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Ces bénévoles qui offrent du temps aux ?tontons?

1 janvier 2004, 20:00

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UN C?UR qui bat. Ses pulsations irriguent avec générosité? pas qu?un individu, pas qu?une famille, pas qu?un quartier. A chacune de ses contractions, c?est un peu de misère qui est soulagée. Celle des ?tontons? de l?Abri de nuit ou des victimes lésées dans leur dignité. Vol, viol, sida : la diversité des maux ne laisse pas les bénévoles indifférents. Retraités ou dans la prime jeunesse, c?est à titre gracieux qu?ils donnent de leur temps et procurent des minutes de sourire en plus, des heures d?écoute. Le dicton ?le temps c?est de l?argent? ne tient plus. C?est en termes de réconfort que se comptent les efforts des bénévoles pendant les fêtes.

Kersley Goïndarajoo, responsable de l?Abri de nuit est un homme-tournesol. Totalement tourné vers la cause, il consacre sa vie aux ?tontons? depuis neuf ans. Une conception du partage avec son épouse Martine, qui a accepté de vivre avec lui à l?Abri de nuit. Leur vie de couple enveloppé d?un voile pudique est ponctuée par le service rendu aux autres.

La vocation de Kersley remonte à son enfance, mais à son contact, on sent bien que son cursus importe peu à côté des besoins de ces êtres fragiles qui trouvent refuge dans ?son? abri. Avec une candeur qui contraste avec sa fréquentation quotidienne de la misère, il dévoile les premières lignes du guide du parfait bénévole. ?Surtout ne pas les appeler clochards. Ne pas les prendre en pitié et leur promettre des choses comme des savates ou des vêtements propres. Les accepter tels qu?ils sont.?

Des principes que le responsable de l?Abri de nuit inculque inlassablement aux animateurs qui égayent la vie de l?Abri. Pour lui, la période des fêtes n?est pas synonyme de pénurie de bras. ?Au contraire, nous avons plus de volontaires ces jours-là.? Des intelligences en quête d?une bonne conscience ? Kersley Goïndarajoo ne voit que le bon côté des êtres humains. ?Quand on est bénévole, on ne fait pas que donner, on reçoit aussi, énormément. Dîner avec un tonton, c?est l?équivalent d?une leçon d?humanité.? Autour de cette table dépouillée, les repères sont reformulés. La période des fêtes ? dans son acception la plus large ? semble tout à coup terriblement commerciale et égoïste.

Le c?ur demande plus que cela. Celui de Jagdish Sanhye, secrétaire de Victim Support n?a qu?une motivation, ?soulager à ma mesure un peu de misère, en période de fêtes ou pas. Avec la formation de trois psychologues, les Dr Motah, Appadoo et Baumy, attachés à notre association, l?un des premiers concepts que nous assimilons est le contrôle des émotions.? Pour lui, jour de Noël et jour de l?An seraient vides sans visites à des victimes de crime. Une action qui peut, à l?occasion, prendre la forme d?une voix réconfortante au bout du numéro d?appel gratuit de Victim Support.

?Le soleil n?épouse pas la lune?

Maître d?école à la retraite, Jagdish Sanhye affirme n?avoir jamais eu de conflits familiaux à cause de son sens de l?engagement. Quand on lui demande si cela lui est arrivé d?avoir à choisir entre sa famille et une activité de Victim Support, il lance une boutade : ?Pourquoi le soleil n?épouse pas la lune ? C?est parce qu?elle passe ses nuits dehors.?

A l?inverse, Annecy Charles ne rechigne pas à faire des heures supplémentaires. A 18 ans, cette jeune fille de Roches-Brunes vit son engagement au sein de Prévention information lutte contre le sida (PILS) durant les vacances scolaires. Trois fois l?an elle enchaîne les sessions de formation, la traditionnelle quête du 1er décembre et les séances de sensibilisation dans les boîtes de nuit. ?Il n?y a rien de pire que de rejeter des gens malades.

Il faut qu?on parle et qu?on fasse voir aux gens ces visages d?enfants, soit infectés, soit affectés par le sida. Alors que certains n?ont pas longtemps à vivre, d?autres ont perdu leurs parents. Ce serait insupportable de faire la fête sans avoir eu une pensée pour les autres.?

Bénévolat-thérapie ? Oui, dans le cas de Pascal Lam Siong. A 22 ans, il est lui aussi bénévole au sein de PILS. ?J?ai perdu mes parents à l?âge de 13 ans. Je pense que c?est ce qui m?a rendu plus sensible au sort des orphelins.? Pour ne plus se concentrer sur ce manque dans sa vie, il focalise son attention sur les autres. A 17 ans, il monte une association de volontaires pour aider les enfants ayant perdu la chaleur parentale. Quand elle est dissoute, Pascal intègre l?équipe de PILS, frappé par l?image du cortège d?orphelins que la pandémie laisse dans son sillage. Fête ou pas, le service des plus pauvres a été assuré. Kersley, Jagdish, Annecy et Pascal ont mis un cadeau supplémentaire au bas de leur sapin : du baume au c?ur.

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