Publicité
Ces petits commerces qui disparaissent?
La capitale perd peu à peu ses petits commerces. « En deux ans, une trentaine d?entre eux a mis la clé sous la porte », confirme Salim Muthy, le porte-parole de l?Association of Tenants Traders & Professionals.
Magasins de tissu, de prêt-à-porter, petits restaurants ou encore tabagies, ont choisi de fermer boutique à cause d?une hausse « brutale et exagérée » du montant de la location des emplacements depuis 2006.
Un an auparavant, le Landlord & Tenant Act est amendé au Parlement. L?objectif est de libéraliser le prix du loyer, qui était inchangé depuis 1960.
Que Rs 4 300 comme loyer
La majorité des locataires payait alors une somme dérisoire pour des emplacements considérés comme étant de premier choix, vu où ils étaient situés.
« C?est vrai que le prix frisait le ridicule, commençant, dans certains cas à Rs 50 ou à Rs 150 par mois. La plupart des commerçants étaient d?accord pour une révision, mais pas au point de les pousser dans leurs derniers retranchements et de les amener à la faillite », poursuit Salim Muthy.
Jean Tang, 68 ans est l?un des premiers à perdre son procès en appel au Fair Rent Tribunal. En juillet, il a tiré un trait sur 37 années d?activité à la rue John Kennedy, où il tenait un commerce de prêt-à-porter, le Regent. « Avec cette nouvelle loi promulguée sans aucune consultation avec les locataires, j?aurais eu à trouver Rs 35 000, plus la TVA de 15 % pour m?acquitter du loyer. Et en 2012, le montant se serait élevé à Rs 52 000 par mois », soupire-t-il. En outre, les arrérages réclamés par le propriétaire sont de Rs 550 000. Pendant toutes ces années, Jean Tang n?a payé que Rs 4 300 de loyer.
« Ce qui nous arrive est inhumain »
Une somme qu?il était temps de revoir à la hausse, concède-t-il, tout en reconnaissant que cela lui a permis de faire fructifier ses affaires.
« Sans cela je n?aurais pas pu employer huit personnes, des chefs de famille, qui se retrouvent malheureusement sur le pavé aujourd?hui », dit-il en se demandant si l?État pense un jour dédommager ces personnes qui sont désormais dans le besoin. « Ce qui nous arrive est triste et inhumain. »
Les vieilles enseignes ont également dû composer avec le changement d?habitudes de la clientèle, attirée par les belles vitrines des nouveaux commerces. « La concurrence est rude, mais cela n?a pas vraiment poussé la plupart des commerces à améliorer leur offre », souligne un ancien conseiller à la municipalité de Port-Louis. Si beaucoup soutiennent que les magasins poussiéreux à la mine défraîchie n?ont plus leur place dans la capitale, d?autres insistent sur le fait qu?ils font partie du « folklore » bien mauricien.
Avec ses rouleaux de tissu colorés disposés en rang au fond de la boutique, le magasin d?Omar Timol est aussi ce qu?on pourrait appeler un des derniers de son genre. Il se bat aujourd?hui en cour pour contester le loyer de Rs 20 000 que lui réclame le propriétaire du bâtiment. Pendant huit ans, ce montant était resté le même, soit Rs 8 000, par mois.
« Je suis d?accord de payer un peu plus, mais il faut trouver un juste milieu. Certes, j?ai deux autres magasins, l?un à Curepipe, l?autre à Rose-Hill, mais je ne peux me permettre le luxe de perdre celui de Port-Louis », affirme-t-il.
En attendant, il mène sa barque comme beaucoup d?autres hommes d?affaires, en espérant une amélioration de la situation. Il s?efforce d?être optimiste, même si la réalité laisse entrevoir des nuages à l?horizon.
« Notre sort ne préoccupe personne »
Les commerçants protestent contre le montant des loyers réclamés. Quelle somme seraient-ils prêts à payer ?
L?Association of Tenants Traders & Professionals, qui représente aujourd?hui quelque 70 commerces, a proposé un tarif raisonnable, à savoir, une augmentation de 10 % du loyer à partir de 2009 et une hausse de 3 % chaque année. Cela permettra aux locataires de ne pas se sentir acculés à la faillite.
Nous avions soumis cette proposition au ministère de la Justice et à celui du Logement et des Terres lors d?une rencontre que nous avions eue en novembre 2007. Elle avait été favorablement accueillie. Mais force est de constater que notre sort ne préoccupe pas vraiment le ministère du Logement. Sinon, les amendements nécessaires auraient été apportés au Landlord & Tenant Act pour ne pas pénaliser davantage les commerçants de la capitale.
Comment est-ce que le montant de la location a-t-il été calculé ?
Les commerçants ont reçu la visite d?un « évaluateur » qui a estimé la valeur des locaux occupés. Il est parvenu à un montant, par exemple Rs 150 le pied carré, dépendant de la situation du magasin. D?après les dispositions de la loi, cette somme doit connaître une hausse de 15 % chaque année jusqu?à 2012. Après cette date, on ne sait pas ce qui attend les commerçants. C?est le flou total.
Ce que nous déplorons également, c?est que l?évaluateur n?a pas pris en considération si les locaux sont vieux ou relativement neufs. Pour lui, ce qui compte, c?est le lieu où se trouve le bâtiment. Tout cela a été fait sans aucune concertation avec les principaux concernés : les locataires.
Quelle sera la prochaine étape de votre combat ?
Face à l?inertie des autorités, nous avons décidé de manifester le 19 août devant le Fair Rent Tribunal à Port-Louis. Les commerçants sont frustrés et soutiennent que la loi a été faite à leurs dépens. Notre patrimoine est en train de disparaître. Et si nous ne faisons rien, les vieilles boutiques chinoises, les petits commerces de tissu, de fourniture de couture, les tabagies et autres locaux seront choses du passé.
Publicité
Publicité
Les plus récents