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Ces rires qui font débat

27 mars 2006, 00:00

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?Pann konpran nanyen?, maugrée un spectateur dans notre dos. Les lumières s?allument, les regards cherchent la voix qui parle au micro. Selven Naidu, directeur de la Mauritius Film Development Corporation (MFDC) présente la réalisatrice : Axelle Tennant pour A fleur de peau.

Face à lui, un public fourni. Celui qui a fait le déplacement, samedi, pour la 2e édition de Fenêtre sur Courts à l?Indira Gandhi Centre à Phoenix.

Les courts métrages, selon Selven Naidu, ce sont des ?cartes de visite dans les festivals. Il n?y a pas de vie commerciale, mais nous essayons de gratter?. Gratter des bribes d?histoires ? Celles du 2e Fenêtre sur Courts ont en tout cas fait débat.

Celui qui aura le plus fait réagir les spectateurs sera Sandhya de Rahim Khan. Sandhya ou cette femme battue qui espère que son mari changera. Que d?illusions ! Ses séjours à l?hôpital s?enchaînent. Mais au climax ? c?est-à-dire quand le mari ( joué par Raj Gokhool) lui assène des violents coups de poing ? des rires résonnent dans la salle.

Stéphane Bellerose, lui-même réalisateur de court métrage, n?a pas apprécié cette réaction d?une partie du public. Il le fait savoir au micro en mettant cela sur une mauvaise direction d?acteurs et le manque de crédibilité de ces derniers.

Forcément cela appelle une réponse de Raj Gokhool. Il se défend d?avoir mal joué : ?Il y a des gens qui ont été touchés et marqués par cette scène. Ceux ou celles qui utilisent la violence se souviendront de cela. Tout n?est qu?une question d?action et de réaction du public.?

Le débat s?intensifie. Une spectatrice suit Stéphane Bellerose. Une autre parle de psychologie : ?C?est une scène qui dérange, c?était un rire nerveux.? Là-bas au fond de la salle, quelqu?un défend Raj Gokhool. Lui, lève le pouce en signe de remerciement.

Trois ?faratas? et un coca

De l?attirance entre adolescents au choix de la langue, en passant par des thèmes forts tels que l?éducation au primaire et la violence domestique, pas un court métrage qui n?ait suscité des réactions. Et c?est tant mieux.

Au micro, Axelle Tennant, réalisatrice de A fleur de peau explique : ?J?ai voulu montrer l?ambiance dans les collèges, des jeunes à la recherche de la séduction, de contacts?? Si le spectateur mentionné plus haut n?a rien compris, c?est qu?il a peut-être manqué à ce devoir : mettre hors de son esprit l?adulte qui le squatte.

A fleur de peau laisse un goût de ?pas assez?. Les trois minutes de questions-réponses deviennent un quart d?heure de réactions. Le public, gourmand et inquisiteur, en veut toujours plus. Combien cela coûte de faire un film ? Combien de temps cela prend ? ?Rs 60 000?, répond Axelle Tennant. ?On a utilisé tout l?agent. J?ai essayé de ne pas trop compliquer les scènes. Les figurants ont accepté de jouer pour trois faratas et un coca mais ils ont été si gentils.? Petit budget pour belle séquence.

Le Paradis sans anges de Nathalia Vadamootoo a fait beaucoup parler aussi. Là, le thème est sérieux : l?éducation, l?échec scolaire au CPE. Dans le public, on a fait savoir que le français a été écorché par la réalisatrice. Selven Naidu vient à la rescousse : ?La réalisatrice est d?origine colombienne, ce qui explique le petit problème de langue. C?est son film et on l?a gardé tel quel.?

Le public s?est montré sensible à l?utilisation de la langue, notant que les réalisateurs ont quelque peu boudé le créole alors ?qu?il aurait été plus approprié?. Une voix s?est élevée pour dire : ?On ne parle pas une langue étrangère à soi quand on est dans une situation dramatique.? Qu?une mère devant son enfant mort dirait plutôt : ?Li finn touy mo piti ? plutôt que ?Elle a tué mon enfant?.

Fenêtre sur Courts a offert, cette année, son soutien à des réalisateurs ambitieux qui veulent se frayer un chemin dans le monde cinématographique. Si le public s?éclipsait au fur et à mesure , certains sont restés scotchés jusqu?à la fin. Vivement que les courts métrages soient diffusés sur les chaînes de télévision, souhaite une spectatrice.

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