convulsions, Mahendra Emrith, 33 ans, a été emporté par une encéphalite.
Employé comme Attendant à l?hôpital psychiatrique Brown-Séquard, il a été hospitalisé à Candos le dimanche 20 février et placé sous ventilation. Trois jours ont suffi pour qu?il meure.
En l?absence d?autres pathologies, c?est sans doute ce virus qui a provoqué l?inflammation de son cerveau et qui a entraîné sa mort selon l?autopsie du Dr Sudesh Kumar Gungadin, médecin légiste de la police, et du Dr Amah Charrya Gujjalu, dont les services ont été retenus par la famille du défunt.
« Je suis convaincu que c?est le chikun-gunya qui a tué le jeune homme. Il est décédé d?une méningo-encéphalite probablement causée par la maladie car l?inflammation est d?origine virale », soutient le Dr Gujjalu. Il attend quand même ? tout comme les autorités qui sont très tatillonnes à ce sujet ? les résultats des analyses virologiques pour être certain que c?est bien le virus qui l?a tué.
Si le ministère de la Santé est conscient que « le virus est rarement fatal » ? se basant sur les données de l?Organisation mondiale de la santé (OMS) ? les Français ne vont pas par quatre chemins pour dire qu?il est létal. Ils ont de quoi s?interroger sur ce mal supposé être bénin et qui semble avoir évolué. Pour cause, le virus paraît plus agressif et semble avoir une incidence sur la mortalité durant la période au cours de laquelle leur département d?outre-mer qu?est la Réunion a été touché.
Sur les 157 000 Réunionnais atteints, le Dr Antoine Perrin, directeur de l?Agence régionale de l?hospitalisation (ARH) ? basé à la Réunion ? confie à l?express-dimanche que 77 décès sont imputés au chikungunya, « dont six directement » (voir plus loin).
Coïncidence ou pas, ce qui lie Mahendra Emrith aux victimes de l?île s?ur, c?est que la majorité était atteinte d?encéphalite. Et comme le Mauricien, deux enfants réunionnais âgés de 10 ans, Dylan et Tricia, sont décédés alors qu?ils n?étaient atteints d?aucune autre maladie que le chikungunya.
<B>« Une pathologie réémergente »
Dans le cas de Dylan, il a été foudroyé le 13 janvier par une méningo-encéphalite tandis que Tricia, elle, a succombé lundi à un arrêt cardiaque consécutif à un ?dème cérébral. Ce qui laisse bon nombre de questions en suspens?
Contrairement à ce que pensait savoir le monde médical, d?autres complications liées au virus ont été observées à l?île s?ur. À l?instar de la transmission du virus in utero, de la mère à son enfant, qui n?a jamais été rapportée dans la littérature médicale à ce jour.
Les médecins français ont aussi eu à faire face à des troubles neurologiques nouveaux comme des méningites.
C?est tout dire : le seul cas de méningite lié au chikungunya qui a été rapporté jusqu?ici remonte à 1972. Il concernait un garçon de cinq ans au Cambodge.
Le système nerveux est aussi mis à mal par le virus. Des ralentissements psychomoteurs, des pertes d?autonomie et de la parole, et des troubles vésicaux ont aussi été observés à la Réunion. De même qu?un syndrome ayant nécessité plusieurs jours de ventilation mécanique.
Les experts n?ont pu, pour ainsi dire, étudier le virus durant les cinq dernières décennies car il n?apparaissait que sporadiquement à travers le monde. Il avait été signalé pour la première fois en 1953 en Tanzanie avant de ressurgir en Asie. Après des années d?absence, il est réapparu aux Comores en 2005. La suite, dans l?océan Indien, on la connaît?
« Le chikungunya est ce qu?on appelle une pathologie réémergente », explique le Dr Arnaud Bourdé, chef de service de réanimation de l?hôpital de Bellepierre, à la Réunion, au quotidien français Le Monde.
Il admet que le corps médical ignore si le virus peut muter et s?il existe un vaccin.
Dans le même journal paru le 22 février, l?entomologiste Jean-Sébastien Dehecq de la Direction régionale des affaires sanitaires et sociales (Drass) à la Réunion, reconnaît que « l?on découvre depuis quelques semaines à la Réunion des symptômes qui n?ont été décrits nulle part ailleurs. »
« On ne connaît toujours pas grand-chose sur le chikungunya », fait ressortir, de son côté, Antoine Flahault, président de la cellule française de coordination de recherche sur la maladie, au journal français Libération qui a consacré sa Une au virus vendredi.
