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Cette difficile culture de l?oignon

2 novembre 2008, 20:00

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Midi, à La-Marie. Dans son champ, Sudesh Moloye nous renvoie à l?image de la fourmi laborieuse. Il fait beau, il peut continuer sa récolte d?oignons qu?il a commencé au début d?octobre. La veille, les averses l?avaient contraint à les laisser aux champs. Les oignons, rappelle-t-il, doivent être récoltés en plein soleil. Car, il est impossible de les stocker s?ils sont trempés. «Il y a un procédé de séchage, mais une partie de l?humidité ne pourra pas être enlevée.»

Deux des six arpents qu?il exploite en légumes sont consacrés à la culture d?oignons. Il en cultive deux variétés, la rouge et la blanche. Il nous fait part de ses soucis. Les oignons blancs ne trouvent pas preneur à plus de Rs 5 le demi-kilo. La variété la plus prisée est celle dite d?oignons rouges. Mais pas toujours. «Kan nou ena blan, marsan rod rouz, kan nou ena rouz, zot rod blan.»

Sudesh dit vendre les rouges à Rs 10 le demi-kilo aux marchands. qui, eux, les revendent entre Rs 13 et Rs 15 le demi-kilo. «Oun trouv zot marz profi lor nou. Me si pa fer ti pri, pa pou gayn vande. Li pou al pouri.». Les oignons, surtout les variétés hybrides que produit Sudesh, se conservent très mal. «Les oignons blancs se conservent un mois et demi. Les oignons rouges, un peu plus de deux mois.»

Autosuffisance en deux ans

On parle de gro zoyon, car il ne cultive pas les petites variétés, telles les «toupie», plus résistantes. Elles sont difficiles à produire sans machines. Les champs de Sudesh ne sont exploités que par des moyens partiellement mécanisés. Pour se mécaniser complètement, il compte rejoindre une coopérative, sinon «bann ti planter pou konn enn la mor brital.»

Le marché de l?oignon est «saturé», dit Sudesh. Mais seul le tiers de notre consommation annuelle est produit ici. Le reste, soit 10 000 tonnes, vient essentiellement de l?Inde. Pourquoi alors «pa gayn vande» si les oignons manquent et qu?il faut en importer. C?est que la surproduction ne se fait qu?une partie de l?année. La récolte dure de septembre à décembre et la courte durée de conservation, même en chambre froide, contraint à l?importation.

Le gouvernement veut changer les choses. Satish Faugoo, ministre de l?Agro-industrie, de la Protection et de la Sécurité alimentaire, a évoqué l?auto-suffisance en oignons d?ici deux ans, manière d?affronter la crise alimentaire. Il a annoncé que l?établissement de Rose-Belle et le Sugar Investment Trust mettront 50 et 100 arpents de terre respectivement à la disposition des planteurs de légumes .

Eric Mangar, agronome et directeur du Mouvement d?autosuffisance alimentaire, s?est dit satisfait de cette mouvance vers l?autosuffisance. Mais, dit-il, cette ambition comporte bien des défis à relever. Comme travailler sur la recherche pour développer des variétés plus performantes sur toute l?année, revoir la question de la mécanisation, produire des semences, développer des sous-produits, identifier des microclimats, surtout dans le Nord? «Car l?oignon s?adapte à plusieurs types de terre, mais la température est importante. Et pour atteindre l?autosuffisance, il faudra plus de 450 hectares en plus», explique-t-il.

Le projet doit s?étendre sur plus de deux à trois ans, dit Jean-Cyril Monty, directeur de la diversification agricole à la Chambre d?agriculture. «Il y a un prix à payer pour atteindre l?autosuffisance. Je pense qu?un délai de deux ans est un peu court.» Il se demande aussi si le pays a intérêt à viser l?autosuffisance. Pour lui, puisque la récolte finit chez nous en décembre, il faut compter quelque quatre mois de stockage, à Rs 1 800 par mois, soit Rs 7 200 sur quatre mois. Puis, les oignons perdront en moyenne 10 % de leur poids.

Compte tenu de ces divers éléments, l?Agricultural Marketing Board devra le vendre au moins à Rs 27 000 au détaillant, alors qu?il l?a acheté à Rs 17 000. Le détaillant, de son coté, le vendra avec profit. «Finalement, le consommateur et le pays seront les grands perdants, alors que l?import assure un produit frais tout en diminuant le temps de stockage.»

Jean-Cyril Monty souligne aussi que notre récolte prend fin au moment où celle de la région commence. «Le pays a raison de mettre l?accent sur plus de production. Mais jusqu?à ce que des mesures d?accompagnement soient prêts, il faut miser sur une complémentarité Maurice-région», suggère-t-il.

PRIX

Accord entre planteurs et Etat

■ Rs 20 500 la tonne. C?est le nouveau prix auquel les planteurs d?oignons des variétés «toupie» et «véronique» pourront vendre leurs récoltes. L?«agricultural Marketing Board» (AMB) achètera 200 tonnes de ces deux variétés. Les planteurs d?oignon et le gouvernement sont arrivés à un accord il y a deux semaines. Dhanraj Jugoo, président de la «Belle Mare Water Users Cooperative Society», s?est déclaré satisfait de cette décision. «Les marchands de légumes ne pourront plus nous exploiter. Avant, ils nous achetaient les oignons à Rs 17 000 la tonne pour les revendre ensuite à Rs 30 000.» Les planteurs ne vendaient plus leurs récoltes d?oignons à l?AMB depuis 2003, car les Rs 17 000 qu?ils en obtenaient étaient en dessous de leurs coûts de production.

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