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Carpanin Marimoutou : ?Il ne s?agit pas de folkloriser le passé de la Réunion?
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Carpanin Marimoutou : ?Il ne s?agit pas de folkloriser le passé de la Réunion?
● Un jury international se réunit aujourd?hui, à la Réunion, pour désigner le maître d??uvre de la Maison des civilisations et de l?unité réunionnaise. Projet du Conseil régional de la Réunion, un ?musée du contemporain? se situera dans un parc de 22 hectares à Saint-Paul de la Réunion. Carpanin Marimoutou, co-directeur scientifique et culturel du projet avec Françoise Vergès, nous en dit plus.
● Une maison des civilisations. Quelle image de l?histoire réunionnaise veut-elle projeter ?
C?est un musée du temps présent, du 21e siècle. Sa fonction est de donner à voir la culture vernaculaire, la vie ordinaire. Il s?agit de restituer les civilisations qui ont construit la Réunion, leur donner une égale position. Montrer comment par ces rencontres, pas toutes gentilles, l?esclavage, l?engagisme c?est pas gentil, l?ensemble des processus de créolisation pour crée une culture, une mémoire, un espace partagé.
● C?est aussi une démarche indianocéanique. Quelle est la contribution de Maurice dans ce projet ? Comment y figure-t-elle ?
Avec Maurice, c?est la même problématique. La même rencontre de mondes différents sous le colonialisme. Après, pour vous, il y a eu l?indépendance, pour nous la départementalisation. Il faut voir comment la diversité est à la base du partage. Nous voulons montrer cela à l??uvre. Retracer les itinéraires, de l?humain, du savoir, de la pensée, des épices. Dans la partie muséale, nous avons un parcours qui suit la chronologie réunionnaise, qui remonte avant l?arrivée des Européens. Il y a déjà là une interculturalité.
Pour revenir au parallèle avec Maurice, on montre par exemple, comment l?abolition de l?esclavage à Maurice a eu des effets à la Réunion. Pareil pour la politique agricole, celle pour le développement durable. C?est une démarche globale que nous n?avons jamais été dans une relation unique avec la France mais inscrits dans une histoire large dans l?océan Indien. Autre exemple, le patrimoine immatériel. Maurice comme la Réunion n?a pas construit de grands palais. Notre patrimoine est ailleurs. Je citerai aussi comme parallèle, celui, des années 1970 entre Ziskakan et Soley Ruz par exemple.
<I>?Ce qui nous intéresse c?est d?évoquer des choses, par des sons, la musique, des photos, du texte, des films et beaucoup de multimedias. On tient à ce que les gens soient acteurs de ce qu?ils verront.? </I>
Nous avons beaucoup échangé avec les responsables du centre culturel mauricien, Vinesh Hookoomsing et Jocelyn Chan Low, entre autres.
Le but n?est pas de folkloriser, de fossiliser un passé. Notre projet inclut des résidences d?artistes et de chercheurs, des salles de rencontre pour poser des problèmes concrets. Car la question de culture ici ne se limite pas qu?à la musique, aux écrits, mais à un ensemble d?éléments.
● Lors d?une rencontre à Maurice, avec Radjah Veloupoulé du Conseil régional de la Réunion en 2005, il nous parlait déjà de ce projet. Notamment en se référant à un colloque qui avait eu lieu en 2001. C?est un projet qui a mis du temps?
C?est normal que ce projet ait pris son temps. On ne voulait pas construire un bâtiment et puis se demander ce qu?on allait mettre dedans. C?est un projet qui n?existe nulle part ailleurs. Il parle d?une histoire courte mais renvoie à des histoires longues. Cela ne pouvait pas être le Quai Branly par exemple. Cela n?a rien à voir. Ce n?est pas non plus comme quand Jean Marie Tjibaou parle de kanaky.
La question d?identité, c?est une négociation constante. Tout cela a été inventé. Nous avons lancé une grande campagne de collecte d?objets du 20e siècle. Quand je dis objet, cela pouvait être un billet de loterie qui renvoie à une socialité, une carte électorale qui renvoie à des luttes. Le plus important, c?est le travail d?installation de ces objets. Ce qui nous intéresse c?est d?évoquer des choses, par des sons, la musique, des photos, du texte, des films et beaucoup de multimedia. On tient à ce que les gens soient acteurs de ce qu?ils verront. à la Réunion, c?est une société qui est passé de l?analphabétisation à l?audiovisuel sans passer par les livres.
● Le projet parle d?unité réunionnaise, est-ce aussi une démarche de réconciliation ?
Le but n?est pas de posséder l?histoire. Il n?est pas là pour parler du bon vieux temps, raconter letan lontan mais pour poser la problématique du 21e siècle. L?idée c?est comment à partir de l?acceptation de ce que nous sommes, nous devons nous sentir responsables de ce que nous sommes. Pendant longtemps et jusqu?à tout récemment, le discours dominant c?était : ?La Réunion, c?est la France?. Comme si la Réunion n?avait eu qu?une seule origine culturelle, la France. Ce que les autres ont apporté, c?était du folklore, de la religion, des superstitions. La première étape a été de montrer que les esclaves, les engagés sont issus de civilisations plus grandes parfois plus anciennes que celle de la France. Qu?ils sont aussi porteurs de civilisation. Pendant longtemps, on entendait parler des autres sans que l?on partage forcément. Qu?il le veuille ou non, les Réunionnais ont un espace commun.
Nous voulons montrer qu?il n?y a pas de cloisonnement communautaire. Que nous sommes tous des héritiers, que c?est un héritage sans testament. Prenez l?esclavage, il structure le foncier à la Réunion. L?esclavage structure le rapport de classe, le rapport au monde religieux. Notre démarche, c?est de désethniciser tout cela.
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