Publicité
Côté cour, côté jardin
La municipalité de la ville des fleurs est en mauvaise posture. Privée de son maire et de deux de ses conseillers, elle tente malgré tout de faire bonne figure. Mais déjà, quelques voix s?élèvent pour montrer du doigt certains dysfonctionnements au sein même du conseil. Pour espérer relever la tête et ne pas perdre la confiance des mandants, des consignes ont été données : ne rien laisser transparaître du tourment qui agite depuis peu la municipalité de Quatre-Bornes. Pas sûr qu?elle y parvienne.
Petit rappel des faits. Le nouveau maire de la ville des fleurs, Roshan Munee Seetohul, ainsi que deux conseillers, Vijay Kumar Beeharry et Naraindranath Kumar Chady, sont arrêtés lundi par l?Independent Commission against Corruption (ICAC). Il est reproché au maire, alors conseiller, d?avoir utilisé sa fonction pour faciliter l?obtention d?un étal à son épouse. Ce que nie le principal intéressé (voir hors-texte) qui a expliqué n?être intervenu à aucun moment dans cette décision.
Vijay Kumar Beeharry et Naraindranath Kumar Chady seraient, selon la commission anti-corruption, intervenus pour « faciliter » l?obtention d?un étal à des proches. Des accusations que rejettent également les deux conseillers qui n?ont eu de cesse de clamer leur innocence. Présentés au tribunal de Rose-Hill, ils pourront rentrer chez eux après s?être acquittés d?une caution de Rs 25 000 et après avoir signé une reconnaissance de dettes de Rs 200 000.
Personne ou presque ne souhaite évoquer la récente arrestation du maire et de ses deux conseillers. Du moins pas ouvertement. Peu enclins donc à évoquer l?« affaire », les conseillers de la municipalité font mine de se serrer les coudes en attendant que les choses se tassent. Une démarche qui n?est pas vue d?un bon ?il non seulement par certains conseillers d?une des composantes de l?Alliance sociale, mais aussi par ceux du Parti travailliste. « J?ai personnellement cessé de me rendre aux réunions des comités. Ce qui s?est passé est grave et je refuse de m?associer à cet état de chose », confie un conseiller rouge qui a souhaité garder l?anonymat.
« Un tort immense »
D?autres conseillers, affirme-t-il, lui auraient emboîté le pas. Et un autre conseiller municipal d?ajouter : « Avec cette affaire d?étals, nous avons perdu la confiance du public. On essaie de nous faire croire qu?il s?agit ici d?une illustration de la transparence. Tout ce que je vois moi, c?est de la corruption. »
D?aucuns pensent que le maire, qui s?est temporairement retiré de son poste, (voir hors-texte), aurait du tout bonnement démissionné. « Même si le maire n?a pas encore été trouvé coupable, il aurait dû, pour préserver la crédibilité de la ville, démissionner », lâche ce même conseiller. Dans les rangs même du conseil, le consensus n?est plus de mise. « Certaines personnes, qui viennent à la municipalité pour des formalités n?hésitent pas à faire part de leur opinion quant à la récente arrestation du maire et des conseillers. Cette affaire nous fait un tort immense. L?atmosphère ici, est irrespirable », confie, pour sa part, un employé municipal, en prenant soin de ne pas se faire entendre par un tiers.
Un constat qui contraste singulièrement avec celui fait par le maire suppléant, Jean-François Battour : « L?ambiance à la mairie est des plus cordiales. C?est business as usual. Nous nous concentrons en ce moment sur l?organisation des activités de fin d?année, mais aussi sur les nombreux projets que nous initierons dès le début de l?année prochaine. » Ce dernier, soucieux de préserver l?image du conseil en ces moments de turbulences, assure que la solidarité est de mise et que l?« équipe municipale » travaille comme à son habitude. Une déclaration qui se veut certes rassurante mais qui, semble-t-il, ne reflète pas totalement la réalité.
Alors que le conseil municipal s?entre-déchire en coulisses, les habitants de la ville ne sont, de leur côté, pas en reste. « Ce qui s?est passé est une honte. Comment voulez-vous qu?après ça nous puissions faire encore confiance aux conseillers », lâche une habitante de la ville venue emprunter des livres à la bibliothèque municipale. Et un autre riverain, fataliste, d?ajouter : « C?est toujours la même chose. Certains se croient au-dessus des lois et tentent d?obtenir des avantages en ne respectant pas les règles. Nous y sommes habitués. »
« Rendre à la municipalité son rayonnement »
Entre indignation et indifférence, les accusations qui pèsent sur le maire Roshan Munee Seetohul, ainsi que sur les deux conseillers ne cessent d?alimenter les conversations tant à l?intérieur qu?en dehors de la municipalité.
En attendant un épilogue à cette affaire, les divergences de vue s?affrontent. Tous concèdent toutefois que tout doit être mis en ?uvre pour « rendre à la municipalité son rayonnement ». Une tâche fastidieuse, soutiennent les opposants de l?actuel maire, mais nécessaire.
« Ce n?est qu?un mauvais moment à passer. Tout devrait rentrer dans l?ordre une fois l?enquête bouclée », prédit un conseiller rouge qui estime, quant à lui, qu?il s?agit d?une tempête dans un verre d?eau.
LE COMMUNIQUE DU MAIRE
« Pour des raisons d?éthique, j?ai décidé de step down provisoirement de mes fonctions de maire de Quatre-Bornes afin de permettre le déroulement de l?enquête dans de bonnes conditions. J?ai déjà informé les dirigeants de mon parti de ma décision.
Je tiens à réaffirmer mon innocence dans cette affaire d?allocation d?étals au marché de Quatre-Bornes.
Mes hommes de loi m?ont informé
(1) qu?ils comptent contester en cour l?acte d?accusation porté contre moi (motion to quash information) et (2) qu?ils ont écrit aux autorités compétentes pour réclamer un early trial. J?ai confiance dans la justice de mon pays. J?espère que l?enquête ne se limitera pas à la présente administration municipale. »
Quel est votre état d?esprit ?
Je me sens serein. Comme je l?ai déjà dit à plusieurs reprises, je n?ai rien à me reprocher. Ceux qui me connaissent savent parfaitement que je suis innocent. Je pense simplement qu?il faudrait faire un peu plus attention avant d?arrêter quelqu?un. Cela peut avoir des répercussions très graves sur la vie de celui qui l?est.
Je ne m?attendais pas du tout à être arrêté et encore moins à être traduit en cour. J?avais été convoqué par l?ICAC pour fournir des explications. Je me suis donc expliqué. Tout simplement.
On vous accuse de conflit d?intérêt dans l?allocation des étals pour lesquels votre épouse avait fait une demande. Comment vivez-vous cela ?
Je ne souhaite pas m?exprimer sur ce sujet pour le moment. Je laisse l?enquête suivre son cours. Je reviendrai sur cette affaire en temps et lieu.
Vous avez quitté « temporairement » votre fauteuil de maire. Envisagez-vous toujours de reprendre votre poste ?
Bien évidemment. Si j?ai choisi de step down, c?est pour permettre à l?enquête de se faire en toute transparence. Je dois dire ici que j?ai le soutien de la majorité des conseillers et que le travail initié par la municipalité se poursuit. Bien entendu, il y a certains conseillers qui s?agitent, mais ils passent inaperçus.
Publicité
Publicité
Les plus récents