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Boulimique de sports en amateur !

17 mars 2006, 20:00

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par Marie-Annick SAVRIPÈNE

Pour être une femme d?intérieur accomplie, Corinne Uppiah, 35 ans, l?est. Les sols de sa maison reluisent à force d?avoir été astiqués. Pas un grain de poussière ne traîne sur un meuble. Tout semble être à sa place, signe que la jeune femme est à cheval sur l?ordre et le rangement. Son salon regorge de fougères ? une autre de ses passions ? mais aussi de trophées et de médailles remportés soit par son mari Lindsay, soit par elle.

On a du mal à croire qu?elle s?est mise au sport de façon intensive sur le tard, soit après son mariage. «Adolescente, j?ai toujours été rondelette, pour ne pas dire grosse. Je pratiquais certes du volley-ball et de l?athlétisme au collège Hindu Girls où j?ai étudié et j?aimais bien le sport. Mais mon mari, Lindsay, était beaucoup plus sportif que moi.» C?est après son mariage et surtout ses deux accouchements ? elle est mère de Stephen, aujourd?hui âgé de 15 ans, et d?Elodie, 12 ans ? qu?elle se dit qu?elle doit se débarrasser de la trentaine de kilos accumulés au fil des ans.

Elle décide de commencer à courir avec une amie, Marie-Hélène Ramjane, ancienne championne de cross-country. Cette dernière se rend compte qu?elle a du potentiel. «Elle a trouvé que je ne me débrouillais pas mal du tout. Devant mon obstination à vouloir perdre des kilos, elle m?a dit de ne pas m?en faire pour mon surpoids mais de calculer plutôt les kilomètres que j?allais grignoter! Face à de tels encouragements, je me devais de persévérer.» Corinne se met donc à participer à la ligue de cross-country et à quelques compétitions du genre avant d?opter pour le jogging. Loin de la fatiguer, cette pratique développe davantage son besoin de se dépenser.

Ainsi, été comme hiver et chaque jour que Dieu donne, Corinne est sur pied avant tout le monde dans la maison et se prépare pour aller courir. Elle établit le parcours à faire la veille ou le matin même. «Parfois, je fais Vacoas-Sodnac, Vacoas-La Brasserie. Il m?est arrivée d?aller jusqu?à St-Pierre. Je dois courir au minimum entre 10 et 15 kilomètres par jour pour me sentir bien.»

Corinne devient bientôt une boulimique d?activités sportives. «Il faut que je sois fourbue ou malade et alitée pour ne pas aller courir le matin. C?est devenu une drogue.» à son jogging, elle ajoute aussi des cours d?aérobic qu?elle prend de Georgina Ragaven, consultante en fitness et ce, pendant cinq ans. La jeune femme finit par se délester des kilos qui l?enrobaient.

Sachant que de nombreuses femmes au foyer se sont avachies après le mariage et n?ont aucune activité sportive, elle décide de prendre la tête d?un groupe d?une cinquantaine de femmes dont la plus âgée a 69 ans et la plus jeune 15 ans. Trois fois la semaine, elles se rencontrent et pratiquent l?aérobic, le tae bo et l?africa tae sous la houlette de Corinne. Le tae bo est très physique car cette discipline comprend beaucoup de coups de pieds et de poings. L?africa tae est une invention de son cru et associe danses africaines et tae bo.

Mieux encadrer la pratique sportive

Comme Corinne n?est pas femme à faire les choses au petit bonheur, elle veut valider ses pratiques d?aérobic. En 2001, elle suit un cours sur les techniques d?enseignement et d?entraînement sans danger auprès d?un moniteur d?aérobic norvégien, Stig Martinsen, qui est de passage à Maurice.

Et pour répondre aux interrogations de son groupe d?aérobic, elle suit aussi pendant un an et demi, un cours menant au Brevet d?état qu?elle obtient. Cours délivré par le ministère de la Jeunesse et des Sports et qui comprend des modules sur l?anatomie fonctionnelle et la physiologie de l?entraînement sportif, sur la psychopédagogie du sport et sur l?environnement de la pratique sportive. «On ne peut faire n?importe quoi quand on guide les gens. Donc, j?ai voulu me former aux bonnes pratiques sportives pour mieux encadrer mes amies.»

