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Carrière lyrique pour Marc Poupard à Jo’burg

15 juin 2006, 20:00

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Nous ne manquons pas, Dieu merci, d’historiens. Plus rares sont, toutefois, nos historiens littéraires et artistiques du calibre du Dr Jean Georges Prosper et de Georges André Decotter. En revanche le manque de talents spécialisés dans l’histoire de la musique et de l’architecture à Maurice se fait cruellement sentir. Pour s’en tenir à ce Royaume de la Musique, si cher à l’inoubliable Max Moutia, nous devons confesser notre profonde ignorance nationale à l’égard de tous ses devanciers : tous ces compositeurs, chanteurs lyriques, musiciens qui s’illustrèrent sur nos scènes comme à l’étranger, avant la Guerre 1939-45. Les plus grands talents musicaux n’ont pourtant guère manqué mais pour retrouver leurs traces dans les couloirs de l’Histoire, il nous faut aller chercher ces belles aiguilles dans la meule de foin géante des collections de nos journaux de 1832 à 1940, pieusement conservés et à la Bibliothèque aux Archives nationales, à Coromandel et à la rue Edith-Cavell, Port-Louis, et surtout s’armer de patience. La mémoire nationale conserve encore quelques bribes de souvenir pour ces mélomanes, chanteurs, musiciens, ayant, entre autres, pour noms France Alleaume, Amédée Poupard, Leroy, André Luciani, Henri Wilden, Lise Feuillerade, Lise Guého, Roger Dussercle, Laurent Wolf, Gérard La Hausse de La Louvière, May Bax, Maria Séga, Louis Espitalier-Noël, Pierrot Leclézio, Philippe Boullé, Philippe Ohsan, Georges Domingue, Jacques Cantin, Laurence Piat, Philippe Le Breton, Elizabeth Forget, Michel Le Juge de Segrais, Jean Claude Alleaume, Lucien Pouzet et ses enfants, les uns plus mélomanes que les autres.

Toujours à l’oeuvre et au service actif de la musique occidentale, sous toutes ses formes, nous pensons plus particulièrement aux Jean Claude Antoinette, Gérard Cimiotti, Leslie Merven, Mme Jean Claude Maingard, Sophie Némorin et son trophée d’or obtenu au concours des Voix Nouvelles 98, Jean Didier Davy, la basse à la voix profonde, les Choral Singers, Edmond et Maggy Maurel, Gérard Sullivan, Roger Cerveaux, Natacha Finette-Constantin, Véronique Zuel-Bungaroo, Mario Ramsamy. Odile Chevreau, Emilie Poupard, Serge Lebrasse, Jean-Claude Selvon, M. Appadoo mais aussi à leurs émules.

Il y a des oublis notoires dans cette liste, s’écrieront les détracteurs des réminiscences de l’express. Ils ne nous apprennent rien de plus que nous ne savons déjà. C’est pour cette raison qu’il convient de déplorer le manque d’historiens musicaux, capables de mieux rendre justice à nos plus belles voix et surtout à nos musiciens et compositeurs les plus talentueux. Encore que cette liste ne comprend que ceux et celles capables de maîtriser une des formes de la musique classique ou du bel canto. Il faudrait encore parler ici de ceux qui excellent dans les musiques indiennes et chinoises qu’elles soient ou non d’inspiration musulmane, hindouiste ou bouddhiste. Il faudrait exalter la chanson populaire, la chanson de variété, nos ségatiers. Il faudrait magnifier nos chorales religieuses qui donnent tant de relief, chaque semaine, à nos cérémonies liturgiques. Il est inconcevable, par exemple, que les Eglises chrétiennes n’organisent pas, collectivement ou individuellement, chaque année, un concours national de la meilleure chorale religieuse, des meilleurs cantiques, surtout quand on connaît l’engouement des jeunes pour toute musique capable de les faire vibrer et d’éveiller en eux l’envie d’un dépassement de soi, une soif intarissable d’excellence et de perfection, s’exprimant dans des mélodies musicales capables de soulever des montagnes.

A la mi-juin 1981, la presse ne tarit pas d’éloges à l’égard d’un chanteur mauricien, connaissant un succès croissant en Afrique du Sud. Il s’agit de Marc Poupard. Il est encore enfant quand ses parents, M. et Mme Raymond Poupard, quittent Maurice pour s’installer en Afrique du Sud. Il ambitionne une carrière lyrique. Il est en cela fortement encouragée par sa mère, née Bathfield, une des meilleures élèves de Mme Arthur Desvaux de Marigny. Eprouvant de réelles dispositions pour le chant lyrique, il travaille sa voix et ne cesse de l’améliorer. Très vite, on le choisit pour faire partie des chœurs lors de représentations d’opéras célèbres, à Durban et ailleurs en Afrique du Sud. On commence à lui confier de petits rôles qui lui fournissent l’occasion de côtoyer quelques unes des plus belles voix lyriques monde. Parallèlement il suit des cours par correspondance au Trinity College de Londres dont il obtient le degré final. Il compte aussi quatre années d’études au Technikon de Durban. Il devient l’un des solistes de l’Oriana Choir et de l’Errol Slatter Chorale.

En 1980, la cantatrice sud-africaine de renommée mondiale, Joyce Barker, l’encourage à la rejoindre à Johnnesburg où elle réside afin qu’elle puisse lui prodiguer son aide et ses conseils techniques. Ainsi pris en main, ses progrès sont tellement spectaculaires qu’en avril 1981 il assure la partie du baryton dans le Messie de Haendel. Les autres solistes sont tous des professionnels chevronnés que se disputent les scènes lyriques les plus prestigieuses au monde.

Marc Poupard gagne sa vie en 1981 en donnant des leçons de chants et de théorie musicale à des étudiants. Son succès dans le Messie de Haendel lui vaut plusieurs engagements en concert, tant sur scène qu’à la radio. Il sait de qui tenir car les familles Poupard et Bathfield comptent bon nombre de membres, ayant excellé dans le domaine du chant, de la musique et même de la mise en scène, des domaines où ont, entre autres, brillé Maurice et Amédée Poupard. Qui nous dira ce qu’est devenu, depuis, ce Mauricien si prometteur ? Quand nous vous disons qu’il nous manque une histoire de la musique et du chant lyrique à Maurice.

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