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Bérenger, PM p.i. d?un Boodhoo bronchitique

28 février 2008, 20:00

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Aujourd?hui, Rampersad versus Gopalsingh. Hier, Bérenger v. Boodhoo. Un quart de siècle avant ou après, la guéguerre des suppléances fait rage, tout en amusant la galerie, y compris le corps diplomatique. Des étrangers nous observent, mettait jadis en garde un sage, nommé Marcel Cabon, essayant de prémunir ses compatriotes et contemporains contre un ridicule qu?il croyait généreusement mais naïvement encore meurtrier. En 1983, Paul versus Harish. De nos jours, Ramanooj v. Dhun Iswar. Quelle histoire ! D?une histoire toujours recommencée.

Un avis autorisé. Celui de Navin Ramgoolam : «Un suppléant peut prendre des décisions». Et même entreprendre des réformes structurelles ? Rashid Beebeejaun peut en prendre bonne note. Et même Rama Sithanen, le Basant Rai du présent gouvernement travailliste. En l?absence du tiercé gagnant du pouvoir en place, il aura toute la latitude voulue, et même la bénédiction anticipée de son Premier ministre, pour nous imposer le ciblage de ses rêves mais si possible sans fragiliser davantage notre classe moyenne, coupable d?être ni riche, ni pauvre. N?allez surtout pas croire ces esprits chagrins qui font de notre classe moyenne le nouveau synonyme de l?électorat travailliste traditionnel. Où vont-ils chercher tant de mesquinerie ? Ces méchants rétorquent : « N?oubliez pas le Winning Formula du 3 juillet 2005 : Putting my people first ! »

En tout cas, voilà une réforme policière mort-née car sera-t-elle entérinée par le titulaire à son retour de congé de maladie ? Moi, officier de police, dois-je tenir compte de l?ordre donné ou anticiper le contre-ordre toujours possible ? Situation cornélienne. Un thaï corner, traduit un adepte anglophone des Arts Martiaux.

L?observateur averti accorde toutefois un point en faveur de toute suppléance. Et donc pour le Paul Bérenger de début mars 1983. Toute suppléance ne reçoit-elle pas ainsi les pleins pouvoirs, qui lui sont aimablement servis sur un plateau ramgoolamien ? Astuce toute trouvée, en tout cas, pour dissuader les titulaires d?abuser trop longuement des voyages officiels cum per diem alléchant, que la presse gouvernementale et complaisante a tôt fait de rebaptiser «missions», transformant, du même coup, nos pigeons-voyageurs en «missionnaires», devant proclamer à toutes les nations la bonne parole du miracle (?) mauricien.

Mais retournons plutôt en 1983. L?on ne compte plus les coups de griffe ni les phrases assassines aimablement échangés entre partisans de Bérenger et ceux du tandem Jugnauth/Boodhoo, au sein du gouvernement MMM-PSM, âgé de seulement huit mois et commençant tout juste à marcher. La façade de l?éclatante victoire 60-0 des Militants socialistes n?a plus rien à envier à un tableau de Pollock (1912-56), le spécialiste du dripping, de l?action painting mais surtout des zébrures surréalistes.

Des amis communs, adeptes du «un ?uf est un ?uf», interviennent et proposent aux parties concernées mais brouillées à mort, un compromis acceptable. Jugnauth repart en Inde (une mission de plus...). Boodhoo l?accompagne. Et Bérenger, Grand Architecte du 60-0, mais simple No 3 à l?arrivée, accède enfin à la suppléance rêvée en tant que Premier ministre par intérim pendant une semaine presque sainte. Cela, assurent ces amis communs, clouera le bec aux esprits chagrins qui s?agitent beaucoup. Que va dire Boodhoo ? demande anxieusement Jugnauth. On lui câble la proposition de compromis. A partir de là, les avis divergent, selon les observateurs et historiens. Boodhoo opine, affirme le clan Bérenger. «Ce compromis, concocté en mon absence, ne saurait m?engager», assure Boodhoo.

Les journalistes pro-Bérenger affinent déjà leurs meilleures plumes pour décrire, à la seconde près et dans les moindres détails, la première semaine passée par Paul Bérenger sur le trône de Premier ministre. Le Penseur de Rodin peut aller se rhabiller. Mais des nuages s?amoncellent dans un coin de ciel, mauve d?enthousiasme. De mauvais nuages du côté de Belle-Terre. Des rumeurs de maladie diplomatique. Deux jours avant le départ pour l?Inde, le médecin de Boodhoo diagnostique une bronchite. Que ne va-t-il pas la soigner en Inde, maugrée la presse pro-suppléance. La presse travailliste et boolelliste, en revanche, titre à la une : Boodhoo bronchitique reste au pays et agira comme PM. Bérenger peut faire son deuil (mauve et violet de rigueur) de ses espérances de primature. Interrogé, Boodhoo, bien que malade, ne... bronche pas et trouve la lucidité voulue pour dire que c?est Jugnauth qui décide. Avant de prendre l?avion, le PM signe rapidement, en effet, une « minute », indiquant qui le remplace comme PM p.i. pendant son absence, pardon ! pendant sa mission. Ce sera Bérenger. L?aspirant l?emporte sur le bronchitique. C?est dire que, même si un titulaire retourne, à Maurice, souffrant ou convalescent, son suppléant peut continuer à prendre les décisions qu?il veut. Toute suppléance l?emporte sur tout titulaire tant que ce dernier ne se présente pas Top Fit à son bureau et capable de reprendre son fauteuil à un suppléant par trop crampon. Bérenger sur le trône du PM ! Rien de tel pour ragaillardir les bronchitiques les plus allergiques.

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