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Chômage : le nouveau calcul aura un impact minime sur le taux

12 mai 2004, 20:00

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? Qu?est- ce qu?un chômeur ?

C?est quelqu?un qui cherche un emploi et qui n?a pas travaillé au moins une heure durant la semaine précédant le recensement.

? Quel est le profil du chômeur ?

La plupart sont des jeunes qui n?ont jamais travaillé. Ce sont des recalés de l?éducation primaire et secondaire. Ils n?ont aucune formation technique ou professionnelle. Ils sont également célibataires donc soutenus par la famille.

? La formule pour calculer le taux de chômage a-t-elle changé ?

Ce qui change, c?est la fréquence à laquelle nous faisons les relevés. Jusqu?à récemment, nos sources de données permettaient des estimations jusqu?au 30 juin de chaque année uniquement. A présent, ce sera chaque trimestre à travers des enquêtes menées directement auprès des ménages.

? Quel sera l?instrument utilisé ?

Nous avons adapté le Continuous Multi-purpose Household Survey pour être l?outil privilégié d?enquête sur l?emploi et le chômage.

? Comment procédiez-vous jusque-là ?

Nous réconciliions les informations puisées de la panoplie d?enquêtes réalisées auprès des ménages et des entreprises mais également auprès des données administratives telles que les demandes de permis et patentes.

? Les politiques, dont le Premier ministre, ont émis des réserves concernant la définition pratiquée par le CSO ?

Nous souscrivons aux recommandations de l?Organisation internationale du travail (OIT). Maurice étant signatrice de la Convention 160 de l?OIT, tout changement de définition ne pourra se faire qu?en consultation avec cet organisme.

? Les marchands ambulants et d'autres opérateurs du secteur informel sont-ils pris en compte ?

Bien sûr. Les recensements et les enquêtes auprès des ménages tiennent compte de tous les membres actifs dans les secteurs formel et informel. Chaque cinq ans, nous recensons aussi les activités économiques des Small establishments and itinerant units. Le dernier en date est celui de 2002. Le vrai problème réside plutôt dans la difficulté de départager le formel de l?informel.

? Comment comptabiliser une personne qui cumule deux emplois ?

Les statistiques de l?emploi ne la comptabilisent qu?une fois. Ce qui nous amène à dire qu?une recrudescence des activités dans le secteur informel n?entraîne pas nécessairement une augmentation dans le nombre d?emplois.

? Et la femme au foyer ?

Elle est ni employée ni chômeuse. La population est scindée en deux catégories : les actifs et les inactifs. Cette dernière catégorie regroupe enfants, femmes au foyer, personnes âgées et handicapées. Les estimations relatives à l?emploi concernent uniquement la population active.

? Vous comptez néanmoins les enfants parmi les salariés?

Le Bureau international du travail laisse le soin à chaque pays de décider de l?âge à partir duquel une personne peut être considérée comme active. Dans certains pays où la main-d??uvre enfantine est importante, l?âge minimal est de 10 ans.

? Cela ne fausse-t-il pas les calculs, comme le disent les politiques ? D?autant que faire travailler un enfant est illégal ?

Nous nous contentons de rapporter nos constats sur le terrain. Les recensements nous permettent d?avoir des estimations par groupe d?âge. Jusqu?à présent, les chiffres officiels se rapportent à la population de 12 ans ou plus, bien que des estimations soient disponibles pour les plus de 15 ans. Nos enquêtes nous révèlent qu?environ 2 000 enfants âgés de 12 à 14 ans sont sur le marché du travail.

? Le critère d?âge vient d?être modifié?

En effet. Désormais, les estimations officielles concernant l?emploi ne tiendront pas compte des salariés âgés de 12 à 14 ans. Néanmoins elles seront disponibles sur demande.

? Qu?est-ce cela change au taux de chômage ?

Puisque nous ne changeons rien aux définitions, l?impact sera très minime. Une différence de 0,2 point tout au plus. Vous voyez qu?il n?y a pas de quoi en faire toute une maladie.

? Pourquoi changer dans ce cas ?

Il a été dit que l?estimation officielle du taux de chômage ne reflète pas la réalité, puisqu?il n?y a pas de signes visibles d?un grand nombre de sans-emploi sur le marché. Pour en avoir le c?ur net, les décideurs ont commandé une étude indépendante à la Banque mondiale. Ces modifications sont le résultat de cette étude.

? Ont-ils tort ?

