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Cafouillages

20 octobre 2004, 20:00

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L?affaire Pereira, c?est un concentré de nos travers : une obstination à ne pas voir la rareté de nos ressources et, par extension, une incapacité à utiliser de manière optimale ces quelques compétences ; une administration ankylosée, qui laisse deux années durant un problème dormir sans rechercher de solutions; qui nomme quelqu?un deux années durant puis découvre soudain qu?il n?est pas à sa place ; une école dite privée... mais qui accepte qu?on la prive du droit de choisir ses recteurs ; un syndicat imbécile dont le goût pour la contestation étouffe le bon sens ; un public pour qui il n?y a pas de solution sans désordre sur la voie publique ; un Premier ministre qui encourage la perception que c?est à sa porte qu?il faut frapper pour voir les problèmes résolus. Sommes-nous donc condamnés à laisser ces incongruités nous pourrir la vie ?

Le plus grotesque est bien ce règlement lui-même, et ses défenseurs. Il n?y a pas de débat là-dessus : à moins que l?on n?ait pas confiance en les institutions qui les délivrent, c?est la qualification la plus avancée qui devrait être la seule considérée. L?opposition syndicale, sur ce plan, est, on ne peut plus troublante. Qu?est-ce donc ces enseignants qui ne croient pas dans le système qu?ils représentent, celui des instances formatrices ? Qu?est-ce donc ces profs qui défendent un principe qui disqualifie à vie ? L?apparence arbitraire des règlements ne suffit certes pas pour qu?on les change ; ils ont parfois une raison d?être qui n?est pas compréhensible d?emblée. Mais il reste que la loi comme le règlement devient obsolète quand ils n?ont pas évolué pour s?adapter à un autre environnement. Et c?est le cas.

Les arguments martelés par la PTA et Jacques Pereira lui-même pourraient peut-être avoir provoqué en quelque sorte ce blocage des syndicats. On a beaucoup entendu Jacques Pereira insister sur le ?mérite? que lui octroient ses 40 années d?expérience, sur le fait que personne ne voulait de cette place ; on a entendu ses sympathisants chanter son ?dévouement? et le bon travail accompli. L?homme inspire certes du respect et on ne demande pas d?autres qualités à un recteur que de savoir mobiliser une équipe par sa propre disponibilité auprès de ces enfants. Mais, s?il en a les qualités, cela ne suffit pas. Un parcours ne garantit pas l?aptitude recherchée. Ce ne sont pas de bonnes raisons.

Ces raisons-là auraient été suffisantes si nous avions créé une instance de validation des acquis de l?expérience. Elle existe dans les pays qui nous inspirent. Outre des institutions qui délivrent des diplômes et celles qui les homologuent (équivalence), il y a l?instance qui certifie l?expérience professionnelle. Une telle autorité aurait résolu plus de problèmes qu?on ne le croit. Elle aurait guéri de la myopie bien des employeurs, incapables de juger avec intelligence des qualités des uns et des autres et obsédés par les règlements et les diplômes. Combien de fonctionnaires dont on reconnaît les capacités puisqu?ils agissent comme ?acting? se sont vu arracher un poste dans un domaine qu?ils maîtrisent sur le bout des doigts, au profit de ceux qui maîtrisaient un diplôme quelconque mais aucune connaissance du domaine recherchée... Elle nous aurait aidés à faire meilleur usage de nos ressources limitées, au lieu de les frustrer. Cette instance, qui certifie après mise à l?épreuve, aurait même pu résoudre notre problème avec l?ancienneté ; on peut avoir des années de métier sans avoir acquis les compétences réelles...

L?affaire Pereira, en somme, se résume à beaucoup de bruit pour rien. Par la faute d?un cafouillage administratif. Car, au bout du compte, toutes les instances de décision sont d?accord pour reconnaître Jacques Pereira éligible à ce poste : le ministre, le directeur de la PSSA... sauf que rien n?a suivi. Si le BEC avait un peu plus de poigne, il aurait pu taper sur la table pour rappeler à ces autorités leur responsabilité. Ce sont ses écoles, et c?est à lui de réclamer ce qu?il juge meilleur pour elles. Peut-être après tout, devant tant de mollesses, ne devrait-on pas être trop sévère envers ces manifestants qui se seront montrés sceptiques face à l?assurance ? renouvelée ? du ministre de l?Education qu?il s?occupe du dossier.

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