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Ces plaies de la fonction publique...

12 juin 2007, 00:00

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■ Loyers : En 11 ans, le prix des loyers abritant les ministères et autres organismes parapublics, a pris l?ascenseur : une augmentation de 185 %. En 2005, l?Etat débourse Rs 418 781 556, alors qu?en 1995-1996, il payait Rs 146 941 009. Ces coûts dus à plusieurs facteurs rationnels peuvent être réduits de manière importante si le gouvernement arrive à construire ses bâtiments administratifs et en décentralisant, a toujours insisté l?Audit.

■ Paiements aux fonctionnaires: Sans doute une obligation, mais cela reste une anomalie. En juin 2006, 241 fonctionnaires sont suspendus. Leurs salaires pour l?année financière : Rs 34 millions. De cette liste, 86 sont interdits depuis trois ans. En vue d?éviter cette situation, l?Audit propose un ?fast track mechanism? pour arbitrer ces interdictions. Cette question fait l?objet de discussions au sein du High Level Public Sector Reform Implementation Service.

■ Téléphone : Les factures de téléphone restent une des plaies en matière de dépenses. Selon un chef de cabinet, il est assez difficile de les contrôler de manière efficace. Pourtant, avec les récentes contraintes budgétaires, ce chef de cabinet a envoyé des circulaires dans ce sens. Il a fallu couper aux heures supplémentaires. C?est ainsi qu?un autre chef de cabinet a été appelé à réduire drastiquement les paiements pour les cinq jours de travail à des heures additionnelles. Il les a ramenées à une heure le samedi. Un exemple parmi tant d?autres : le ministère de l?Environnement paie Rs 2 631 539. Il loue 153 lignes fixes, certaines ne sont pas utilisées. Un paiement de Rs 52 719 est fait.

■ Sécurité sociale : En novembre 2005, un contrôle interne révèle que Rs 74 000 ont été payées sans être justifiées par des documents. Ceux-ci avaient disparu. Rs 44 000 avaient été payés aux bénéficiaires sans justificatif.

■ Une inattention qui coûte : Le contrat pour l?atlas, qui avait coûté Rs 2 135 983, a connu des frais additionnels de Rs 149 948. Pourtant, avant d?imprimer, le fournisseur a envoyé une copie. Les fonctionnaires ne font aucun commentaire. Par la suite, sur la copie finale, une erreur est trouvée. Il a fallu des autocollants sur une des pages de l?Atlas.

■ ?Le Vigilant? : L?Offshore Patrol Vessel a absorbé des coûts cumulatifs importants pour les réparations de Rs 51 millions depuis 1999. Sans compter les dépenses opérationnelles de juillet 2004 à septembre 2006, de Rs 9,7 millions.

■ Le dédouanement : Le retard dans le dédouanement revient cher. L?exemple des équipements médicaux, des médicaments bloqués en douane aboutit à de forts paiements, dont quelque Rs 5 millions de ?démurrage? payées à la douane. Mais à la Santé, l?on soutient que les paiements ne sont pas si excessifs et qu?il est aussi question de moyens. Pour un ancien fonctionnaire, qui a été responsable de ce dossier, ?ces paiements inutiles sur cette question ne sont que le sommet de l?iceberg?.

■ Affaires étrangères : Pour l?année financière 2005-2006, plus de Rs 2 millions ont été dépensées au chapitre ?heures supplémentaires?au ministère des Affaires étrangères. Ce faisant, plusieurs employés de ce ministère ont touché plus de 200 % de plus que leur salaire grâce à ces ?overtime?.

Bien que seuls les chef juge, ministres et chef de la fonction publique aient droit à des voitures payées par l?État lors de leurs déplacements à l?étranger, d?autres officiels ont amplement profité de ce privilège. Ils ont même eu des voitures de location avec chauffeur à leur disposition.

L?État paie aussi pour les frais médicaux des diplomates et de leurs familles. Dans un cas spécifique, le contribuable mauricien a payé Rs 3 millions pour les traitements médicaux de l?épouse d?un diplomate et ses deux enfants. L?accouchement aux frais de l?État d?une diplomate et celui de l?épouse d?un autre ont coûté Rs 2,3 millions. Toutes les dépenses médicales dans nos missions diplomatiques ont coûté la modique somme de Rs 7,2 millions.

Les transferts punitifs ou non justifiés de fonctionnaires de carrière coûtent environ Rs 1 million à l?État. À tout cela, il faut ajouter la location de bâtiments inoccupés à l?étranger, le paiement de notes téléphoniques personnelles ainsi que de factures d?eau et d?électricité. Plusieurs millions provenant des deniers publics sont ainsi gaspillés annuellement.

■ Des fêtes populaires gloutonnes : Divertir le peuple peut parfois coûter cher à l?État. À titre d?exemple, lorsque Sonu Nigam est venu allumer les coeurs en compagnie d?autres artistes indiens, à l?occasion de Divali 2005, pas moins de Rs 3 millions ont été déboursées alors que le budget initial pour une célébration nationale est de Rs 500 000.

■ Centre Nelson Mandela : Les tergiversations et changements d?avis des décideurs ont parfois un prix. Le centre Nelson Mandela l?illustre bien.

Depuis 1989, les gouvernements successifs se sont mis en tête de construire un centre culturel dont le coût est estimé à Rs 50 millions. En 1998, c?est la pose de la première pierre. Deux ans plus tard, un terrain est acheté à La-Tour-Koenig. Mais, en 2001, le gouvernement du jour décide de reloger le centre dans le bâtiment du General Post Office, à Port-Louis, avant que le gouvernement suivant le redirige sur La-Tour-Koenig en 2005. Tout cela a coûté Rs 1,7 million, dont Rs 100 000 au gagnant d?un concours d?architecture.

