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?Chaos?

21 avril 2006, 00:00

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La théorie du même nom voudrait que les battements d?ailes d?un papillon, quelque part dans le monde, ait une influence, ou même pour conséquence indirecte, des perturbations météorologiques à l?autre bout de la planète. Dit d?une manière poétiquement moins imagée : il est des phénomènes déterminés par le hasard, mais qui présentent en fait des régularités pouvant être décrites mathématiquement. Toute incompréhensible qu?elle soit dans ses rouages, cette théorie n?a cessé de séduire les scénaristes depuis un certain nombre d?années. Tony Giglio, réalisateur et scénariste de Chaos, n?est certainement pas le premier à s?en inspirer, quelques-uns avant lui (Quentin Tarentino, Bryan Singer) l?ayant déjà fait avec brio. Et si la stature de Chaos ne dépasse pas celle d?une série B, il s?agit pour une fois d?une série B qui récompense amplement le déplacement. Surtout quand on pense à d?autres thrillers portant la griffe de cinéastes de renom, et ovationnés par certains critiques bien que présentant des défauts plutôt conséquents.

Il est tout à fait probable qu?une réalisation plus personnelle et inspirée aurait suffi à classer Chaos au moins parmi les meilleurs thrillers de l?année. Contrairement à ce qui a été dit ailleurs, Tony Giglio nous en donne plus que le ?minimum syndical?. Mais d?un autre côté, on ne peut pas non plus dire que les images créent une atmosphère particulière ou que le montage présente plus de nervosité que celle requise habituellement par le genre. Nous sommes dans une série B, et, par conséquent, il ne s?agit pour le réalisateur ni d?imposer un style, ni d?éblouir le public avec des effets spéciaux. Certains trouveront donc la réalisation classique et sobre, d?autres la jugeront banale (et les deux camps auront raison) ; elle est surtout efficace, se limitant à servir le récit. Donc dans ce film, pas d?effets spéciaux ni de séquences ?clipesques?, mais quelques scènes d?action rondement menées, des acteurs charismatiques et surtout, un scénario.

Giglio, scénariste, affiche ses goûts pour les films d?action des années 1980 et son enthousiasme pour Usual Suspects. Pour le premier, il y a ces deux personnages principaux interprétés par Jason Stratham et Ryan Philippe. Deux policiers qui n?ayant pu empêcher le braquage d?une banque, mènent une enquête qui les mènera à une grosse conspiration. Dans le rôle du policier vétéran aux méthodes musclées, Jason Stratham joue le genre de personnage qu?incarnait Bruce Willis, il y a vingt ans. Ce même personnage était généralement flanqué d?un coéquipier plus circonspect avec il finissait par s?entendre après une période initiale de confrontation, rôle tenu par Ryan Philippe. Pendant à peu près deux heures, les deux traquaient généralement un méchant aussi sournois que machiavélique : ici, Wesley Snipes qui cabotine à souhait. Les dialogues aussi, nous viennent en ligne droite de ces années-là. On aurait cru impossible de faire passer cela à l?écran de nos jours, sans s?exposer au ridicule.

Pourtant, Tony Giglio y parvient avec succès. Sans doute parce qu?il a l?intelligence de ne pas forcer les traits de ses personnages. Sûrement parce qu?il a su les mettre au centre d?un récit qui retient toute notre attention. Un récit qui, sans copier Usual Suspects, s?en est inspiré en ce qui concerne la confusion initiale, les fausses pistes et les rebondissements. Certes, le récit dans Chaos n?est pas aussi rigoureux qu?il pourrait l?être, et c?est peut-être cela qui finit par perdre un peu le film, vers la fin. Mais, retenir l?attention du spectateur durant presque 90 minutes par la seule force du récit est déjà une performance.

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