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?Bénarès?, un film entre document et fiction

23 novembre 2003, 20:00

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SI le film documentaire est fondamentalement un genre cinématographique qui exclut tout recours à la fiction, tout film de fiction n?exclut pas systématiquement de son contenu le côté documentaire. Bénarès de Barlen Pyamootoo, en plein tournage actuellement, appartiendra à cette catégorie de films qui privilégient dans la fiction un aspect non-négligeable du documentaire, puisque le script garantit le respect de détails dans la mise en scène. L??il magique de la caméra visera la réalité mais aussi la conservation de son fidèle reflet.

Si Bénarès en tant que roman est un passionnant dévoilement de la vie telle qu?elle est, au delà de sa nature fictionnelle, de sa réalité romancée, il sera, dans une grande mesure, un film ?documentaire?. A suivre le parcours des acteurs qui sillonnent l?île Maurice à la recherche de deux prostituées, on devine la fonction principale de la caméra : elle sera celle d?un opérateur itinérant chargé de rendre en images le paysage que l?auteur a décrit en mots.

Mission

Le réalisateur, qui n?est d?autre que l?auteur lui-même, a pour mission de suivre les voies pittoresques de sa propre imagination à la fois fantasmagorique et réelle. En transposant en images cinématographiques sa fiction inspirée du réel, il ne peut que donner à son film une nature de documentaire. La réussite même du film dépendra de l?intensité avec laquelle l?union de la réalité et l?imaginaire sera rendue.

Il suffit de considérer la dimension des couleurs locales exploitées par la description du romanesque pour s?en rendre compte : une rue fréquentée par des amoureux qui bécotent, des boutiques où sont collés des gens avec leurs bouteilles, la présence d?un dispensaire, d?une école, des maisons en bois et en tôle ondulée, d?une cheminée, et de la mer qui surgit au bout des champs de cannes. Ce sont autant de détails qui traduisent la réalité du village Bénarès. Et cette peinture du décor ne se limite pas à la description pittoresque du village natal du narrateur. Sur tout le trajet en voiture autour de la capitale de l?île et jusqu?à Bénarès sur le chemin du retour, les descriptions du paysage mauricien dans tout son naturel, parfois d?un gris amer, ne manquent pas : un chantier qui longe la route, sur lequel on peut voir pêle-mêle, des câbles, des tuyaux d?arrosage, des pioches, des pelles, des sacs en plastique accrochés aux fils électriques. Enfin, il y a toute une atmosphère particulièrement réaliste qui est construite autour des détails qui ne manqueront pas de frapper le spectateur à travers tous leurs sens. Ainsi pourra-t-on voir ces putains avec leur maquereau sous un abri d?autobus à la nuit tombante, entendre ces chiens qui aboient dans la soirée et presque sentir l?odeur de cette huile rance et de l?eau fétide du canal qui longe la route.

Le défi du nouveau cinéaste qui doit prendre le relais de l?homme des lettres, consiste à rendre compte de cette réalité mauricienne avec fidélité, non seulement à partir du décor évoqué mais aussi par les faits et gestes des personnages.

Détails accentués

Car, le roman, loin de vouloir passer l?éponge sur certains détails ne fait qu?accentuer leurs significations. Le chauffeur Jimi qui sort sa topette de rhum de sa poche, qui baille au volant, qui connaît tous les coins où sont logées les prostituées, qui connaît le nom de tous les villages qu?il traverse, et d?autres chauffeurs, toujours pressés, qui s?engueulent à coups des klaxon, sont autant de détails qui dévoilent ici la réalité typique des gens qui appartiennent à une catégorie de métier.

D?ailleurs, ce ne sera pas que par les images qui défileront sur l?écran que le film affichera son caractère de documentaire. Songez à tous ces noms de villages qui seront évoqués au cours des conversations : Bénarès, le village abandonné, Bénarès la ville sacrée de l?Inde, Port-Louis, Mahébourg, Curepipe, Britannia, Savannah, Pamplemousses, Sainte-Croix et Pointe-aux-sables. Quelquefois les noms sont même accompagnés d?un bref aperçu historique. Le spectateur sera ainsi documenté sur l?histoire du village Bénarès de Maurice, de la ville sacrée en Inde qui répond du même nom, du moulin de Bénarès qui est réduit à une cheminée, et les fumeurs d?un temps se souviendront de leurs paquets de Bristol. Le film documentaire que sera Bénarès sera donc enrichi d?une pointe d?histoire. Enfin, il sera documentaire historique.

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