Jane L.O?NEILL Patrick HILBERT

SALAIRES

Sinécures?

■ Certains postes laissent songeur. Après le changement de gouvernement en juillet 2005, un nouveau poste est créé, celui de délégué permanent à l?Unesco à Paris. Habituellement, ce fauteuil était attaché à celui de l?ambassadeur de Maurice en France puisqu?il n?exigeait pas l?emploi de quelqu?un à temps plein. Mais, le gouvernement décide de le confier à l?ancien ministre de la Femme, Indira Thacoor-Siddaya. Celle-ci perçoit des salaires de Rs 52 665, une allocation en euros s?élevant à Rs 176 790 et une ?entertainment allowance? de Rs 32 705 en euros en sus d?un logement, d?une voiture de fonction et autres avantages. Ajoutés à cela, des postes, comme ceux de conseillers, sont fort convoités à chaque changement de régime. Certains touchent un vrai pactole. Il en est ainsi pour deux étrangers attachés au ministère de l?Agro-industrie. Consultant au ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche, Willem Robert Marsman touche un salaire mensuel de Rs 47 500 en sus d?une allocation de Rs 352 500. Son collègue, Jean Yvon Thepaut, perçoit Rs 200 000 pour conseiller le ministre en matière d?inspection et de certification de produits de la mer destinés à l?export vers l?Europe et pour la mise sur pied d?un marché de vente aux enchères pour ses mêmes produits. Dinesh Ramjuttun, attaché au bureau du Premier ministre est ?responsable de l?exécution des projets gouvernementaux et leur suivi?, selon une réponse parlementaire déposée le 8 mai. Pour cela, il est payé Rs 64 000. Le bureau du Premier ministre est particulièrement bien fourni en conseillers en relations publiques et en communication. Sept personnes s?en occupent. Alors que Dan Callikan est directeur de la communication, Jyaneshwar Jhurry est en charge de la ?Public Relations Unit?. Oommé Narod, ancienne chargée de cours en communication à l?université de Maurice, est officiellement employée comme ?adviser on press and public relation matters?. Elle coordonne les relations presse et publiques au sein du bureau du Premier ministre. Tous les trois touchent plus de Rs 50 000.

CONTRÔLE NECESSAIRE

Nominés politiques

■ La députée Nita Deerplasing, qui est aussi membre du ?Public Accounts Committee? trouve ?inacceptables ces dépenses excessives?. Elle se dit ?estomaquée par le niveau de gaspillage? qu?elle découvre. Elle est d?avis que la politique de ?name and shame? à travers des constats réguliers de la situation financière des organismes parapublics sur le site du ministère des Finances, sera un moyen de mieux rendre redevables ces nominés politiques. Ces derniers, déplore-t-elle, conçoivent leur poste davantage comme une récompense que comme une responsabilité. Le directeur de l?Audit pense que les présidents de conseils d?administration doivent être formés aux concepts de bonne gouvernance. Un haut fonctionnaire trouve également dans certains départements un surnombre qui exige une réorganisation et doit aboutir, dans certains cas, à des licenciements : ?Quel gouvernement pourra le faire ? C?est comme la pléthore de conseillers qu?on emploie à grands frais, qui fait partie incontournable de notre fonction publique.?

COÛTS EXORBITANTS

Le garage de la police toujours opérationnel faute d?alternative

■ Rs 110 millions : c?est ce que coûte le garage de la police au gouvernement chaque année. Une source de gaspillage des fonds publics, estiment les autorités. Et le ministre des Finances, Rama Sithanen, en annonce la fermeture dans le Budget 2006-2007. Pourtant, un an après, ce département est toujours opérationnel. La raison : les autorités éprouveraient des difficultés à trouver une solution alternative fiable et économique.

En effet, cela reviendrait beaucoup plus cher à la police de faire réparer ses véhicules dans les garages privés agréés. Entre 30 et 50 % plus cher, laisse-t-on entendre dans les milieux concernés. Ce qui serait lié aux frais de maintenance beaucoup plus élevés en raison du coût du matériel d?entretien utilisé, mais aussi du salaire du personnel.

Autres obstacles : les procédures à suivre pour effectuer des réparations et les délais. Ceux-ci seraient plus longs, a ainsi constaté le comité travaillant sur le dossier de fermeture. Prendre rendez-vous au préalable, s?avérerait une véritable contrainte dans le cas de véhicules indispensables. Et les véhicules ne seraient pas livrés tout de suite, contrairement à ce qui se fait au garage de la police, où l?entretien ne concerne que les véhicules de ce département.

Un policier affecté à ce garage a du reste indiqué à ?l?express? que le garage fonctionne à plein régime depuis des années : les réparations des 1 200 véhicules de la police se font dans des délais raisonnables, dépendant de la gravité de la panne.

Si au niveau technique, les autorités n?ont rien à reprocher au garage, c?est sa gestion qui serait à l?origine du problème. Ainsi, le récent rapport de l?Audit a attiré l?attention des autorités sur le fait que certains fournisseurs de pièces de rechanges, après avoir décroché le contrat, livraient, au-delà des délais, des pièces non conformes?

Toutefois, pour dissiper tout doute, l?on affirme aux Casernes centrales que la fermeture de ce garage ?ne saurait tarder?.

Bernard SAMINADEN

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