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Chasseurs de foule
Sept jours après les rassemblements du 1er Mai, les états-majors politiques débattent encore des foules rassemblées çà et là. Chaque parti revendique un nombre supérieur à la réalité. À l?instar des chasseurs, ils comptabilisent leurs partisans comme des pièces de gibier. Et sur la place publique, ils comparent leur prise du jour : 6 000 ici, 3 000 là-bas. Les traqueurs de foules s?arrogent le monopole des estimations et des exagérations.
Loin de nous l?intention de prolonger ce jeu politicien. On se contentera, pour éviter de vaines et puériles querelles de chiffres, d?un tableau global : environ 15 000 Mauriciens se sont déplacés aux meetings des trois principaux blocs. Ce qui représente environ 1 % de la population ou pas plus de 2 % de l?électorat. Pas de quoi s?enorgueillir. Et difficile d?établir un rapport des forces.
Dans sa grosse majorité, la population ne s?est pas sentie interpellée par les appels de mobilisation des politiciens. Moins d?un an après le tam-tam des élections générales, il n?y a pas d?enjeu réel. Mais au-delà de la conjoncture, il convient de questionner les discours politiques qui visiblement n?accrochent plus. À force de ressasser les mêmes thèmes lors des conférences de presse et des réunions de quartier, les politiciens ont fini par brûler leurs munitions. Force est de constater qu?ils n?ont plus rien de nouveau à formuler, que leur spectacle devient lassant.
Certes le 1er Mai, c?est du folklore. Mais l?importance capitale qu?y attachent, une semaine après les meetings, les deux partis de l?opposition mérite néanmoins que l?on s?y attarde. Le MMM post-1er Mai se considère comme le plus grand parti politique de Maurice et entrevoit le commencement de la fin du MSM. Si les Mauves semblent avoir fait une croix sur leur partenaire d?hier, ils doivent soit courtiser le Parti travailliste ou se réinventer complètement pour reprendre leur slogan de 1983, « le MMM seul contre tous ».
Quant à Pravind Jugnauth, il souhaite enterrer le MMM et son leader. Mais seul le MSM n?y arrivera pas. Sa seule option est d?essayer de contracter une alliance avec le Parti travailliste. Mais c?est à lui de séduire les Rouges, qui sont déjà unis à d?autres partis et qui surfent toujours sur une bonne vague de popularité.
À quatre ans des prochaines législatives, la tâche du MMM et du MSM s?avère difficile. Quels thèmes privilégiés pour fédérer leurs partisans si au final ils doivent s?allier avec le Parti travailliste ? Pravind Jugnauth a déjà commencé à critiquer les alliés des Rouges qui, selon lui, ne représentent pas grand-chose.
Paul Bérenger, lui, s?intéresse davantage au passé de Maurice qu?à la préoccupante situation économique actuelle ; pourtant son expertise de parlementaire aurait été bien plus utile que sa passion pour l?histoire.
Au final, c?est Navin Ramgoolam qui a le beau rôle : il n?est pas demandeur mais il a en face de lui deux offreurs qui vantent leurs atouts. Il n?est pas pressé et peut se permettre de jouer avec eux, avant d?épingler l?un ou l?autre à son tableau de chasse?
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