Malgré son jogging et ses cours d?aérobic, Corinne a encore du temps à tuer une fois ses travaux domestiques terminés. D?autant plus que Lindsay est au travail et les enfants à l?école. Elle décide donc de reprendre le volley-ball. À la panoplie de cours que le ministère de la Femme offre déjà aux femmes, ledit ministère en collaboration avec son homologue des Sports, a ajouté des cours de volley-ball qui sont dispensés au gymnase Pandit Sahadeo, à Vacoas. Corinne se fait inscrire et est rejointe par d?autres.

Deux fois la semaine, elle et ses nouvelles copines sont entraînées par Geoges Appadoo, sports officer. Corinne a retrouvé ses anciens réflexes d?attaquante et vu son sens de leadership, elle est nommée capitaine de l?équipe. Pour mieux encadrer ses joueuses, elle suit aussi une formation d?encadreur le temps d?une semaine. Une fois l?entraînement terminé, le groupe dispute un match. Il arrive que Corinne se porte volontaire pour l?arbitrer, histoire d?avoir une vue globale des choses, de coiffer plusieurs chapeaux et de «veiller à ce que le meilleur gagne».

Quand elle apprend que sous le sports aid programme, la Fédération internationale de volley-ball, en association avec la Confédération africaine de volley-ball animeront un cours d?arbitrage, Corinne s?y inscrit. Elle est la seule candidate parmi 32 hommes. «Le premier jour, quand j?ai réalisé que j?étais la seule femme, je voulais abandonner. Puis, j?ai trouvé le cours si intéressant que je me suis accrochée. Je dois également dire que les hommes qui suivaient le cours m?ont tous traitée en égale et c?était super.»

Guido Notaerts, arbitre international, qui dispense le cours et qui agit aussi comme examinateur, l?encourage durant les travaux pratiques. «J?hésitais un peu à siffler. Il m?a fait comprendre qu?avec l?expérience viendrait l?assurance.» Corinne réussit l?examen. Elle est ravie de pouvoir se dire arbitre mais elle doit peaufiner ses connaissances sur la façon de remplir la feuille de match. «Je vais commencer à m?entraîner avec mon équipe de volley, en attendant que la Fédération me notifie des matches à arbitrer.»

«Faire du bon arbitrage»

Elle ne craint pas de réactions adverses ou de contestations éventuelles de son arbitrage futur sur la base du genre. «J?ai un caractère solide et je suis prête à n?importe quelle réaction. Mais je crois aussi que si on fait du bon arbitrage, on ne rencontre pas de problème.»

Tout en la taquinant et en disant d?elle qu?elle ne tient pas en place, Lindsay, son mari, l?incite à se dépasser. D?ailleurs, il lui arrive de l?accompagner parfois lorsqu?elle fait son jogging. Mais il n?arrive pas à suivre son rythme. De plus, quand Corinne est prise par ses engagements sportifs, il n?hésite pas à s?acquitter des travaux ménagers et même à cuisiner. «J?ai un mari modèle. Sans son soutien, je n?aurais pas fait tout cela», affirme Corinne.

Son regret est que son fils ait arrêté la pratique du sport après une blessure au genou. «Elodie fait de la natation et du volley à l?école. Mais Stephen ne pratique aucun sport. Cela m?attriste car par le biais du sport, on rencontre des gens enrichissants et on a des ouvertures.»

La jeune femme est prête à saisir toutes les occasions qui se présenteront à elle et qui lui permettront de s?améliorer au niveau sportif. «Les kilos ne sont presque plus un problème. Même si j?ai un appétit d?ogre, je brûle mes calories rapidement. Aujourd?hui, le sport est devenu un must dans ma vie ». Question d?équilibre?

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