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Calendriers... au fil des années

16 janvier 2005, 00:00

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Faut être fou pour collectionner les calendriers ! Non, il suffit de choisir un conjoint affectueux, assez gentil et accommodant pour tolérer vos manies les plus insolites et même les plus ridicules. Après tout, il y a des fous partout et même à l?asile, disait George-Bernard Shaw. Alors, pourquoi pas à domicile ? Ne dit-on pas qu?il faut aimer jusqu?à la folie ? C?est qu?il n?est pas amour qui ne soit folie. François Mauriac dixit !

Encore que dans ce cas, il convient peut-être mieux parler de « manie ». Non dans le sens gaullien de « vieil armagnac » (vieillard maniaque), mais dans celui de « mane », élément du grec mania (folie) et qui donne naissance à un des mots les plus mélodieux de la langue française : mélomane, mais aussi à nymphomane, mégalomane, opiomane, bref à une manne de manies. Encore que « philie » lui fasse une concurrence inamicale car impitoyable. Et si le « cumixaphiliste » est un collectionneur d?allumettes, les particuliers assez fous pour collectionner les calendriers n?ont droit à aucune appellation contrôlée. Un ami lexicographe insinue même qu?il leur faudra attendre les prochaines calendes grecques pour obtenir la reconnaissance officielle de leur manie « calendaire ».

<B>Des iconolâtres qui s?ignorent</B>

Mais ne quittons pas de sitôt ces mots grecs aux calendes aussi mensongères qu?une promesse électorale. Car qui dit collection de calendriers, dit avant tout icône et « iconolâtrie » (culte ou adoration de l?image). Voilà qui sent le soufre et même le bûcher. Encore que l?iconographie est l?étude des diverses représentations figurées d?un sujet, l?étude des symboles figuratifs, et que l?iconologie est l?art de représenter des figures allégoriques avec leurs attributs distinctifs. Enfin, si vous n?avez pas encore pu rassurer votre belle-mère des vertus d?un honnête iconolâtre, vous pouvez toujours lui dire que vos opposants sont des iconoclastes. Pour peu qu?elle soit aussi bédéphile que la mienne, il y a des chances qu?elle vous croit sur parole.

Les Mauriciens sont des iconolâtres qui s?ignorent. J?en veux pour preuve les multiples requêtes dont nous sommes assaillis depuis le 1er décembre dernier : « Vous n?avez pas un calendrier pour moi ? » Et vous solliciteur, pensez-vous à ma collection de calendriers ? Cette manie accapareuse et possessive du calendrier est telle qu?il faut à certains, un calendrier dans chacune des pièces de leur logement, comme si le passage d?une pièce à l?autre pouvait se comparer à un changement de fuseau horaire entre Fidji et Samoa ou entre les Marshall et Kiribati ou Midway. Ne donnez pas vos calendriers en excédent. Prêtez-les au besoin à l?année. En précisant qu?ils s?appellent « Reviens » !

Au commencement du calendrier et de tout embryon de collection de cet objet aussi utile qu?un passe-thé pour voir passer le temps, il y a donc l?icône ou image. Et pour aimer les calendriers et n?aimer que ça, il faut être amoureux de l?image. Ne dit-on pas qu?une image vaut mille mots ? Rien ne vaut, en effet, une image parlante. Il y a pourtant des éditorialistes qui l?ignorent toujours. Calendrier et image sont indissociables car « la fuite de l?eau est l?image du temps qui s?écoule », la vie étant, on le sait, un long fleuve tranquille. L?image est une telle invitation au rêve que nos anciens maîtres colonialistes et donc britanniques condamnaient nos ancêtres fonctionnaires à se référer à perpétuité à des calendriers sans image, ne comportant que la trentaine de chiffres correspondant aux jours du mois.

L?image est aussi une fenêtre ouverte sur le Monde, sur la Vie, sur le Temps. C?est dire que l?imagination des imagiers est inimaginable. En admirant leurs ?uvres et surtout en les collectionnant pour pérenniser ce plaisir au-delà du temps imparti, nous rendons justice à leur imagination fertile. Admirer et collectionner des calendriers, c?est avant tout rendre hommage à ceux et celles qui ont travaillé en équipe et qui ont activé leurs méninges pour nous permettre de rêver à notre aise devant le temps qui passe et qui, à défaut de s?effeuiller comme la marguerite et le calendrier chinois au jour le jour, se marque à coups de croix tracés sur les jours qui ne sont plus et qui ne reviendront jamais.

