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Ce n?est pas une révolution, mais un séisme !

10 octobre 2005, 20:00

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À la prochaine Coupe du monde, l?Afrique sera donc privée de ses plus fiers, de ses plus brillants représentants : l?Afrique du Sud, le Nigeria, le Sénégal et, surtout, le Cameroun, indomptable, brave et fier, mais qui, sur ce coup-là, a commis le mignon péché de se voir trop beau trop tôt?

L?Allemagne, terre d?accueil de la prochaine Coupe du monde, témoignera ainsi de l?émergence d?une nouvelle hiérarchie, totalement inédite et insolite à un tel niveau, hiérarchie composée du Ghana, de l?Angola, du Togo et de la Côte d?Ivoire, quatre nations qui ont longtemps cru que les plus belles aventures ne leur étaient pas destinées.

Ainsi en a décidé le football. À croire qu?on a définitivement changé d?époque, que l?Afrique est tombée sur sa tête. Toute proportion gardée, c?est comme si l?Europe se privait, la même année, en Coupe du monde, de l?Italie, de l?Angleterre, de la France et de l?Allemagne. Impensable, absurde?

Du lot des grands perdants, le Cameroun est évidemment le plus à plaindre.

Sur leur terrain de jeu préféré, ce continent noir teinté avec le temps de vert et de rouge, les lions avaient jusqu?ici fière allure. Aussi espéraient-ils composter pour la septième fois leur billet pour la Coupe du monde, défi que personne avant eux n?avait relevé.

Le match contre l?Égypte samedi, ultime rendez-vous de la présente campagne, ne devait apparemment être qu?une formalité. De l?avis de tous, les braves lions avaient réussi le plus dur en ramenant, le mois dernier, d?Abidjan, une victoire mémorable. Une victoire qui, en tout cas, était censée avoir rétabli de façon non équivoque les rapports de force dans un groupe 3 que la Côte d?Ivoire de Didier Drogba avait un instant menacé de conquérir.

Même les plumes les plus sceptiques et les plus sévères de la presse camerounaise s?étaient alignées, après ce match, sur la pensée du peuple : le lion ne meurt pas, le Cameroun est éternel, la Coupe du monde est un acquis.

Samedi, pourtant, tout Yaoundé est tombé de haut.

La faute d?abord à l?Égypte, coupable d?avoir élevé son niveau de jeu, ce qui a valu aux Pharaons d?arracher, à dix minutes de la fin, un match nul inespéré.

La faute à la Côte d?Ivoire, qui a osé croire jusqu?au bout en ses rêves, ce qui lui a permis, sous l?impulsion d?un brillant Akalé il est vrai, d?aller s?imposer en terre soudanaise.

La faute aussi à la gourmandise de l?intériste Pierre Womé, qui a insisté pour prendre la responsabilité du fameux penalty de la 95e minute, au grand désespoir de Samuel Eto?o, ce qui a occasionné l?immense raté que l?on sait.

La faute surtout au destin, cruel, qui, cette fois, a tourné le dos au beau Cameroun.

Le pire s?est donc produit, le lion est mort. Et l?Afrique pleure.

Car, qu?on se le dise, sans ce Cameroun qui a bâti sa légende, qui a fait sa fierté, qui lui a donné un sens, une identité, un statut, une crédibilité, notre continent se sentira un peu orphelin en Allemagne.

Il y eut d?abord la génération pionnière de 1982, celle de Thomas N?Kono, de Jean-Pierre Tokoto et de Théophile Abega, qui avait ouvert la voie aux conquêtes futures en neutralisant tour à tour le Pérou, l?Italie et la Pologne.

Il y eut ensuite la génération talentueuse et insolente de 1990, emmenée par le légendaire quadragénaire Roger Milla, qui échoua aux portes des demi-finales au terme d?un match mémorable d?intensité et de densité face à l?Angleterre.

Aujourd?hui, c?est du passé. Il ne reste que des souvenirs. Mais l?Afrique ne pleure pas. Peut-être que le lion n?est pas mort, qu?il fait juste semblant?

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