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Brebis galeuses
<B>Par Nazim ESOOF
Il y a une théorie qui excuse et absout tout dans ce pays. Quelque chose ne va pas, c?est la faute aux brebis galeuses. Un service ne fonctionne pas, ce n?est que parce quelques brebis galeuses ne font pas leur boulot comme il faut. C?est ainsi qu?on justifie l?injustifiable, qu?on bascule dans l?impunité et qu?on légitimise ceux qui peuvent ternir toute une institution.
L?expression brebis galeuses s?est de la sorte inscrite en lettres d?or dans le jargon de nos décideurs dans leur désespérante tentative de se dédouaner de tout ce qui ne marche pas. On découvre de l?argent là où il ne faut pas ? Rien de plus facile que de montrer du doigt des brebis galeuses qui étaient pourtant présentées comme des héros ! La fonction publique s?enferme dans une bureaucratie atone ?
Quoi de plus simple que de mettre cela sur le compte de quelques brebis galeuses !
Le réflexe est risible mais il fait bien recette.
Il permet à quelques-uns, donc à tout le monde puisqu?on est dans la logique de l?anonymat, de s?exonérer de toute responsabilité au nom d?un système qui, irrémédiablement, doit produire un certain nombre de canards boiteux.
Pis encore, si on a le malheur de développer un discours critique face à cette pratique, on risque de se voir affublé de l?expression d?oiseaux de mauvais augure, voire d?être des irresponsables qui sapent le moral du pays. Voilà comment on bascule dans l?amateurisme et la permissivité. Voilà comment triomphe la culture de la médiocrité. Il s?agit prioritairement de préserver la façade. Par exemple, un jour on peut jouer la carte du dégel avec les sucriers et le lendemain, on peut exacerber ce rapport. Tout est permis parce que la contradiction n?est pas un défaut.
Au contraire, puisqu?on réagit par rapport aux situations, on n?a de ligne directrice que l?inconstance. On ne cherche plus à agir sur les événements, on les subit et, logiquement, ils décident à notre place. Au mieux, on décharge son devoir sur quelques conseillers spéciaux. C?est le mode de fonctionnement ces jours-ci. Les coupables sont tout trouvés. Des journalistes et des syndicalistes. Des contre-pouvoirs. Incompris nos dirigeants ? Surtout une intolérance face aux critiques.
Et si, en fin de compte, ne sont brebis galeuses que certains de ceux qui ont les pouvoirs décisionnels ? Certes, il n?y a pas de système parfait. Mais lorsque le système perpétue les dysfonctionnements malgré le changement d?hommes et d?époque, on est en droit de penser que le mal est congénital et que, derrière la tentation de dédramatisation, c?est sa propre incompétence qu?on cherche à masquer.
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