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Chikungunya : le professeur Flahault appelle à la vigilance
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Chikungunya : le professeur Flahault appelle à la vigilance
L?épidémie de chikungunya qui sévit à la Réunion est-elle en phase de régression, comme l?a évoqué récemment Laurent Cayrel, préfet du département ? Faut-il au contraire redouter qu?en dépit de la démoustication cette affection virale menace directement la population qui n?a pas encore été touchée ?
Alors que le cap des 200 000 cas ? sur une population totale de 780 000 habitants ? vient d?être franchi, les spécialistes n?excluent pas une progression, voire une reprise, de l?épidémie, lors du prochain été austral.
Une souche virale africaine
Ils se fondent pour cela sur les résultats sérologiques d?un ensemble d?échantillons sanguins prélevés entre le 15 janvier et le 15 février chez 567 femmes enceintes. Au total, des anticorps témoins d?une infection par le virus du chikungunya n?ont été retrouvés que dans 19 % des sérums analysés. « Ce résultat nous a surpris, puisque ce pourcentage est précisément celui de la population qui présente les symptômes de la maladie », explique le professeur Antoine Flahault, président de la cellule nationale de coordination des recherches sur le chikungunya.
Cela signifie que le nombre des personnes qui ont été infectées par le virus sans manifester les symptômes de la maladie est très faible. « Au vu de ce que l?on sait du potentiel d?attaque du virus, on peut penser que les 80 % de la population de l?île qui n?ont pas encore été touchés pourraient (l?être) », poursuit-il.
Pour ce spécialiste, la faible proportion des formes asymptomatiques sur l?île s?explique par le fait que cette épidémie est causée par une souche virale africaine. « Les souches asiatiques induisent des formes asymptomatiques dans une proportion allant jusqu?à trois par cas symptomatique », explique Antoine Flahault. En d?autres termes, sur quatre personnes touchées, une seule développe la maladie. « Dans une telle situation, la marge de progression épidémique sur l?île de La Réunion aurait été très largement réduite. »
Une enquête plus large de séroprévalence sera effectuée en juin, soit au début de l?hiver austral. En toute hypothèse, et même si le nombre de nouveaux cas diminuait dans les prochaines semaines, la plus grande vigilance devra être maintenue. « Nous disposons d?ores et déjà d?éléments nous permettant de dire qu?il existe une probabilité élevée pour que l?épidémie redémarre l?an prochain, souligne le professeur Flahault. Il nous reste à identifier les éléments qui permettraient de faire que ce ne soit pas le cas. Mais, pour l?heure, nous n?avons aucune raison d?être optimistes. »
L?inquiétude des chercheurs
L?inquiétude des chercheurs tient au fait que le virus pathogène semble, comme celui de la dengue, s?être « urbanisé ». Il n?aurait donc plus besoin d?un réservoir animal pour contaminer l?espèce humaine, qui, de ce fait, deviendrait ainsi le réservoir viral. C?est dans ce contexte que la mission parlementaire d?information « sur l?épidémie de chikungunya à la Réunion et à Mayotte » a commencé, le 16 mars, ses travaux avec l?audition à huis clos des professeurs Hervé Zeller, responsable du Centre national de référence des arbovirus à l?Institut Pasteur de Lyon, et Paul Reiter, directeur de l?unité insectes et maladies infectieuses à l?Institut Pasteur de Paris.
@ 2 006 Le Monde ? Jean-Yves Nau ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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