Publicité
Campagne du PTr contre la réforme
La réforme des administrations régionales a été votée bien malgré les travaillistes. Mais ceux-ci ne s?avouent pas vaincus et mènent campagne sur le terrain contre ce qu?ils considèrent un changement? pour le pire.
Les dirigeants du Parti travailliste (PTr) ont eu hier un face-à-face avec les conseillers municipaux et villageois de leur bord politique. Ils leur ont présenté leur lecture du nouveau Local Government Bill (LGB).
Les députés Arvin Boolell et James Burty David, anciens ministres de l?Agriculture et des Administrations régionales, ont explicité la dimension politique des réformes. Sanjit Teelock a décortiqué et analysé les diverses clauses de ce projet de loi.
Auparavant, ouvrant une parenthèse, James Burty David a réagi au reproche couramment fait à l?opposition de fonder sa stratégie politique sur des arguments racistes. «Quiconque est contre Paul Bérenger, est qualifié de raciste. C?est devenu une réponse standard aux critiques suscitées par ce gouvernement. Tout est ramené à l?épiderme de Bérenger», se plaint le député.
Cela ne l?empêche pas de développer son argument contre le LGB. Il invite à dépouiller les initiatives du gouvernement de leur « vernis de propagande» pour voir plus clair dans le jeu du Mouvement militant mauricien.
Le député David dénonce ce qu?il estime une astuce du gouvernement pour continuer à imposer sa volonté aux administrations régionales. Ladite astuce consisterait à transférer au président de la République certains pouvoirs dévolus au ministre de tutelle ou à d?autres instances, sous prétexte que la présidence est indépendante de la politique.
Il en serait ainsi du pouvoir de revoir le découpage électoral, fonction réservée à l?Electoral Boundaries Commission. Le président dispose aussi du pouvoir de dissoudre un conseil régional et de gracier un conseiller fautif?
«Quel recours aura le citoyen qui n?est pas d?accord avec une décision du président? Ce dernier ne peut pas être contesté en cour. C?est faux de dire que la présidence est au-dessus de la politique. Les partis au pouvoir en ont fait un outil de marchandage politique. A tel point qu?ils négocient la succession à ce poste alors que celui-ci est occupé actuellement», s?indigne James Burty David.
Appauvrissement
Les travaillistes sont également convaincus que la réforme appauvrit la démocratie régionale. Elle limiterait les pouvoirs des élus et dépouillerait les administrations de leurs prérogatives. Elle renforcerait les clivages entre villes et villages, plutôt que de les gommer.
Les conseils de village sont abolis et seuls pourront être candidats ceux qui parlent et écrivent l?anglais et le français. Ces administrations perdent une rente significative avec le transfert de la délivrance du permis d?opération touristique à la Tourism Authority. Elles ne décident déjà plus de la voirie et sont exclues de la prise de décision dans les projets de développement.
«Mais que leur reste-t-il ? L?administration régionale ne servira-t-elle qu?à lever des taxes ? C?est un crime contre les habitants de ces régions. Ce gouvernement oublie-t-il que c?est dans les villages que naquit la flamme de la liberté qui propulsa Maurice à son statut actuel ? Oublie-t-il que des militants indépendantistes, comme le Pandit Sahadeo, ne parlaient ni l?anglais ni le français?» lance James Burty David.
Le député Boolell et Sanjit Teelock ont poursuivi dans la même veine. Boolell est convaincu que la présente réforme des administrations régionales est taillée sur mesure pour le MMM. Son objectif : consolider son électorat dans les régions rurales. «Le MMM veille à ses propres intérêts. Il se prépare à aller seul aux prochaines élections», estime-t-il.
Arvin Boolell reconnaît également un motif affairiste à la réforme. Il estime que le nouveau Plan national de réaménagement du territoire a été orienté de manière à privilégier le développement dans le corridor Curepipe-Port-Louis. Selon lui, le but recherché est de créer une masse critique pour rentabiliser le métro léger. Il déplore que l?attention de l?Etat soit focalisée sur ce corridor au point de «négliger» les villages gagnés par le chômage et les fermetures d?usines.
«L?administration du pays souffre du syndrome comité central-MMM. La prise de décision devient de plus en plus centralisée. La suppression des conseils de village n?est pas innocente. Le président de cette instance est un maillon important entre le député et les villageois. C?est clair qu?on veut les empêcher de faire entendre leur voix.» Arvin Boolell dit en être convaincu.
Le député qualifie le nouveau «Local Government Bill» de «provocant». «On est en train de harceler un certain électorat», s?indigne-t-il. Selon lui, le gouvernement aurait pu proposer une réforme moins perturbatrice : « Il aurait pu transformer les gros villages en villes qui auraient grandi petit à petit, un peu comme Port- Louis.»
Le PTr n?est pas contre le principe d?une taxe rurale. Mais il désapprouve la manière et le moment choisis pour l?introduire. Ce parti estime qu?il y a d?autres moyens pour obtenir la participation de la communauté sans pour autant la taxer. «Le gouvernement affirme que les administrations régionales seront libres d?imposer une taxe ou non. Mais en vérité, elles n?auront d?autre choix que de le faire pour disposer d?un budget de développement», explique Arvin Boolell.
Publicité
Publicité
Les plus récents