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Chiens : l?odyssée de l?espèce

4 juillet 2004, 20:00

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Il y a 135 000 ans, pense-t-on, la souche qui allait mener au plus fidèle ami de l?homme s?amorçait déjà. Les détails de ces débuts sont très estompés et leur suite n?est pas plus claire. Les plus vieux restes de chiens trouvés en Allemagne et en Israël datent d?environ 14 000 ans.

D?où viennent les ancêtres de Médor et de Milou ? Quand se sont-ils associés à l?homme ? Pourquoi et comment Lassie est-elle devenue si fidèle amie ? Le lointain ancêtre, selon certains, aurait été le chacal. Il a le même nombre de chromosomes que le chien, le loup et le coyote. De plus, les croisements entre les quatre espèces sont fertiles.

Du chacal cependant émane un petit quelque chose de dégradant. Des études d?ADN ont récemment démontré que c?est un loup (ou plutôt cinq lignées différentes de loups) qui s?est graduellement mué en chien. Les deux peuvent se ressembler tant qu?on connaît l?expression entre chien et loup désignant la période du crépuscule où les deux canins se confondent. A condition bien sûr de ne pas avoir affaire à loulou de Poméranie ou pékinois.

L?étude des molécules pointe aussi vers l?Extrême-Orient comme lieu d?épanouissement de l?espèce Canis familiaris. De rares préférences la dégradent à Canis lupus familiaris, c?est-à-dire une sous-espèce de loup (Canis lupus). Mais accordons le plein statut d?espèce à Lassie.

Le chemin de la domestication

On argumente aussi sur les chemins ayant conduit à la domestication. Tel cynophile penche pour un choix délibéré de l?homme préhistorique. Il aurait recueilli des bébés de la nouvelle espèce, l?incorporant au foyer ou l?entraînant pour la chasse. Mais ce lointain aïeul avait-il des biberons appropriés ? Des esprits plus réalistes préfèrent une sélection naturelle de traits génétiques poussant les premiers chiens à hanter les parages humains. Ils y trouvaient aisément de la nourriture.

Une expérience avec des renards sauvages soutient ce choix. En prélevant à chaque génération des sujets disposés à être de plus en plus familiers avec l?homme, six générations ont suffi pour créer quelques animaux à l?attachement prononcé pour nos semblables.

Après 20 générations, 35 % des renards étaient complètement domestiqués. Non seulement le comportement s?était-il amendé mais aussi des taux hormonaux affectant ce comportement s?étaient eux aussi modifiés ! On pense aussi que les débuts de la domestication ont favorisé la persistance de traits juvéniles, par exemple l?aboiement.

Depuis cette lointaine association, nos ancêtres ont graduellement produit, par des croisements étudiés, des races convenant à divers travaux. Demain interviendra la manipulation génétique et même le clonage pour quelque mémère désespérée ayant perdu son toutou. Mais celle-ci ne retrouvera pas une copie absolument conforme.

Certaines races retiennent parfois l?attention pour de hauts faits ou méfaits. D?autres rappellent l?histoire, comme le molosse, chien du pays de Molossie représenté sur des mosaïques à Pompéi. Les Romains étaient des spécialistes de l?élevage, par exemple de chiens de garde, car le canin n?est pas nécessairement câlin. Une mosaïque de la même ville engloutie par les cendres dessine un chien à l?air méchant avec la légende ?cave canem?.

Le chien a inspiré des expressions tantôt péjoratives, tantôt flatteuses. Il suit le maître à tel point que le verbe anglais ?to dog? veut dire ?suivre?, parfois même trop. L?animal figure au firmament dans deux constellations et on dit d?une star ayant de l?allure qu?elle a du chien.

Mais on se plaint aussi d?une vie de chien. Ou on compare une action intempestive à l?arrivée d?un chien dans un jeu de quilles, sans se demander ce que diable aurait été faire un cabot dans cette galère.

Milou dans l?espace

Nous n?allons pas chanter les exploits canins ressassés ad nauseum par la télé. Attachons-nous plutôt à des cas moins connus. Par exemple des sujets d?expériences, comme Laika, envoyée dans l?espace en 1957.

Ou encore les chiens ayant permis les découvertes de Pavlov. La fidélité est représentée par Argos, le chien d?Ulysse, attendant son maître pendant 20 ans ou, mieux encore, le chien de Montargis, où un chevalier fut assassiné par un rival. Son fidèle chien, recueilli près de sa dépouille par des soldats, reconnut un jour l?assassin et l?attaqua.

Le plus curieux des usages recommandés figure à la fin du XVIIe siècle pour déterminer la longitude. Un certain Digby prétendit avoir découvert une poudre guérissant à distance. Il suffisait de tremper un bandage du malade dans la poudre pour ?téléguérir?. Mais le malade criait alors.

L?homme suggéra de prendre à bord d?un bateau un chien blessé. A midi, on devait tremper un bandage dans la poudre miracle. Le chien hurlerait alors, faisant savoir au capitaine de l?embarcation, même s?il était aux antipodes, qu?il était midi au port d?attache !

Le mot de la fin doit revenir à Napoléon. Il écrivit un poème où un chien nommé César sommait un lapin de se rendre. Jeannot préféra la fuite, poursuivi par le molosse. Un chasseur tira sur le gibier, le rata, tuant à la place son poursuivant.

?Nos ancêtres ont graduellement produit, par des croisements étudiés, des races convenant à divers travaux. Demain interviendra la manipulation génétique et même le clonage pour quelque mémère désespérée ayant perdu son toutou.?

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