« C?est la première fois qu?il apparaît dans un pays riche. On ne sait même pas par quel mécanisme il provoque des rhumatismes. Personne n?avait encore jamais planté une aiguille dans une épaule ou une articulation atteinte », souligne-t-il.
À ce jour, il n?existe aucune publication scientifique qui rapporte des épidémies de l?ampleur que celle que connaît la Réunion. Ni qui évoque des cas mortels. Tout ce qui est connu, c?est que les personnes à risques sont les vieux, les nourrissons, les enfants de moins de 12 ans ainsi que les malades déjà affaiblis.
Des études sont ainsi menées ces jours-ci par les experts français et réunionnais pour savoir si la maladie peut causer des morts subites provoquées par des troubles cardiaques ou des hépatites. Entre autres, comme dans le cas de ce pompier qui a succombé à une crise cardiaque après avoir attrapé le virus, les experts veulent savoir s?il y a un lien direct avec le virus.
En France, le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a demandé que tous les certificats de décès enregistrés à la Réunion depuis mars 2005, période où l?épidémie à débuté, soient de nouveau examinés. Son ministère ainsi que celui de la Recherche ont également sollicité les organismes et institutions de recherche de référence comme le CNRS, l?Inserm et l?Institut Pasteur pour se pencher sur le chikungunya.
Parmi les mesures prises par le gouvernement français, une mission de quatre experts en virologie a été dépêchée à l?île s?ur il y a une semaine. Mais ces experts n?ont pas été d?un grand secours a annoncé RFO mercredi. En attendant, la semaine prochaine, ce sera tour de l?OMS de déployer une mission d?experts dans la région.
À Maurice, le ministère de la Santé suit de près l?évolution de la « catastrophe naturelle » décrétée par les autorités françaises chez nos voisins. Le ministère est aussi attentif aux recherches médicales entreprises. Point positif : Maurice a été la première à identifier le chikungunya lorsqu?il a commencé à sévir dans les Mascareignes. Les experts locaux ont d?abord cherché confirmation auprès de deux instituts de renom français. Mais ils ont été incapables d?identifier le mal mystérieux et on a dû se tourner vers Amsterdam, qui a confirmé la présence du virus chez nous.
77 morts à la Réunion
Alors que 77 morts liés à la maladie sont signalés à la Réunion, des questions sont soulevées par les forces vives de certaines localités de ce pays. Elles se demandent si le même scénario se déroule à Maurice.
Si le virus a causé autant de décès chez nos voisins, qu?en est-il ici ? Vu que des malades réunionnais ont été sujets à des vomissements, des douleurs abdominales et parfois des diarrhées, l?on est en droit de se demander comment sont mortes les s?urs Jodhun à Mahébourg, il y a deux semaines.
Chandinee et Palmawtee, 50 et 58 ans, présentaient des symptômes similaires mais les autorités, sans autopsie, disent qu?elles étaient atteintes d?autres troubles de santé. En attendant que le virus soit éradiqué et suite au reportage diffusé par la chaîne française TF1 sur le cas d?une touriste infectée chez nous , le Bureau du Premier ministre a rué dans les brancarts. Il a mis sur pied un comité qui donne l?image de s?occuper plus de la communication que des problèmes pratiques.
En effet, aucun membre du département entomologique ne participe à ces messes. Ce qui donne à penser qu?elles visent surtout à rassurer les touristes.
Satish Faugoo, ministre de la santé
« Pas dans notre intérêt de cacher la vérité »
La mort de l?employé de votre ministère est-elle liée au chikungunya ?
Nous attendons les résultats des tests pathologiques avant de nous prononcer sur ce cas. Je ne comprends pas ceux qui font des déclarations avant qu?ils ne soient certains à 100 %. Il se peut que cela soit le cas mais à ce stade, on ne peut pas dire si sa mort est liée de loin ou de près au chikungunya.
Parallèlement aux tests effectués à Maurice par notre laboratoire de virologie, nous allons réclamer une contre- expertise auprès d?un institut basé à Genève, en Suisse, pour des examens plus poussés. Tout un chacun doit savoir de quoi est mort Mahendra Emrith. Ce n?est pas dans notre intérêt de cacher la vérité.
Les autorités françaises disent que le virus tue. Collaborons-nous suffisamment avec elles pour connaître son évolution, ses symptômes et les remèdes ?
Nous nous en tenons aux données de l?Organisation mondiale de la santé. Pour cette dernière, le virus est rarement fatal. Rien ne nous prouve que le chikun-gunya tue. Cependant, valeur du jour, il peut être, en effet, une cause de co-morbidité chez des sujets atteints.
