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Bérenger raconte Paul

12 mai 2007, 20:00

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C?est un récit étoffé que Paul Bérenger a livré hier à la salle des fêtes de la municipalité de Beau Bassin-Rose Hill. Sa dernière conférence sur l?histoire de Maurice, intitulée 1968 à 1982: les années de braise et de transition, était un exposé dense, captivant, parfois même touchant et drôle. La première partie, celle qui commence avec l?indépendance de Maurice en 1968, a été toutefois plus convenue, avec des mots choisis avec soin.

La partie réservée aux questions de l?auditoire était sans doute la plus intéressante. Paul Bérenger se prend alors à raconter des anecdotes croustillantes, hausse les sourcils quand il n?est pas d?accord, ou éclate d?un rire contagieux. Il se raconte et raconte alors son époque sur le ton de la conversation. Il avoue qu?il a réalisé, bien plus tard, que certaines décisions prises n?avaient pas été bonnes : « Nous avons certainement péché par excès d?idéalisme en plusieurs occasions. C?est une bonne leçon à tirer. » Il a livré cette période de sa vie (1968-1982) avec une stupéfiante précision. Les lieux, les dates, les gens, l?atmosphère, tout est noté. Tel quel.

Il n?a pas non plus fait un mystère que son engagement dans la politique était lié à son désir de changer le monde : « L?héroïsme du peuple vietnamien lors de la guerre du Vietnam a complètement bouleversé ma vision du monde. Alors que j?étais étudiant en journalisme à Paris, je suis parti manifester devant l?ambassade des États-Unis contre cette guerre et, en Mai 68, la manifestation des étudiants était comme une explosion de vie. J?ai trouvé une île Maurice étouffante a mon retour. Les syndicalistes se comportaient comme des patrons. »

Quand la carapace s?effrite

Il se raconte aussi en jeune homme inexpérimenté, pris dans le tourbillon des années de braise. Était-ce une erreur de déclencher la grève générale en décembre 1971, lui demande un membre de l?assistance ? Paul Bérenger cache mal son agacement : « Ou kestion sembl indike ki ou panse ki sa levenman la finn deside outour enn latab. Or tel n?est pas le cas. J?ai donné beaucoup d?indications que cette grève était un enchaînement d?événements, y compris l?assassinat d?Azor Adélaïde. Il faut avouer que nous étions jeunes et sans expérience ».

Certes, Paul Bérenger affirme qu?il a essayé d?être le plus objectif possible, même si l?histoire est narrée de son point de vue. Il se raconte entièrement, mais il existe des zones d?ombre où l?on n?est pas invité. Il passe ainsi rapidement, et avec une certaine pudeur, sur les agressions dont il a été victime, les coups de feu tirés sur sa voiture, les cocktails Molotov lan-cés sur la maison des militants (certains de ces événements étaient alors orchestrés par les partisans du PMSD), et son emprisonnement.

Mais la carapace de Paul Bérenger s?effrite quelque peu lorsque sa s?ur commente « lepok bien dir » où son frère avait été emprisonné en 1972 pour une grève jugée illégale. Avec la trentaine de syndicalistes et de militants qui sont incarcérés, il sera transféré, cette année-là, de la prison de Beau-Bassin, aux Casernes centrales à Port-Louis.

« Tout avait été fait pour nous saper le moral, les murs étaient peints d?une couleur sombre, il n?y avait pas de lumière », raconte-t-il la gorge nouée. Mais il se ressaisit rapidement et distille un peu d?humour, comme pour effacer cet épisode qui marque un homme : « J?avais toutefois trouvé un moyen de correspondre secrètement et régulièrement avec l?extérieur. Ne me demandez pas l?astuce. Qui sait, cela peut me servir de nouveau un jour. »

L?étonnant, c?est que malgré la crudité des détails, l?exposé de presque trois heures n?a rien du déballage. Paul Bérenger n?analyse ni ne dilue. Il aligne simplement les faits d?une vie hors du commun, dans un récit sensible, jamais dénué d?humour.

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