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Ces questions sans réponses

17 janvier 2004, 20:00

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Absurde ! Tel est le qualificatif qui vient à l?esprit quand on constate ce qui se passe à la commission anticorruption. Absurde, en effet, qu?une institution mise sous les feux de la rampe continue à travailler comme si de rien n?était. Certes, il n?y a pas de meilleure réponse à ses détracteurs qu?en démontrant sa fonctionnalité. Mais il ne fait pas de doute que l?atmosphère au sein de l?Icac est pourrie et qu?il est temps de repréciser les enjeux. Il ne s?agit pas aux décideurs de prendre partie, mais de réaffirmer leur volonté en faveur d?une lutte effective contre la fraude et la corruption. Car ce qui est en jeu, c?est la volonté politique de voir cette lutte menée à bien qui est interrogée. À juste titre d?ailleurs. Quels que soient les partis aux commandes, on ne parviendra à obtenir des résultats que si certaines conditions sont réunies.

La création de l?Icac a pris l?opinion de court. Sa mise en place a été précipitée. Il fallait rapidement faire oublier l?Eco. Puis, les méthodes utilisées par les enquêteurs et responsables de l?Icac n?ont pas toujours fait l?unanimité. Enfin, la situation a empiré avec les récents soubresauts qu?elle a connus. Et de manière générale, les conditions dans lesquelles devrait pouvoir travailler une telle institution n?ont jamais existé. Sinon, comment expliquer les craintes des hommes d?affaires ? On ne veut pas créer de psychose mais en même temps, on veut des résultats tangibles. Il y a une contradiction quelque part. Et il ne faut pas se leurrer. Car, au fil du temps, se sont tissés des n?uds de privilèges qui se sont enchevêtrés les uns dans les autres. En posant l?Icac dans ce décor, on s?est retrouvé dans une partie de bonneteau où les intérêts convergents finissent par étouffer son rôle.

Dans ce cadre général, on ne peut que s?accorder sur le diagnostic : la lutte anticorruption piétine. L?Icac s?est empêtrée dans ses contradictions. Des histoires de conflit de personnalités l?ont infantilisée. L?opinion reste perplexe. Une opinion qui constate une perversion de l?institution où le souci principal est de savoir : « qui est l?homme de qui ? ».

Illustration d?une certaine lecture qui veut que les institutions ne soient que des prétextes pour assouvir les ambitions des uns et des autres. Cette opinion se demande aussi ce qu?on cherche à lui cacher ? Et si la réponse était qu?on se refuse à lui avouer tout ce qu?on lui a caché depuis des années. Qu?il y a des lobbies très puissants qui peuvent faire chuter toute velléité de lutte anticorruption. Qu?il y a des bailleurs de fonds politiques qui trouvent légitime d?exiger l?immunité. Qu?à défaut d?être une entreprise d?assainissement, nous ne faisons qu?assister à une farce.

Pour nous convaincre du contraire, le gouvernement devra faire preuve d?un sérieux irréprochable lorsqu?il s?attaquera au dossier du financement des partis politiques cette année. Il était temps. Sans la transparence dans ce domaine, les politiques, surtout les gouvernants, seront toujours à la solde de leurs bienfaiteurs. Les structures dynastiques du pouvoir politique contribuent aussi à créer des zones d?ombre. Les liens incestueux existant entre ces familles politiques et les familles de « sponsors » sont en dehors de tout contrôle. Il ne suffira pas de retravailler le barème des dépenses électorales pour régler ce problème. Il faudra imposer un mode de fonctionnement aux formations et que leurs trésoreries soient soumises à un audit rigoureux et régulier. C?est ce genre de saut qualitatif du régime de la vie publique qui témoignera de la volonté politique à venir à bout de la fraude et de la corruption.

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