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Brigitte Chevery était là?

12 mars 2008, 00:00

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«Sa ban jours qui mo finn passé dan prison à cause mo ti contre l?Indépendance, c?est ban zour qui finn marque mo la vie zisika zordi. Letan mo guette la vie zordi, nou encore toujours dans la même misère, narien pas finn changé». Celle qui parle est Brigitte Chevery, Mimi pour les intimes. Cette habitante de Baladirou, âgée de 84 ans était l?une des deux femmes parmi d?autres personnes qui avaient osé affronté les policiers armés de fusils et de matraques pour s?en prendre au mât où se trouvait le quadrico lore.

Face à une telle situation, les forces de l?ordre avaient dû utiliser la force du gaz lacrymogène pour disperser les contestataires qui boycottaient la cérémonie du lever de drapeau le 12 mars 1969.

La cérémonie était prévue à 14 heures sur le court de tennis où le bloc administratif a été érigé plus tard.

Ben Gontran, dans son livre Sir Ben raconte Rodrigues (ZM, édition 2007 Tome 1), rappelle que les Rodriguais avaient voté en 1967 à plus de 96 % contre l?indépendance. C?est le Parti Mauricien Social, Démocrate (PMSD) qui avait encouragé ce sentiment de rejet dans ses meetings.

«Gaetan Duval avait donné le mot d?ordre pour que le drapeau national ne soit pas déplié sur le sol rodriguais parce qu?une grande majorité était contre l?Indépendance. Comme Duval était très aimé et apprécié dans l?île à cette époque, nous avions obéi à la lettre à ses directives. Nous avions marché de Baladirou à Port-Mathurin ce 12 Mars 1969, raconte la vieille dame.

Du gaz lacrymogène

Selon elle, malgré la forte présence policière pour la parade, les anti-indépendantistes étaient déterminés à renverser le mât : «Nou dire nou pays pou nou, nou pas capave laisse zot domine nou . Nou foncé lor le mât ziska li cintré.La police pas tardé pou réagir, zot tire gaz lacrymogène, bat brite, dimoune galoupé dans tout directions. En ban dans la mer et l?autre lors montagne pour retourn cot zot», se souvient Mimi.

Mimi n?arrive pas à s?échapper Elle reçoit quelques coups de matraque sur le dos, sur la tête et sur d?autres parties du corps avant d?être conduite au poste de police à Port-Mathurin où elle est emprisonnée.

Après sa première nuit derrière les barreaux, Mimi commence alors à se demander ce qui allait lui arriver dans les jours à venir : «mo ploré toute la nuit, mo prié mon dieu : mo dire sauve moi ladans».

Touchée par ses cris et ses pleurs une garde-chiourme plaide en sa faveur pour qu?elle soit transférée le lendemain dans une autre cellule, occupée par un autre manifestant.

La deuxième nuit ne change pas les idées noires de Mimi. Elle vit une véritable psychose en pensant à son fils, Steeve, qui n?avait que six mois à cette époque et qu?elle allaitait.

Tourmentée par cette dure réalité, elle a du mal à avaler son repas et de l?eau que lui offraient les gardes-chiourmes. «Mo get par limpost mo cellule, mo faire vision ki mo maman; mo papa, mo s?ur ek mo ban frères pe vinn tire moi dans prison. Letan mo ranne moi compte qui mo situation pe empiré, mo prié bon dié mo dimane pardon».

Trente-neuf ans après, Brigitte Chévery garde intacts dans un coin de sa mémoire, ces moments durs et pense encore que «pas finn change narien dans Rodrigues. Ou trouve la miser partout. Nou fin pran risque mais zordi auken politicien pas vine get moi pou conné qui mo fine devini», déplore Mimi en larmes.

Entourée de Steeve, Mimi vit toujours à Baladirou, non loin de ses autres fils. Elles les aide pour que leurs enfants puissent prendre le chemin de l?école chaque matin. «Mes enfants sont pêcheurs. Ils vont travailler à Maurice sur des bateaux de pêche. En attendant, je ne peux rester indifférente lorsque mes petits-enfants sont dans le besoin».

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