Ecoutez, tout dépend de la façon d?interpréter les chiffres. On peut, par exemple, parler des emplois créés sans évoquer les pertes d?emplois.

? Quels sont les autres changements entérinés ?

Nous devons aussi tenir compte des licenciements au moment de faire notre enquête sur l?emploi et les salaires dans les grosses entreprises. L?idée est de donner une meilleure indication du nombre de postes vacants.

? Quelle est la marge d?erreur dans les estimations relatives à l?emploi ?

Il y a toujours une marge d?erreur dans toute estimation, liée à l?échantillonnage, aux réponses incomplètes ou erronées. L?erreur d?échantillonnage dépend de la grandeur de l?échantillon et donc du coût de l?enquête. Il y a donc un compromis à faire entre coût et fiabilité. Au CSO, nous avons établi des procédures strictes pour réduire au minimum cette marge d?erreur.

Je dois souligner qu?il est aussi, sinon plus important, d?étudier les ordres de grandeurs et les tendances plutôt que de focaliser exclusivement sur les niveaux absolus. Une marge de +/- 10 000 pour un chiffre de 500 000 sondés est parfaitement acceptable.

? Les élections se jouent sur le taux de chômage. On comprend donc pourquoi celui-ci est sujet à polémique chez les politiques. Le CSO a bon dos?

Mon interprétation est différente. Pour moi, le fait qu?il y ait des discussions et des remises en question indique que les chiffres du CSO sont analysés avant d?être utilisés. Cette démarche est positive dans le sens où cela permet plus de dialogue entre nous et ceux qui nous utilisent. En fin de compte, tous les partenaires socioéconomiques nous font confiance. Il en va de même pour les instances internationales telles que la Banque mondiale, le Fonds monétaire international (FMI) et les agences des Nations unies.

? On parle de temps à autre de manipulation des statistiques par le gouvernement du jour. Qu?avez-vous à dire à ce sujet ?

Personnellement, je n?ai jamais été confronté à quelque tentative de manipulation. D?ailleurs, le nouveau Statistics Act, introduit en 2000 et sur lequel j?ai personnellement travaillé, a permis la création d?un Statistics Advisory Council pour renforcer l?indépendance du CSO. De surcroît, nous souscrivons depuis septembre 2000 aux normes du FMI (le General Data Dissemination System) qui garantissent les statistiques officielles contre toute ingérence.

? Inversement, on s?étonne que vous avanciez un taux d?inflation plutôt stable alors que la vie coûte de plus en plus cher aujourd?hui.

Cette perception s?explique souvent par une première augmentation de prix dont les effets sont ressentis durant toute la période subséquente. Par exemple, si une denrée passe de Rs 100 en janvier à Rs 120 le mois suivant, l?augmentation en février est de Rs 20. Si ce prix reste inchangé en mars, l?augmentation et donc l?inflation est nulle, comparé à février, bien que le prix soit toujours de Rs 120. L?inflation mesure des changements de prix par rapport à la période précédente. Nous compilons les prix chaque mois et, au bout de l?année, nous faisons la moyenne des taux mensuels pour arriver au taux d?inflation annuel.

? Les mouvements sociaux se questionnent sur la composition du panier ménager à partir duquel est compilé l?indice des prix de la consommation.

Ce panier reflète l?hétérogénéité de la population mauricienne et des modes de vie pratiqués. Nous remettons notre panier à jour tous les cinq ans alors que l?OIT recommande de le faire une fois tous les dix ans. Ce panier est constitué d?articles de consommation et ne contient pas des items d?investissement tels que l?achat d?une maison, le paiement d?impôts, les contributions à la sécurité sociale et les primes d?assurance-vie. Les syndicats auraient voulu que ces dépenses ainsi que celles ayant trait au prêt-logement soient prises en considération. Nous avons transmis leurs préoccupations au BIT.

? Les négociations tripartites reprennent aujourd?hui. On ne manquera pas d?évoquer un autre indice, celui du seuil de pauvreté.

Nous attendons toujours que l?on définisse ce que l?on entend par "seuil de pauvreté". Je tiens à préciser que ce n?est pas au CSO de déterminer ce seuil. Cette responsabilité incombe aux différents partenaires socioéconomiques et politiques qui devront se faire aider par des professionnels de la santé, de l?éducation, du logement et de la Sécurité sociale. Une fois ces besoins établis, le CSO pourra déterminer leur coût respectif et actualiser ce coût dans le temps.

Propos recueillis par Shyama SOONDUR

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