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Ces mauriciens en or 2/2

6 septembre 2003, 20:00

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Vaincre le handicap

Antonio Félicité n?est pas le seul à rêver d?Afrique. Après sa médaille d?or, la handisportive Sheila Seetaram a, semble-t-il, pris goût au sport et voudrait bien retrouver l?excitation du stade aux Jeux d?Afrique. Jusqu?ici, elle n?avait rien vécu de comparable. Le c?ur battant la chamade, les yeux bandés, Sheila Seetaram, la mal voyante, court comme elle ne l?a jamais fait, sous les applaudisse- ments d?une foule en délire. Dix-neuf secondes plus tard, elle remporte la première médaille d?or des handisportifs au 100 m. Un exploit pour cette enseignante de braille et membre de l?Association Lizié dans la main, union des aveugles de Maurice. À Belle-Rose, sa mère Chandrama Geddeegadoo affirme qu?elle n?en attendait pas moins de sa fille. « Elle est tenace. Quand elle s?est mise quelque chose en tête, comme de devenir indépendante, elle fonce. Elle m?a confié qu?elle voulait être comme tout le monde. » Depuis son mariage en mai, Sheila Seetaram s?y emploie. Pour le moment, elle veut continuer à rêver de cette victoire. D?une voix chaleureuse, elle exprime son bonheur d?avoir brillé, même si au départ, elle n?accordait aucun intérêt au sport. « J?ai essayé et voilà le résultat. Je remercie mes entraîneurs Thiar Poonamballum et Jean-Ian Permal pour leur patience, sans oublier Jasbeer Elybux mon guide. »

Son amie Fabrina Perrine qui souffre de surdité a mis le feu au stade nautique Serge-Alfred en décrochant la médaille d?or au 50 m nage libre. La flamme s?est propagée à Cité Mangalkhan où habite sa famille. « Dans l?endroit li fine vine ene vedette », plaisante Marie-Lourdes, sa mère. Étonnant quand on sait que cette jeune fille longiligne a tout appris en trois mois. Naden Caulee, son entraîneur, en est d?ailleurs très fier. Fabrina est contente d?avoir vécu cette expérience, non sans un pincement au c?ur. « En obtenant cette médaille, j?ai pensé à mon père décédé il y a peu de temps et j?ai pleuré?» Les entraîneurs de Fabrina souhaitent qu?elle devienne un modèle pour les handicapés.

Les revenantes

Dans les Jeux, on a retrouvé aussi celles qui avaient pris leurs distances des gymnases et rangé leurs raquettes au placard. Les Jeux ont projeté Martine Hennequin et Isabelle André à nouveau sur les devants de la scène. Pour le plus grand plaisir des Mauriciens, puisqu?elles ont gonflé le tableau des médailles d?or. La joueuse de badminton, Martine Hennequin, qui avait quitté le circuit depuis six ans, en a remporté trois au cours des matchs disputés par équipe, en simple et en double dames. Le visage illuminé d?un sourire, la psychologue dit savourer encore ces moments inoubliables. « C?était extra. J?étais submergée d?émotions. Et je dois avouer que c?était très difficile à gérer mentalement. J?ai repensé à tous ces moments de doute, lorsqu?on se prépare à quelque chose de cette envergure. Finalement, tous nos efforts sont aujourd?hui récompensés. » C?est avec sérénité qu?elle retrouvera son travail dès lundi. « Je remercie d?ailleurs tous mes employeurs pour leur compréhension. » Et pour l?avenir ? « La suite me demande une tout autre réflexion. Cela implique beaucoup de choses au niveau personnel, professionnel et familial. »

Isabelle Lindor-André, pongiste, avait délaissé les courts depuis trois ans pour fonder une famille. Elle s?était installée depuis peu aux Seychelles avec son mari et sa fille. « Cela m?a fait grand plaisir qu?on me fasse de nouveau confiance », souligne cette ancienne enseignante du collège Lorette de Vacoas. En octobre 2002, la pongiste aux yeux gris reprend le chemin de l?entraînement non sans enthousiasme. Aujourd?hui, la médaillée d?or en double mixte a l?impression d?avoir accompli ce qu?on attendait d?elle, grâce au soutien de sa famille, de ses entraîneurs Alain Lactive et Huang Min, de sa partenaire Rajessen Descann et des sponsors. En 93 et 98, elle a récolté les médailles d?argent et de bronze ; 2003 aura été une année? en or. « Je suis heureuse que mes troisièmes et derniers Jeux s?achèvent ainsi. » Voilà un parcours sans fausse note.

Les expatriés

Du haut du podium, l?hymne national n?avait jamais semblé aussi poignant à Mélissa Vincent, médaillée d?or au

50 mètres papillon. « Je la voulais tellement cette médaille. Je suis montée en haut du podium en pleurant de bonheur. Je suis contente d?avoir fait plaisir aux Mauriciens », confie cette férue de sports nautiques. Nathalie Vincent, la s?ur aînée de Mélissa, regrette seulement que leurs parents Roland et Diane, qui possèdent une culture hydroponique aux Seychelles, n?aient pas pu assister à la victoire de la benjamine. Pourtant, celle qui « puise sa force auprès de ceux qu?elle aime » a prouvé qu?elle pouvait obtenir ce qu?elle voulait si elle le désirait assez fort. « Mélissa a toujours été une fonceuse. » Cela fait maintenant plus d?un an que la jeune championne a quitté les Seychelles pour venir s?entraîner à Maurice. Un sacrifice qui l?avait parfois laissée dans le doute. « On n?a pas eu une préparation constante, les stages à l?étranger étaient inexistants alors que nos adversaires, les Réunionnais se préparaient intensément. Puis en un an, on a changé d?entraîneur à trois reprises. Parfois on sentait que l?on travaillait pour rien. » Mais vu les circonstances, Mélissa a rempli sa part du contrat, améliorant le nouveau record de Maurice et établissant un nouveau record des Jeux. Née en Afrique du Sud, Mélissa a passé plusieurs années dans ce pays et en Namibie avant de s?établir avec ses parents à Praslin. Son prochain objectif : obtenir le Higher School Certificate. Après ce sera le retour en triomphe aux Seychelles.

Jean-Michel Appasamy est, quant à lui, venu de France avec sa famille et a séduit le public par sa combativité. Blessé sérieusement au pouce en plein jeu, il n?a pas baissé les bras. Au contraire, il a tenu bon pour gagner en refusant qu?on lui fasse des points de suture. « Je suis venu pour mon pays que j?aime », confie le double médaillé d?or. Établi en France, il suit de près tout ce qui touche au tennis de table et à son grand ami Descann.

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