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A cause de l?Irak, Blair pourrait perdre le vote musulman
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A cause de l?Irak, Blair pourrait perdre le vote musulman
En 2001, les Britanniques de confession musulmane, avaient massivement voté pour Tony Blair. Alors qu?il briguera dans deux semaines un troisième mandat consécutif, le leader travailliste n?est cette fois plus assuré de leur soutien. Entre-temps se sont produits les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, qui ont exposé aux soupçons de terrorisme les communautés arabes établies dans les pays occidentaux. Mais, surtout, le Premier ministre britannique a impliqué son pays dans une aventure irakienne qui ne cesse de provoquer des ondes de choc dans le monde islamique.
La Grande-Bretagne compte 1,6 million de sujets se réclamant de l?islam, qui se considèrent aujourd?hui comme «une communauté exclue» selon les termes d?un de ses dirigeants. Selon le Conseil musulman de Grande-Bretagne, organisme le plus représentatif, si 75 % de la communauté a voté pour Blair en 2001, ce taux serait à diviser aujourd?hui par deux. Mohammed Miah, un vigile bangladais de 21 ans, avait voté Blair il y a quatre ans, mais, le 5 mai, il entend utiliser son bulletin de vote pour le sanctionner. «Cet homme a tué tant d?innocents en Irak qu?il devrait se retrouver derrière les barreaux», confie-t-il sur un marché grouillant de l?East End fréquenté par les musulmans du sous-continent.
<B>«Caniche de Blair»</B>
Miah jure qu?il va voter pour George Galloway, un dissident travailliste radical expulsé du Labour pour avoir traité Tony Blair et George Bush de «loups» à propos de l?Irak.
Galloway escompte toucher dans deux semaines les dividendes de sa rébellion en emportant le siège travailliste est-londonien de Bethnal Green and Bow, circonscription où la moitié de la population est musulmane. Surnommé «George le Magnifique» en raison de son teint constamment bronzé et de ses vêtements de bonne coupe, Galloway y affronte la sortante blairiste Oona King, une Juive noire élue la dernière fois haut la main. Ce duel permettra de mesurer le niveau de ressentiment des musulmans britanniques à l?encontre de Blair et, si Galloway «sortait» King, ce serait un revers cinglant pour le parti au pouvoir. Dans un climat électoral généralement terne, ce face-à-face très médiatisé focalise l?attention et exacerbe les passions. Les pneus de la voiture de King ont été tailladés, tandis que Galloway a été pris à partie par des musulmans radicaux hostiles à l?idée même de se rendre aux urnes. Une vingtaine de jeunes islamistes ont fait irruption mardi dans une mosquée de la capitale, injuriant Blair et Galloway, et promettant l?enfer aux fidèles qui voteraient. Lors d?un débat avec King, Galloway a traité son adversaire de «caniche» de Blair la rendant responsable, par son soutien à l?invasion de l?Irak, de la mort de 100 000 personnes.
La désillusion des musulmans britanniques envers le Labour ne se cantonne pas à la seule capitale. Ils l?expriment dans tout le pays. Et ils pourraient faire pencher la balance dans des dizaines de circoncriptions tangentes pour le Labour.
L?Association musulmane de Grande-Bretagne évalue à plus d?une quarantaine le nombre de circonscriptions dont les électeurs issus de la communauté détiennent la clé. «Le moment est venu de prendre au sérieux le vote musulman», a-t-elle averti en estimant à 1,2 million le nombre d?électeurs de la communauté. Ceux-ci ont déjà tiré un coup de semonce l?an dernier en permettant au candidat centriste du Parti libéral démocrate de détrôner le député travailliste sortant lors d?une élection partielle à Leicester. Ce cas de figure pourrait se reproduire le 5 mai, mais il est improbable que les électeurs musulmans sanctionnent un sortant travailliste au profit d?un conservateur.
Les Tories, qui ont eux aussi soutenu la guerre en Irak, sont perçus par les musulmans comme plus radicaux encore que les travaillistes, sur les dossiers ayant trait à l?islam. Une autre organisation islamique a publié à l?intention des électeurs une liste de critères à prendre en compte avant de voter. Elle propose notamment de juger les candidats en fonction de leurs positions sur la législation d?exception anti-terroriste, les dossiers irakien, palestinien et cachemiri, et l?islamophobie ambiante.
«Les musulmans en ont marre d?être harcelés par la police et tout le temps considérés comme des terroristes», gronde Anwar Ali, un chauffeur de bus londonien de 49 ans, en errant parmi les étals du marché de Bethnam Green. Mais il n?en veut pas à Blair pour l?Irak, estimant que Bush ne lui avait pas laissé le choix. «Et au moins Blair a fait tourner l?économie. La religion, ça ne nourrit pas son homme, si?» La communauté musulmane, qui représente plus de 2,5% de la population de Grande-Bretagne, est sous-représentée au parlement de Westminster, avec deux députés seulement sur 659. Elle présente le 5 mai 52 candidats.
<B>Andrew Cawthorne</B>
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