Le collectionneur de calendriers, qui range ses documents de l?an de grâce deux mille quatre, ne ratera pas l?occasion de jeter un regard attendrissant sur les plus belles pièces de sa collection. Il aura ainsi l?occasion de contempler à nouveau les images de notre galaxie grâce au calendrier Caltex 1997. L?apparition de la vie sur la planète Terre est visible grâce au calendrier de la Life Insurance of India, privilégiant l?oiseau fabricant des nids de toutes sortes, avec une mention, en juin 1994, pour le baya weaver bird auprès de qui notre serin du cap et son nid à bout de tige est un enfant.

<B>Les charmes caches de notre « tente bazar »</B>

Qui précéda l?autre de l?oiseau ou de la graine fruitière ? General Construction 1999 résout cette énigme en superposant intelligemment un animal (cacatoès, macaque, crécerelle, lièvre aux aguets, pigeon des mares ou cerfs fugitifs) dans un coin de superbes vues de l?île Maurice originelle. Nous revoyons avec plaisir ces beaux paysages grâce à B.A.T. 1994 (cascades de Chamarel, sentier du Morne, bassin des aigrettes aux Gorges, les filaos de la Pointe-Pêcheurs, rivière du Boucan, Tamarin). Le tout admirablement rendu par le photographe Ludovic Aubert.

Ces images terrestres peuvent être aussi de Rodrigues ou des autres îles de l?océan Indien (MCB 1994 et 1999). Elles peuvent être simples ou quadruplées en tête-bêche, à l?instar de General Construction 1998, grâce à l?imagination fertile et artistique de Pascal Lagesse. Les paysages peuvent être tourmentés, à l?exemple des calendriers panoramiques chinois de la China Airlines 1989 et 1991, au point que l?on ne sait plus si l?homme est parvenu à maîtriser ces paysages défiant toute logique ou si c?est cette nature ingrate et indomptable qui le retient en otage et même en esclavage.

En 1996, Pascal Lagesse associe habilement la General Construction avec des marines de Christian Bossu-Picat. Ce trio nous avait habitués, l?année précédente, à une célébration du travail manuel, mettant en exergue l?art de transformer les bienfaits de la nature en objets usuels. Ils excellent, en effet, dans la transfiguration des copeaux de bois en boucles dorées que Botticeli n?aurait certes pas dédaignées. Ce calendrier, montrant la grâce métallique d?un échafaudage ou encore le percement du bloc basaltique, atteint les rives de la perfection.

Le même Bossu-Picat les dépasse pourtant sur la voie de l?excellence en magnifiant à merveille des éléments choisis d?un patrimoine folklorique et populaire que nous avons tort de ne pas sauvegarder à jamais, tout en les mettant en exergue, dans un musée pouvant susciter l?enthousiasme des générations à venir. Bravo donc MSM 2005 qui sait faire appel à ce talentueux photographe pour célébrer comme il se doit les charmes cachés de notre tente bazar et de ses catoras, du fer à repasser d?antan, du réchaud ou du primus d?autrefois ou encore le pilon-mortier et la roche à curry du temps margoze, si tristement remplacé par le grinder, Jayen Cuttaree dixit. Du même coup, MSM montre un savoir-faire professionnel nous laissant sur la meilleure impression possible. Pourquoi faire ailleurs, ce qui s?imprime si bien ici, à Maurice ?

Il y a d?autres salles encore à visiter dans cette exposition de calendriers au format géant. Il faudrait pouvoir disposer de plus de place pour décrire la célébration de notre pirogue (Swan 2005), des travaux manuels (Life Insurance 1992), des métiers d?autrefois (Swan 2002), de l?agro-industrie (Médine 1992), du Port-Louis d?antan (Swan 1998 et 1999), du Port-Louis des Moulins de la Concorde (illustré par le peintre Gunnoo en 1991). Il faudrait parler aussi de la célébration des liaisons maritimes (Fortunes de Mer ? MCB 1993) ou aériennes (British Airways) ou encore Airbus de 1995 (année de ses 25 ans) et qui nous montrent les plus belles fleurs au monde et en quantités inépuisables, des fleurs à perte vue. Le temps et l?espace manqueront pour évoquer les pages d?histoire que racontent nos calendriers les plus pédagogues ou encore pour décrire ces artistes (Chazal, Cango, Prosper d?Epinay). Hélas, le calendrier 2005, s?affichant ostensiblement devant moi me rappelle que le journaliste n?est qu?un esclave à plume et que son maître inexorable est le dead line et l?espace imparti. C?est dommage car on aurait pu tout aussi bien évoquer les cartes de v?ux, tout autant instructives. Ce sera pour une autre année.

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