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Ces croqueuses de bêtes

19 septembre 2004, 20:00

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La charité prêche de ne pas avoir une dent contre quelqu?un. Aussi doit-elle chérir un camp d?animaux qui n?ont pas de dents? ou presque. On les disait édentés sans grand effort d?imagination, mais ce chapeau est maintenant disloqué en lambeaux. Toutefois nous le conserverons pour les besoins de la conversation. Les animaux de cette catégorie vivent en Amérique centrale ou méridionale. Un cynique dirait que les habitants du coin se sont conduits comme des édentés car une poignée d?Espagnols est arrivée à vaincre tout leur peuple. Mais restons courtois.

Un des animaux du groupe est une curieuse bestiole au corps recouvert d?une armure. A défaut de moyens d?attaque, la nature lui a au moins accordé protection. Les faibles dents ne permettent pas de croquer des bestioles juteuses mais la langue est capable de saisir termites, fourmis ou même ces vermisseaux de la fable. En cas de disette un brin d?herbe ou un menu fruit ne sont pas dédaignés.

Un autre grand consommateur de fourmis possède un museau pointu et une bouche si petite qu?elle laisse tout juste passer la langue visqueuse. Elle happe des termites issus de termitières que les griffes puissantes permettent de démolir. Les bons livres disent l?animal tamanoir, d?un mot amérindien. Il est très actif mais son successeur, dans notre chronique, fait l?apologie de la paresse. Mais pas avec autant de talent que le penseur, Clément Pansaers. Ses mouvements lents rappellent les gestes que pratiquent les adeptes du Tai Chi. Le manque de communication ne permet pas de savoir si la bête acquiert la même sérénité que les adeptes du taoïsme.

Contrairement aux autres mammifères, dont le cou dispose de sept vertèbres, la magie du chiffre est étrangère au paresseux car le nombre d?os varie entre six et neuf. L?animal avance en agrippant les branches. Il progresse non le dos au ciel comme vous, moi et nos lointains ancêtres, mais ventre en haut. Quand au poil, il abrite un jardin d?algues lui donnant une teinte verte. Couleur d?espoir pour la faune vivant dans cette fourrure rude et rêche. Elle abrite une population de moucherons n?existant nulle part ailleurs.

Ces animaux sont végétariens, donc un peu hors classe. Aussi retournons au milieu d?autres mangeurs d?insectes dits d?ailleurs zoologiquement insectivores. Le plus connu chez nous est le tenrec originaire de Madagascar. Le populo dit enn tandrak ou enn tang et voyant passer une dame au ventre très rebondi s?exclame ?ena tang dan boulwar?. La demoiselle voulant jouer à la précieuse dit une tangue.

Cette bestiole détient le record de famille nombreuse. La dissection révéla un jour 31 embryons dans les entrailles d?une femelle. Les livres de bonne tenue le disent aussi hérisson de Madagascar mais pour les Européens, le hérisson est d?autre facture. Les Anglais lui trouvent même un petit air cochon et le baptisent hedgehog ou porc des haies.

<B>Un éléphant, ça trompe</B>

Il y a chez nous un autre insectivore au nom incongru de musaraigne qui veut dire souris- araignée. Combinaison zoologique équivalant au mariage de la carpe et du lapin. Mais l?étiquette locale lera miske ne vaut guère mieux car si la bestiole dégage une épouvantable odeur de musc, elle n?en est pas pour autant rat. Elle mange un peu de tout et son nez pointu furète partout dans la maison si un piège habilement disposé ne coupe pas court à ses velléités d?envahissement.

Ces bêtes de taille mineure sont indiscrètes mais les majeures ne sont pas non plus bienvenues en tous lieux. Envisagez-vous un éléphant se promenant dans un magasin de porcelaine ? Même si le nom de ces articles est issu de porc. Il faut toutefois dire à sa décharge que l?éléphant peut se révéler capable de touches délicates. Témoin : le spectacle d?une pépée palpitante se faisant poser une énorme patte d?éléphant sur la poitrine pendant que frémit une salle de spectacle.

La peau épaisse vaut aux éléphants le nom de pachyderme tandis que la trompe proéminente et flexible n?a pas retenu l?attention. Elle est pourtant polyvalente, servant de matraque ou de pince pour courber des branches. Elle est même capable d?absorber eau ou sable pour s?en arroser le corps. Il existe deux éléphants différents, celui d?Afrique et celui d?Asie. Ce dernier, plus domestiqué, rend davantage service. Il contribuait à la chasse au tigre et pousse encore des grumes en forêt. L?Inde antique le connaissait comme char de combat mais celui d?Afrique a retenu l?attention d?Hannibal. Il fit traverser les Alpes à un petit troupeau mais vit périr une forte proportion de son contingent. Sur le terrain, ces grosses bêtes chargeaient fantassins aussi bien que cavaliers et semaient la panique parmi les chevaux.

Nous aurions aimé clore cet entretien avec un autre groupe de grosses bêtes, aquatiques, les lamantins dits aussi Siréniens. Mais nous ne pouvons que nous lamenter sur le manque de lignes qui ne permet pas la pêche à la sirène.

?Le plus connu chez nous est le tenrec originaire de Madagascar. Le populo dit ?enn tandrak? ou ?enn tang? et voyant passer une dame au ventre très rebondi s?exclame : ?ena tang dan boulwar?. La demoiselle voulant jouer à la précieuse dit une tangue. Cette bestiole détient le record de famille nombreuse.?

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