Nous dépendons quand même des recherches médicales des Français pour connaître les complications liées à la maladie. Ou encore savoir s?il y a un vaccin.
Le ministère envisage aussi la possibilité de leur transmettre des échantillons dans le cas Emrith pour que nous sachions ce qui a provoqué son encéphalite.
Vos détracteurs disent que vous dissimulez les vrais chiffres de la maladie?
Je n?en vois pas l?intérêt ! Depuis le début de cette année, environ 2 500 cas suspects ont été recensés au niveau de nos hôpitaux. Sur ces 2 500 patients, 962 sont des cas avérés, confirmés par le laboratoire de virologie. À la lumière des ces données, nous allons revoir le système de décompte des malades et les mesures à prendre pour endiguer la progression de la maladie.
De Villepin au chevet de la Réunion
À la Réunion, la situation est telle que des ministres se succèdent à son chevet après le tollé soulevé par le député socialiste Jean-Marie Le Guen à l?Assemblée nationale française.
Ce dernier a soutenu que le traitement du mal aurait été tout autre si le virus s?était propagé dans un département en France. Le président du conseil régional, Paul Vergès, maintient qu?il y eu « retard dans la gestion de la crise». Le Premier ministre français, Dominique de Villepin, sera en visite dans l?île à partir d?aujourd?hui. Cette visite s?annonce mouvementée dans la mesure où les députés réunionnais réclament une commission d?enquête sur la calamité.
Le « chik » dans l?histoire
Chikungunya est aussi connu à l?île s?ur et d?autres parties du monde sous le sobriquet de « chik ». Il a été isolé pour la première fois en 1953 par R.W. Ross à Entebbe, en Ouganda, après une épidémie de fièvre sur le plateau de Makondé dans la province de Newala, au Tanganyika, actuellement la Tanzanie.
L?affection se propageait à la périphérie des villages durant la saison des pluies, de juillet jusqu?à février. Il a été nommé chikungunya par les villageois. Chikungunya signifie en swahili « qui se recourbe, qui se recroqueville » à l?image des feuilles tombées des arbres et qui se recourbent en séchant.
Depuis cette année-là, des épidémies de fièvre chikungunya confirmées ont été signalées en Afrique sub-saharienne, dans le sous-continent indien, en Asie du Sud-Est (Vietnam, Indonésie) dans des îles du Pacifique. Aucun cas de fièvre de ce type n?a été rapporté en Occident. Des marines américains ont toutefois été touchés aux Philipinnes en 1985.
Les plus grandes épidémies ont sévi dans les grandes villes du sous-continent indien. 400 000 malades ont été répertoriés à Madras (Chennai) en 1964 sur près de deux millions d?habitants.
Des cas antérieures sont en train d?être identifiés à partir des nouvelles données et il est probable qu?il a été confondu avec la dengue au Caire et à Batavia (Jakarta) en 1779, au Zanzibar entre 1823 et 1870, en Inde entre 1823 et 1825 et à Hong-Kong, en Birmanie (Myanmar) et à Madras entre 1901 et 1902. Les descriptions faisant état de douleurs articulaires sont plus compatibles avec le virus qu?avec la dengue.
Le cas Emrith
Habitant route Bassin, Quatre-Bornes, Mahendra Emrith ne souffrait d?aucune autre maladie d?après l?autopsie et les tests ont suivi.
La veille de son admission, il s?est présenté à l?hôpital Candos sujet à de fortes fièvres et des vomissements. Le médecin de service a diagnostiqué une gastrite. Admis en toute urgence dans la nuit de samedi à dimanche, il se trouvait dans un état semi-comateux et semblait épileptique. « Il avait de l?écume aux lèvres. Il a été transporté par ses camarades de la Voice of Hindu dont il est un membre exécutif », commente un proche. Nul ne sait où il a contracté la maladie et un de ses proches aurait été hospitalisé après ses funérailles. Les autorités ont procédé à une fumigation autour de son domicile. Une enquête est également en cours au ministère de la Santé pour savoir s?il y a eu négligence médicale dans son cas.
Par ailleurs, il est à noter que des membres de la VOH ont saccagé un bureau à l?hôpital Candos. Ils justifient ce geste en soutenant qu?un membre du personnel soignant a laissé entendre qu?Emrith était séropositif, ce qui pourrait expliquer sa mort. Le ministère temporise sur ce décès et annonce que des analyses seront aussi faites en Suisse pour expliquer son encéphalite.
Dossier réalisé par Vel moonien
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