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Cerné par la police,Sylvio Santoo se suicide

2 avril 2007, 20:00

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Déjà atterrés par la brutalité manifestée, au début de mars 1982, lors d?un raid policier et au cours duquel Clifford Esther, le propre fils de Cyril Esther, l?entraîneur sportif connu et apprécié de tous, est grièvement blessé (voir l?express du 9 mars 2007), les Mauriciens reçoivent quelques semaines plus tard un nouveau choc en apprenant les détails parfois troublants d?un autre raid policier, ayant entraîné la mort par ?suicide? de Sylvio Santoo, 27 ans, le principal suspect de la police dans le meurtre du policier Jean Nelzire (voir l?express du 8 mars 2007) ainsi que la mort de sa fiancée, Patricia Muttur, 16 ans.

Les détails circonstanciels du raid de Stanley, Rose-Hill, présentent d?étranges coïncidences avec celui de Rivière-Noire. Dès deux heures du matin, une cinquantaine de policiers, armés jusqu?aux dents, cernent la maison où se trouvent Sylvio Santoo, Patricia, le couple Robertson et son bébé. Vers 5h30, des détonations éclatent, troublant le silence matinal. A l?aide d?un mégaphone, un policier somme Sylvio Santoo de se rendre. Devant son refus d?obtempérer, les policiers passent à l?action et lancent trois grenades lacrymogènes dans une chambre. Les vitres volent en éclats. Une fumée asphyxiante envahit la maison et les alentours. S?ensuit un échange de coups de feu entre Sylvio Santoo et les policiers présents. Un coup de feu blesse Robertson qui sort de sa maison par une fenêtre. Sa femme et son bébé ont davantage de chance. Elle est seulement arrêtée par la police. Robertson est traîné dans une jeep et conduit à l?hôpital orthopédique Princesse-Margaret. Au même moment, retentissent deux coups de feu. A 6h05, tombe la version officielle de la police : Sylvio Santoo et Patricia Muttur se sont donné la mort. La presse travailliste allègue même que Patricia voulait se rendre et que Santoo l?a alors abattue avant de se donner la mort. Elle prétend même que le motif serait que Patricia sait trop de choses sur ce hold-up.

S?ensuit un silence aussi épais que la couche de poussière blanchâtre qui tapisse désormais les meubles et le plancher de la modeste demeure de Robertson, à la route L?Abattoir (rue Ratsitatane), Stanley. Des policiers veulent pénétrer à l?intérieur. Ils ressortent immédiatement. L?air y est tout simplement irrespirable. Les membres du commando d?élite s?en vont, besogne accomplie. La police régulière et la SMF établissent un cordon musclé autour de la maison d?où se dégage toujours une fumée blanchâtre piquante et suffocante. Les curieux affluent de toutes parts. La Riot Unit est mandée. Elle arrive vers 7 heures. Elle devra recourir à plusieurs reprises aux bâtons la reine pour repousser les badauds de plus en plus curieux et de plus en plus pressants. Ils ne ménagent pas leurs quolibets à l?adresse des hauts gradés manifestant un excès de zèle intempestif.

Arrivent alors les grosses légumes de la force policière d?alors : le commissaire de police Rajarai, son adjoint Bhardwoze Juggernauth, les assistants commissaires Cyril Huet, C. Nicolas, Ecosse Marcel. Ils tentent à leur tour d?entrer chez Robertson. Ils ressortent précipitamment toussotant, crachotant, éternuant à qui mieux mieux.

Il est 9 heures et les effets du gaz lacrymogène ne se dispersent toujours pas. On fait venir des ventilateurs. On ignore toutefois qu?il n?y a pas forcément d?électricité dans toutes les maisons de nos banlieues ouvrières. C?est du moins le cas chez Robertson. On ne peut penser à tout. Il se chuchote aussi que la police a ordonné au CEB d?interrompre la fourniture électrique à Stanley, la rumeur voulant que Sylvio Santoo ait en sa possession des bâtons de dynamite. Des policiers équipés de masques à gaz parviennent enfin à pénétrer à l?intérieur de la maison gazée. Ils se rendent à l?évidence : l?épaisse couche de fumée blanchâtre recouvre tout ce qui s?y trouve. Pour les empreintes digitales, il faudra repasser. Les corps de Sylvio et de Patricia sont conduits à la morgue seulement vers 15 heures. Ils sont tellement imprégnés des effets du gaz utilisé que ceux qui participent à l?autopsie en sont incommodés. Il sera longtemps question de la nature du mystérieux gaz utilisé par la police le 20 mars 1982. Le commissaire de police Rajarai dira qu?il espérait que sa police réussisse à capturer vivant Sylvio Santoo. Il regrette le dénouement fatal de cette opération d?arrestation.

Le quartier de Stanley, déjà éprouvé par le drame causé par un regrettable accident de travail ayant, au début de janvier 1982, coûté la vie aux égoutiers Laval Alex Arékium et Loganaden Cundasamy (voir l?express du 3 janvier 2007), est de nouveau éprouvé par un nouvel incident également meurtrier. Stanley se souvient-il seulement de Sylvio Santoo et de Patricia Muttur ? Ils sont pourtant plus de 5 000 personnes à participer à leurs funérailles à l?église Sainte-Anne et au cimetière Saint-Jean. Nombreux sont ceux qui conspuent notre force policière en criant : Policiers assassins ! Il ne faut pas moins de deux communiqués officiels pour redorer quelque peu le blason de notre force policière terni par un autre raid sulfureux.

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