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Bouteflika tient son triomphe personnel
Elu sans gloire en 1999, Abdelaziz Bouteflika tient dans sa réélection à la tête de l?Algérie le triomphe personnel auquel il oeuvre patiemment depuis plus de 40 ans, entre coups d?éclat et disgrâce.
A 67 ans, «Boutef», comme le surnomment les Algériens, a été reconduit au pouvoir pour un second mandat de cinq ans avec 83,49 % des voix, selon le ministère de l?Intérieur.
Petit homme au regard perçant, au verbe facile et à la saillie cinglante, Abdelaziz Bouteflika est entré en politique dès l?âge de 25 ans, sous l?égide de son mentor Houari Boumediene, qui dirigea l?Algérie d?une main de fer de 1965 à 1978.
Boumediene, qu?il rencontra après s?être enrôlé en 1956 dans les rangs de l?Armée de libération nationale (ALN), l?imposa à Ben Bella en 1963 pour le poste de ministre des Affaires étrangères après l?assassinat du chef de la diplomatie Mohamed Khemisti. Le jeune Bouteflika, qui s?était donné pour nom de guerre «Si Abdelkader», était alors ministre de la Jeunesse, des Sports et du Tourisme.
Jusqu?à la mort de Houari Boumediene en décembre 1978, qui marqua pour lui le début d?une «traversée du désert» de plus de 20 ans, Abdelaziz Bouteflika dirigea la diplomatie de son pays en fer de lance du tiers-mondisme face aux anciennes puissances coloniales. Alger devient le passage obligé des diplomates du monde entier et le relais incontournable entre l?Occident et les jeunes nations indépendantes soutenues par l?Union soviétique.
En 1974, alors président de l?Assemblée générale des Nations unies, il accueille le dirigeant de l?OLP, Yasser Arafat, comme un chef d?Etat et expulse les représentants de l?Afrique du Sud, qui vit alors sous le régime de l?apartheid. Gâté si jeune par la politique, Bouteflika supportera d?autant moins sa mise à l?écart à la mort de Boumediene.
<B>Purgatoire</B>
Convaincu de sa puissance, ébloui par ses succès internationaux qui l?éloignent souvent du pays, il n?a pas perçu la défiance qu?inspire son charisme chez certains généraux.
Ces derniers lui préfèrent le colonel Chadli Bendjedid, qui s?empresse d?entreprendre le «déboumedienisation» de l?Algérie. Abdelaziz Bouteflika en fait le premier les frais.
Accusé de détournements de fonds par la Cour des comptes, il ne sera jamais jugé. Dessaisi de ses fonctions ministérielles, exclu du bureau politique puis du comité centre du FLN, le parti unique, il est chassé de sa résidence officielle des hauteurs d?Alger.
L?homme blessé choisit l?exil en Suisse et entame une autre vie comme consultant dans le Golfe. En 1987, il rentre discrètement à Alger où il trouve un logement par l?entreprise du chef du protocole de la présidence Mouloud Hamrouche.
Les émeutes de 1988 lui donnent l?occasion de se faire entendre. Il signe avec 17 autres personnalités politiques un texte en faveur d?une démocratisation de la vie politique. «L?appel des 17» le remet en selle. Deux mois plus tard, il réintègre le comité central du FLN.
Alors quil pense en avoir terminé avec son purgatoire politique, la vague islamiste ruine ses espoirs.
En janvier 1992, l?armée annule le second tour des élections législatives que le Front islamique du salut (Fis) s?apprêtait à remporter. L?Algérie s?enfonce dans la «décennie noire», une guerre civile dont le bilan officiel s?élève à 100 000 morts, 150 000 selon les mouvements de défense des droits de l?homme.
<B>«Concorde civile»</B>
Abdelaziz Bouteflika se replie dans le Golfe, tout en restant en contact avec les autorités. En 1992, il rejette un poste de conseiller du président Boudiaf. Nouveau refus deux ans plus tard, lorsqu?on lui propose la présidence de l?Etat , mais sans les garanties qu?il exige - les pleins pouvoirs et l?ouverture d?un dialogue avec les islamistes. L?armée refuse.
Il lui faudra encore patienter cinq ans pour accéder à la magistrature suprême, avec l?aval des généraux, mais sans réelle crédibilité politique, l?élection ayant été boycottée à la dernière minute par les candidats de l?opposition.
Bouteflika entend se forger un destin historique en oeuvrant a la «réconciliation nationale». Il fait voter la loi controversée de la «concorde civile», qui permit en 2000 une large amnistie des combattants islamistes. Le terrorisme islamiste est désormais résiduel en Algérie, hormis des poches de résistance du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), présenté comme proche de la mouvance Al Qaïda.
Le président algérien peut également se prévaloir d?avoir réhabilité l?Algérie sur la scène internationale, prenant soin de mettre en scène ses rencontres avec les dirigeants de ce monde, comme avec Jacques Chirac en mars 2003.
Il s?est engagé à poursuivre sur la voie de «la paix, de la stabilité et du développement», se posant en «père de la Nation» contre ses détracteurs qui fustigent ses penchants autocratiques et sa paranoïa.
«La réputation d?halluciné est sans doute la seule dont Bouteflika aura su asseoir l?unanimité aux yeux de l?opinion. (...) Il est trop excité, trop changeant et trop paranoïaque pour disposer de toutes ses facultés mentales», écrit Mohamed Benchicou, directeur du quotidien Le Matin, dans un brûlot intitulé «Bouteflika, une imposture algérienne», largement repris par la presse privée, en guerre ouverte contre le président.
Né en mars 1937 à Oujda (Marocà, Bouteflika, dont les parents tenaient un hammam, aime à comparer les journalistes à des «commères de bain maure».
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