Publicité
Chacun son cinéma
Anick Sandian et Jason Lafolle sont une anomalie dans le paysage cinématographique mauricien. Ils créent malgré la présence de structures inadéquates et quasi absentes. Ils s?engagent alors que d?autres n?y songeraient même pas. Mieux, ils conservent leur indépendance car le cinéma a aussi pour mission d?inspirer, de susciter des émotions et souvent de coller à la réalité.
Monteuse free-lance à la MBC, un métier rarissime, peu ouvert aux femmes, Anick Sandian fait figure d?exception. Elle sait imposer ses idées parce qu?il n?y a qu?une seule manière de travailler. Jason Lafolle est cadreur free-lance à la MBC. Un peu en retrait de par sa nature timide, il apprend lui aussi à faire confiance à son instinct. Rien, a priori, ne rassemble Anick Sandian et Jason Lafolle. Une fois installé à leur table de travail, on finit par trouver quelque chose d?assorti. Un couple heureux, racontant l?évidence et la nécessité de leur rencontre, fut-elle pour faire écho à une passion commune au c?ur des séquences filmées.
Entre elle et lui, c?est une histoire de complicité et de complémentarité. Il est une force tranquille. Elle, une boule d?énergie avec une âme d?artiste. Entrée par conviction dans l?infographie vers la fin des années 80, Anick Sandian voulait créer et laisser s?échapper l?artiste qui sommeille en elle. Entre eux, il y a la même manière de concevoir le cinéma. Il faut d?abord créer, s?amuser puis s?engager. « Si le cinéma mauricien doit exister, il doit l?être dans l?engagement, » fait ressortir Jason Lafolle.
Impossible dans ce cas-là de passer à côté du Festival du cinéma LGBT jamais organisé chez nous et ne pas y présenter au moins une production inédite mauricienne. Backseat voit ainsi le jour. C?est une histoire de quête et de découverte, dont l?action principale se déroule sur le siège arrière d?un taxi. Jason Lafolle et Anick Sandian n?ont pas eu peur des étiquettes. Au contraire. « On est ce qu?on est. Qu?on soit homosexuel ou hétérosexuel, on est tous humains. On vit tous les mêmes choses», explique Anick Sandian. Un script écrit à quatre mains, une préparation express de cinq jours, un tournage intensif de deux jours voilà Backseat prêt pour l?étape décisive du montage.
Ecouter son instinct
Vive et réactive, celle-ci est une boulimique de travail. Après dix-huit ans passés chez AVS, une boîte de production audiovisuelle, Anick Sandian était prête pour l?étape suivante. Une escale plus tard chez Tropikanimm pour concevoir et réaliser Excalibur pour la chaîne cryptée Canal+ et une autre expérience du cinéma, à écrire le scénario de Voisin Voisine saison 2, Anick Sandian a toujours écouté son instinct.
Adolescent, Jason Lafolle commence à rêver de cinéma sous son manguier après avoir découvert les yeux ronds les dinaosaures de Steven Spielberg. Il était alors étudiant au collège de la Confiance. Il passe avec brio le module de Film and Video aux examens de la Higher School Certificate. Il devient ensuite le filleul de David Constantin avant de l?assister sur le tournage de Bisanvil. Depuis, Anick Sandian et Jason Lafolle ne comptent plus les heures passées à concevoir, réaliser et monter leurs projets. Juste quelqu?un de bien, leur court-métrage réalisé l?année dernière pour l?association Prévention, Information et Lutte contre le sida (PILS), a signé leur engagement de cinéaste. Backseat confirme cet engagement et ce besoin de se mettre au service des causes humaines, avec toutefois une condition sine qua none : « Nous restons légers malgré tout parce que nous ne nous privons pas de la nécessité de nous éclater. Nous tentons d?évoquer la réflexion sans forcer ceux qui regardent. »
Backseat c?est une plongée au c?ur d?êtres mal compris. Avec un casting d?amis : Alexandre Chiara, Davidsen Kamanah, l?une des têtes d?affiche de Bénarès de Barlen Pyamootoo, Yannick Gerie, ami de collège de Jason Lafolle, au même titre qu?Alexandre Chiara, ainsi qu?Emmanuel Cornet, Danny Philippe et Natalie Ahnee. Un petit groupe d?amis qui incarne avec force et conviction, un microcosme humain, très ancré dans les réalités mauriciennes. Backseat ne crée pas de révolution. Il est juste un miroir. Les plans sont réussis, l?esthétisme est soigné, les dialogues font sourire parfois même rire.
Anick Sandian et Jason Lafolle ne veulent pas se résoudre à faire avec les conjonctures. Quand on veut, on peut. C?est le secret de leur réussite.
PREMIER FESTIVAL DU CINEMA LGBT
Le premier Festival du cinéma LGBT Maurice 2007, ouvre ses portes demain, lundi 28 mai. Il s?étrendra jusqu?au vendredi 1er juin. Orchestré par le Collectif Arc-en-ciel, l?association mauricienne de lutte contre l?homophobie et les discriminations liées à l?orientation sexuelle, ce festival veut commémorer la Journée mondiale de lutte contre l?homophobie célébrée le 17 mai dernier et ?uvrer pour davantage de liberté.
Cette grande première locale et régionale, bénéficie du parrainage de Paul Lee, ancien organisateur du Festival LGBT de Toronto. L?entrée est gratuite. Elle est toutefois réservée à un public averti. Plateau à la porte. Les capacités d?accueil de la salle de projection du CCB étant limitées, les premiers arrivés seront les premiers servis.
Publicité
Publicité
Les plus récents