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Candidats au retour
Détrompez-vous. Nous ne parlerons pas ici des ministrables, d?élections anticipées ou d?alliances probables. Malgré les efforts que les partis de l?opposition déploient ces jours-ci à faire croire qu?il faudra compter avec eux dans les semaines à venir, leur retour à l?avant-scène politique, voire au pouvoir, ne peut raisonnablement être considéré comme un sujet sérieux de débat. Plus qu?hypothétique, il est fantasmatique. Histoire de rappeler à notre mémoire leur existence ou parce qu?ils savent que la « politicaille » est notre passe-temps favori, ils évoquent à tour de bras des « bouleversements », mais à force d?abuser des effets d?annonce?
Non, les élections anticipées ou les ruptures/alliances ne sont pas à notre agenda. C?est d?autant plus déplacé de nous convaincre du contraire que les remèdes appliqués par le gouvernement du jour à l?économie sont en train de la ranimer. Elle n?est pas hors de danger, mais hors du coma. Une croissance de 5,2 % en 2007, c?est le retour des sereines années 90. Bien sûr, le taux de 9 % annoncé pour le tourisme est fragile, et le sucre et le textile sont toujours aussi vulnérables. Mais le tournant est amorcé. La courbe remonte, et c?est un exploit. Si l?opposition refuse de le voir, elle a bien dû sentir, dans le refus de Bachoo et celui de Clair de la soutenir, que le rapport des forces n?est pas en sa faveur.
Les candidats au retour qui nous intéressent, ce sont ces jeunes lauréats et boursiers qui, dans deux semaines, nous déclareront du bout des lèvres qu?ils ne savent pas encore s?ils reviendront au pays. Des phrases qu?on aura un peu plus de mal à accepter lorsque l?on vient de lire, dans l?analyse de la MCB, que la faiblesse qui risque de paralyser toute véritable réforme est le manque de ressources. On le savait : tous les secteurs de l?économie porteurs de croissance sont des industries nécessitant des connaissances de pointe que nous n?avons pas. On attend les conclusions de l?étude du « Human Resource Development Council » devant identifier les besoins en ressources et la stratégie pour les trouver. On attend? Entre-temps, les ressources s?en vont.
Comme beaucoup de pays en développement à qui les nouvelles terres d?immigration volent les cerveaux, Maurice a fait le choix d?encourager les jeunes à partir se former pour revenir qualifiés et de passer à un modèle de diaspora. Mais contrairement à beaucoup de ces pays, nous n?appliquons pas des mesures concrètes visant à promouvoir leur retour. Nos mesures mettent surtout l?accent sur le transfert de fonds, moins sur celui du savoir. Nous n?avons pas encore fait la démarche d?aller arracher des terres d?accueil des ressources que nous estimons potentiellement utiles pour notre développement. La guerre des cerveaux est devenue universelle et on ne pourra pas la mener en comptant sur le sentiment patriotique et quelques incitations fiscales. Il faut se jeter dans l?arène.
Les pouvoirs publics ne peuvent ni perdre la trace de « l?élite » ni s?épargner l?effort de la réflexion sur les moyens nécessaires à leur contribution. La Chine, l?Inde ont créé au sein de leurs ambassades dans les pays où leurs jeunes se trouvent en études ou ont choisi d?être chercheurs, des bureaux avec mission de suivre leur parcours, de monter des associations. Ces étudiants sont régulièrement rassemblés. À leur intention, des manifestations annuelles sont organisées durant lesquelles ils sont invités à débattre des enjeux avec les acteurs économiques de leur pays. De l?information sur l?évolution du pays leur est régulièrement communiquée pour garder le lien et cultiver l?intérêt. Des délégations de recrutement sont envoyées pour inciter les diplômés en fin de parcours à revenir au pays, avec des traitements de faveur, pourquoi pas ?
Le ministre des Finances a indiqué être favorable à l?idée que les étudiants travaillent quelque temps à l?étranger. À juste raison. La preuve est faite qu?ils acquièrent un « capital transnational » que ne pourront pas prétendre égaler ceux restés au pays. Avec cette catégorie de professionnels plus que les autres, il faut garder le lien. Mais pour les attirer, il faut être en mesure de recréer un cadre intellectuel, un environnement aussi stimulant pour leur carrière que celui qu?ils laissent derrière. Pour inciter ses chercheurs et experts expatriés, la Chine a mis sur pied des laboratoires, a créé des « parcs pour la création d?entreprises par les chercheurs expatriés ». Parce qu?il arrive souvent qu?ils ne veuillent pas quitter définitivement leur pays d?adoption, des programmes de coopération leur permettant de partager leur emploi du temps ont été imaginés.
Peut-être ne pourrons-nous pas en faire autant. Mais nous pouvons faire preuve d?autant d?agressivité et d?imagination. Nous avons raté une occasion cette semaine. L?université de Maurice a clôturé hier la Semaine de la Recherche, idée fort valable. Mais cette « Research Week » aurait pu être autre chose qu?une exposition désordonnée de nos connaissances. Elle aurait pu, autour de quelques enjeux majeurs de l?économie qui nécessitent des projets de recherche, se faire rencontrer chercheurs expatriés et chercheurs mauriciens. Des projets de coopération potentiels auraient alors pu naître. Il y a fort à parier qu?il y a au moins un Mauricien dans l?industrie « cannière » du Brésil susceptible de partager son savoir-faire à l?équipe qui étudie le potentiel de la canne. La Chine ? toujours elle ? a créé un programme incitant les chercheurs expatriés d?Europe, travailleurs enragés, à rentrer pendant les vacances d?été. Et nous qui avons les plus beaux hôtels du monde comme appât?
On nous l?a suffisamment répété. Notre seule chance, ce sont nos gens. Et il faudra « create maximum impact with less people. » Nous allons droit dans le mur si nous cultivons ce manque de rigueur qui compromet nos projets. Car sur la question du retour des expatriés comme sur bien d?autres, c?est l?absence de plan obligeant à un progrès discipliné et régulier vers l?objectif souhaité qui manque à nos dirigeants. La preuve s?il en faut : l?économiste de la MCB est réduit à se répéter. Il déplore, quatre mois après l?avoir fait, la même « delayed implementation of some reform measures in key areas ». L?efficacité, c?est bien le cheval de bataille qu?aurait dû choisir l?opposition. C?est son seul atout.
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