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Chantier de Plaisance dans la fournaise
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Chantier de Plaisance dans la fournaise
Juché sur le mur à côté de la mosquée de la rue Ambrose, Jean Pierre Villebrun domine la scène. Le Chantier de Plaisance, à l?angle de la rue Hugnin, est un gigantesque brasier. Les flammes dépassent le toit des maisons alors que s?élève une fumée presque parfumée. Les pompiers livrent une guerre inégale tandis que cinq familles essayent de sauver leurs meubles et effets personnels. Tout Rose-Hill semble s?être massé dans les ruelles.
Heureusement, il n?y a pas de blessés graves. Un sapeur-pompier de Coromandel, intoxiqué par la fumée, a dû être évacué vers l?hôpital Victoria. Mais son état n?est pas jugé sérieux et il pourra rapidement rentrer chez lui.
Les Hossenbokus sont sinistrés. L?une de leurs maisons avait un toit en chaume. Les vitres ont volé en éclats et les propriétaires, aidés de voisins, ont essayé tant bien que mal de sauver l?essentiel. Des oiseaux de proie n?ont d?ailleurs pas manqué de faire main basse sur des téléviseurs et autres objets.
?C?était vers 19 h 30. Je regardais la télévision quand j?ai entendu les sirènes des pompiers. Je me suis précipité sur place et j?ai vu l?incendie prendre de l?ampleur?, raconte Jean-Pierre qui habite à quelques centaines de mètres du sinistre. Ce sont les Elahee, qui habitent juste en face du Chantier de Plaisance, qui ont donné l?alerte. ?J?ai entendu le gardien crier au feu et en même temps j?ai vu une épaisse fumée monter vers le ciel. Mes parents ont téléphoné aux pompiers et aux Wong Chin, propriétaires du chantier?, explique Adil Elahee.
Les pompiers sont arrivés à temps mais il leur a été impossible de maîtriser les flammes. Je tire également mon chapeau aux voisins. Ils ne se sont épargné aucun effort pour protéger les maisons?, confie Ahmad Auleear, cousin des Hossenbokus. Les propriétaires de l?entrepôt, encore sous le choc. Ils voient des millions partir en fumée. Une des femmes de la famille ne cesse de pleurer.
Près de la maison en chaume, une trentaine d?hommes prêtent main-forte aux pompiers. Ils ne sont pas protégés contre les flammes mais cela ne les inquiète guère. Ils aident à hisser les tuyaux, les dirigent vers les flammes? Après quelques heures d?efforts fournis, ils sont épuisés. ?Depuis deux ans, nous demandons que l?entrepôt soit transféré. Mais rien n?a été fait. Dans ce pays, on attend que les maisons brûlent et que des gens meurent pour réagir ! lâche un homme trempé jusqu?aux os et les yeux rougis par la fumée. Un autre ajoute : ?Depuis le temps que le chantier brûle, seuls les pompiers de Coromandel et de Quatre-Bornes sont arrivés sur place. Où sont les autres ? Les citernes semblent avoir des problèmes pour s?alimenter en eau. Pourquoi ne vont-ils pas puiser dans le canal d?à côté ??
Cinquante pompiers
Très vite, d?autres équipes de pompiers arrivent. Ceux de Port-Louis, de Curepipe, de Mahébourg et de St-Aubin : au total une cinquantaine d?hommes. ?Notre première priorité a été d?éviter que le feu n?atteigne les autres maisons. Je pense qu?il y a eu un seul foyer. Il faut rendre hommage à mes hommes qui ont donné le meilleur?, déclare Rajkumar Ram, le chef du Service national de pompes à incendie. La Special Supporting Unit investit les lieux pour parer à d?éventuelles escarmouches. Le commissaire de police par intérim, Jean Bruno, est là aussi. La Special Mobile Force barre la route aux badauds.
La famille Wong Chin surveille la scène d?en face, dans la rue Hugnin. François, le neveu du propriétaire est au-devant de la scène. Au début de l?incendie il a réussi à sortir une camionnette pour la mettre à l?abri. ?Nous devions déménager le mois prochain?, explique un des membres de la famille au ministre de l?Environnement, Rajesh Bhagwan, venu constater les dégâts. Chantier de Plaisance a en effet fait construire un nouvel entrepôt à Montée S, Grande-Rivière-Nord-Ouest.
Interrogé sur le délai pris pour ce transfert exigé par les habitants du quartier, le ministre répond qu?il fallait donner aux propriétaires le temps nécessaire. ?Pour moi, c?est une institution qui part en fumée aujourd?hui. Vous connaissez le nombre de petites gens qui vivaient du chantier ?? Rajesh Bhagwan explique alors qu?il est en contact direct avec le Premier ministre et député de la région, Paul Bérenger.
A minuit, les flammes commencent à baisser en intensité. La situation est sous contrôle dans le quartier. Mais les pompiers doivent surveiller le silo de sciure qui pourrait s?embraser.
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