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Campus blues

18 août 2007, 00:00

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«Quoi ? Mais c?est nul. Je croyais qu?on allait avoir trois directeurs pour la dissertation.» Kevina Ramasawmy ,en troisième année de BA ( Hons) French, n?en croit pas ses oreilles quand nous lui posons la question «que pensez-vous de la dissertation à trois ?» Non elle n?était pas au courant. «Vous savez, je ne suis pas très branchée infos.» Oui ça doit être ça. Elle a dû mal comprendre.

C?est sûr, un chargé de cours a bien dit, en passant, quelque chose à ce sujet. Mais bon, il a dit qu?il en parlerait plus longuement mardi, quand il les verrait en cours. Alors pour le moment, Kevina et sa copine Cyndy Natacha peuvent continuer à faire leur manucure tranquillement. Car jeudi, jour de notre visite, elles n?avaient pas cours. «Mais on aime bien venir ici.» Pour se faire les ongles par exemple.

Après l?émotion, la réaction. «Je pense que c?est pour combler le déficit », dit Kevina. C?est la soupe à la grimace. «En littérature, vous imaginez les divergences ? Ayo, kouma pou fer sa ?» Un temps de réflexion puis «ça diminuera notre travail, si on n?a pas le choix, on acceptera».

Seraient-elles prêtes à retourner sur les bancs de l?école faute de place sur le campus ? Kevina et Cyndy sont catégoriques. Pas question de perdre la «liberté, l?espace que l?on a ici». Pas question de ne plus baigner dans «l?ambiance de la cafétéria». De ne plus côtoyer les «profs qui sont plus amicaux, plus proches» des élèves.

Anishwary Rangaven, bien à l?abri dans l?Engineering Tower, nous parle, elle, de ce copain qui, en comprenant que sa rentrée était renvoyée d?une semaine s?est frotté les mains. Chic, une semaine de congé supplémentaire.

Prévenu de notre présence, un Associate Professor de la faculté des sciences sociales nous livre le fond de sa pensée. De manière anonyme parce qu?en tant que membre du syndicat des professeurs de l?université, il ne souhaite pas s?exprimer en son nom personnel. «Changer les règles en cours de route c?est illégal. La dissertation, c?est une anomalie du système. Il me semble que cela existait au tout début quand l?université offrait des cours de diploma. Avec l?introduction des degrees, on a gardé ce système parce que cela force les étudiants à écrire.» Et de citer les examinateurs externes qui ont recommandé de maintenir cette formule de dissertation pour le français.

«Au départ, c?était un pavé de 100 pages. C?était l??uvre de leur vie. Ils sacrifiaient leur troisième année à cela. Si on a réduit la longueur, la dissertation compte pour neuf crédits, c?est-à-dire le plus grand nombre de points», explique cet Associate professor.

«Je ne sais pas comment noter une dissertation faite à trois. Ce n?est pas sain. Les étudiants ne sont pas dupes. On est en train de régler un problème pécuniaire sur le dos de la pédagogie. Pourtant ce sont des problèmes que l?on aurait pu anticiper. On n?a fait que parer au plus pressé. Concrètement, on est en train de dévaloriser le travail.» Il en ricane presque. «Si j?ai une bonne moyenne et que je vise le First Class, je ne voudrais pas me coller à deux gus qui ont de moins bonnes notes que moi.»

Priya Hurry, en troisième année de Production and Operations Management, n?est pas du genre à se faire à une réalité qui ne lui convient pas. Sa préoccupation : comment va-t-on dire qui a fourni quel effort ? Est-ce que c?est un travail complémentaire, cela veut-il dire que nos résultats dépendent de deux autres personnes ? Son diplôme, elle y tient. Elle le voit comme un «passeport» vers des cours de relations internationales en Australie, par exemple.

Autre mécontent : Owarish Javed, inscrit en Business Management. Pour que l?université puisse accueillir des étudiants à mi-temps, lui, l?étudiant à plein temps, a des cours de 16h30 à 19h30. «Je n?ai pas de transport. Se kouma dir mo pe gagn pouse avek bann part-time.» C?est décidé. Si les choses ne changent pas, il est près à «pa rant dan klass, fer enn sit-in». La solidarité existe-t-elle à Réduit ? Owarish en tout cas y croit.

La certitude d?être dans son bon droit, Deepa Cahoolessur l?a. Elle ne voit aucun inconvénient à devoir suivre ses cours de Physics with computing dans un collège. «Mo pa kroir nou bizin lager. On n?a pas dit que les cours n?auraient pas lieu, on a juste dit qu?on allait les faire dans un collège. Pa pe met bann zelev deor. Je ne vois aucun problème?, dit-elle en tortillant un scoubidou, de nouveau à la mode ces temps-ci.

Son amie Raviska, elle, s?insurge. «Il faudra se déranger pour venir à la bibliothèque. Cela fera deux déplacements.» Nous nous abstiendrons de dire que les trajets en bus seront gratuits.

Pendant que Deepa maintient «pouvi mo pe gagn klas», un camarade de la faculté d?Agriculture s?exprime avec le plus grand calme sur la situation chaotique à l?université. Etre renvoyé le jour de la rentrée ? Pas de problème. Lui en aurait profité pour «konn lezot plas, se familiariser avec le campus, le visiter, parce qu?à l?heure qu?il est, même s?il est en deuxième année, il n?en a pas encore fait le tour ». Nous si.

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